Antoine de Saint-Exupéry aurait été le premier surpris si on lui avait dit que «Le Petit Prince» allait être un des livres les plus vendus de la planète, derrière la Bible et «Le Capital», ainsi que «le livre du siècle» pour les Français, l’éditeur Gallimard en ayant vendu trois millions d’exemplaires. «Il n’a jamais cherché à entrer dans l’histoire. Il ne pensait en rien être un modèle», écrit Emmanuel Chadeau dans son essai sur l’écrivain (Éd. Perrin). «La termitière future m’épouvante et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier», disait Saint-Exupéry peu avant de mourir. Lorsque la prestigieuse collection de la Pléiade publia ses œuvres (d’abord dans les années 50 en un seul volume puis, en 1994 et 1999, en deux volumes), ces ouvrages dépassèrent en succès de vente tous les recueils similaires de tous les auteurs français, classiques ou contemporains. Comment expliquer cet engouement? «Cet écrivain humaniste nous dit clairement ce que notre civilisation, aujourd’hui comme hier, a besoin d’entendre», dit Alain Cadix, au début de l’ouvrage collectif sur l’écrivain intitulé Le sens d’une vie (Le Cherche-Midi). Jules Roy, qui vient de mourir après avoir été lui aussi écrivain et pilote émérite, disait: «C’était un de ces hommes qui ne croient à la vertu des mots que lorsqu’ils y engagent leur vie en otage. Il demandait qu’on prît à la lettre ce qu’il écrivait». Homme-coucou En 2000, le nom de Saint-Exupéry continue à susciter la curiosité du public et de très nombreux livres viennent de lui être consacrés. Les mémoires de la Rose (de sa femme Consuelo) se sont vendues à 90 000 exemplaires en deux mois. «Le livre fait un tabac à l’étranger où onze pays l’ont acheté pour un total de plus de deux millions de francs», dit l’éditeur Plon. Pourtant, tout le monde n’aime pas Saint-Ex. «C’est l’homme-coucou qui a remplacé le cerveau humain par un moteur d’avion», a dit l’académicien Jean-François Revel, ironisant sur «ses sornettes à hélices» et «son crétinisme sous cockpit». «Il a révélé aux Français qu’une ânerie verbeuse devient profonde vérité philosophique si on la fait décoller du sol pour l’élever à 7 000 pieds de haut», a-t-il ajouté. La critique n’est pas non plus toujours tombée en pâmoison pour ces livres marqués par un idéalisme suave (comme Le Petit Prince) ou par l’insistance de l’écrivain à parler du devoir et du sacrifice. Après sa mort, écrit le dictionnaire Robert des grands écrivains, la rapide célébrité de Saint-Ex a été «ambiguë : elle devait plus à la légende du héros tragiquement disparu et à l’apparente facilité du “Petit Prince” ou aux innombrables citations moralisantes coupées de leur contexte qu’à la reconnaissance d’une œuvre littéraire de premier ordre». François Gerber, dans son essai (De la rive gauche à la guerre, Denoël) rappelle que «Saint-Exupéry n’a pas rang parmi les intellectuels. Il est souvent présenté comme un écrivain aimable dont l’humanisme béat ne justifie pas qu’il soit honoré, à l’instar de Gide ou de Sartre. Pourtant, ses valeurs expriment une profonde considération pour la personne humaine». Saint-Exupéry a notamment écrit Courrier sud (1929), Vol de nuit (prix Femina 1931) et Terre des hommes (1939, grand prix du roman de l’Académie française). Il est aussi l’auteur de Citadelle (1948), livre posthume parfois emphatique où il écrivait: «Respect de l’homme ! Respect de l’homme ! Là est la pierre de touche !».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Antoine de Saint-Exupéry aurait été le premier surpris si on lui avait dit que «Le Petit Prince» allait être un des livres les plus vendus de la planète, derrière la Bible et «Le Capital», ainsi que «le livre du siècle» pour les Français, l’éditeur Gallimard en ayant vendu trois millions d’exemplaires. «Il n’a jamais cherché à entrer dans l’histoire. Il ne pensait en rien être un modèle», écrit Emmanuel Chadeau dans son essai sur l’écrivain (Éd. Perrin). «La termitière future m’épouvante et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier», disait Saint-Exupéry peu avant de mourir. Lorsque la prestigieuse collection de la Pléiade publia ses œuvres (d’abord dans les années 50 en un seul volume puis, en 1994 et 1999, en deux volumes), ces ouvrages dépassèrent en...