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Actualités - Reportages

Livres "L'âme de la forêt" (Horch Ehden) par Jabbour Douaihy(photo)

Les forêts, c’est bien connu, sont pleines de sortilèges. Forêts d’Arcadie, chères à Shakespeare où, rois bannis, cours en exil et amours impossibles puisent les secrets des dénouements heureux ; forêts nordiques de Perrault et d’Andersen truffées de loups, de géants, de sorcières cannibales et de nains qui parlent aux enfants de leurs terreurs premières ; forêts tropicales où les saules, incarnant des grand-mères débonnaires, font bien autre chose que pleurer… Domaine initiatique s’il en est, la forêt n’avait encore rien appris aux enfants du Liban, à part une ou deux choses plutôt sordides : que Salomon avait dévasté les cèdres pour en construire un temple, et que nos braves ancêtres les Phéniciens ne s’étaient pas plus embarrassés de considérations écologiques pour bâtir leur flotte. Résultat : faute de parcs ombragés ils héritaient d’un symbole et se contentaient d’ânonner que le cedrus libani dont il ne reste que quelques échantillons, plus un sur le drapeau, était le plus bel arbre du monde. Belle compensation. Mais voilà, l’ère est à la protection de ce qui nous reste de nature. La forêt libanaise, plus menacée qu’inquiétante, n’est plus un univers tutélaire, et l’homme n’a plus qu’à remplacer les ogres pour préserver son environnement. Les contes, dit-on, parlent des origines. Jabbour Douaihy a imaginé (ou était-ce réel ?) une histoire autour de la forêt d’Ehden qui commence au temps où elle était un «Horch» bruissant de vents violents et de vie sauvage, pas encore une «réserve», triste définition. Il y déploie tous les effets de la tradition orale, de sorte qu’en lisant, on croit entendre, et qu’en s’écoutant lire, on voudrait tout de suite avoir un enfant sous la main pour le voir écarquiller les yeux et dresser les oreilles. Car Douaihy est resté lui-même un grand enfant qui s’en fait encore conter. Ses nouvelles, il les écrit en écoutant les anciens du village – la vie réelle fournit tant d’histoires invraisemblables qu’il est inutile de les inventer – et son territoire de prédilection reste encore le théâtre. On sait que, professeur de lettres à l’UL, il a passé ses années de guerre à animer des ateliers d’amateurs et à traduire les classiques en dialecte libanais poivré d’accent nordique. D’ailleurs, dans la plupart de ses nouvelles, on entend inévitablement la voix venue de nulle part, indispensable Fantôme du Commandeur sans lequel nul frisson. Cette voix se fait entendre, une fois de plus, dans l’histoire «vraie» de la forêt d’Ehden, à laquelle elle apporte un élément surnaturel. L’âme de la forêt raconte avec une admirable économie de mots l’aventure d’Amine, un garde forestier qui a choisi ce métier par vocation et par fidélité à ses aïeux : son arrière grand-père avait chassé à coups de crosse des soldats turcs qui tentaient de couper des arbres, son grand-père avait éteint à lui seul un incendie dont il avait gardé des traces de brûlures, et son propre père s’était chargé de l’initier aux secrets du «Horch». Tout au long du récit, le lecteur apprendra à reconnaître les principaux lieux-dits de la forêt, à identifier ses ennemis, et à l’aimer tout simplement. Un conte simple et manichéen, comme les aiment les enfants, et qui se termine d’ailleurs comme tous les contes : Amine vécut heureux et eut beaucoup de pousses ! Un lexique des «mots difficiles», un questionnaire, une série d’activités et un extrait du décret-loi du 9 mars 1992 sur la protection de l’environnement parachèvent le caractère pédagogique de cet ouvrage à mettre au plus vite entre les mains des vacanciers.
Les forêts, c’est bien connu, sont pleines de sortilèges. Forêts d’Arcadie, chères à Shakespeare où, rois bannis, cours en exil et amours impossibles puisent les secrets des dénouements heureux ; forêts nordiques de Perrault et d’Andersen truffées de loups, de géants, de sorcières cannibales et de nains qui parlent aux enfants de leurs terreurs premières ; forêts tropicales où les saules, incarnant des grand-mères débonnaires, font bien autre chose que pleurer… Domaine initiatique s’il en est, la forêt n’avait encore rien appris aux enfants du Liban, à part une ou deux choses plutôt sordides : que Salomon avait dévasté les cèdres pour en construire un temple, et que nos braves ancêtres les Phéniciens ne s’étaient pas plus embarrassés de considérations écologiques pour bâtir leur flotte....