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Actualités - Reportages

Familles Michel Nassif et fils : pionniers dans le commerce (photo)

Cent ans de vies dont ils auraient pu faire un livre, dont ils ont fait une philosophie. Le livre, Raymond Nassif l’a esquissé pour lui et ses intimes. Le sujet, son père Michel, un personnage de roman – justement –, inventif, passionné, passionnant. Michel Nassif est prématurément né en 1880, sans doute trop pressé de venir découvrir le monde. Prématurément orphelin, la vie le presse de grandir auprès de ses sœurs Marie et Zékié, sous la tutelle spirituelle et affective de Mgr Attié. Durant ses années scolaires au Collège patriarcal grec-catholique de Beyrouth, l’élève surdoué, trop pressé d’apprendre plus et d’en finir avec ces «formalités», saute de classe plusieurs fois et se passionne déjà pour la chimie, la musique et l’écriture. Ces premières «formalités» accomplies, Michel, alors étudiant en droit, est engagé par M. Habib Sayegh, propriétaire et directeur d’une grande maison de commerce ; il sera responsable de la section bancaire et continuera d’épanouir sa curiosité et sa passion pour des inventions où l’agréable pour lui devient utile pour les autres. C’est ainsi qu’il va concevoir une encre spéciale, initialement bleue mais qui peut, comme par magie, virer au noir, de même qu’un vernis spécial qui donne aux lustres et autres objets un éclat particulier. En 1907, il s’associe avec Moïse Zelhof et fonde à Damas l’établissement Zelhof Nassif & Co, crée la première tannerie moderne en Syrie, importe du vernis pour chaussures, des réverbères électriques, extrait de l’huile – ingénieuse idée – des noyaux d’abricots et introduit pour la première fois au Liban et en Syrie des appareils radio, bouleversant les habitudes des citoyens étonnés. Durant la Première Guerre mondiale, Michel-le-chimiste collaborera auprès du gouvernement, faisant ainsi sa propre guerre, ou paix, inventant des produits nouveaux ou de substitution, une «huile épaisse», une huile de peinture et même l’huile de ricin à usage pharmaceutique. Les rouleaux en gélatine pour impression manquaient, qu’à cela ne tienne! Il les remplacera. En 1919, ce grand homme au grand cœur prend pour femme et moitié Annette Zelhof, sœur de son premier associé. Ils auront deux fils, Raymond et Robert, et une fille, Marie. Alliant le commercial à l’insolite, la société Michel Nassif et Fils sera également la première à importer de la viande en boîtes de conserve, sous le label de Zwanenberg, des articles électroménagers, des serviettes en papier. Michel continue de s’étonner en inventant…, inlassablement, un vernis pour voitures, un vernis à brosse, un parfum, «Viviana», une brillantine, un caramel, de la grenadine et bien d’autres détails devenus des indispensables. Son fils Raymond, fidèle disciple et élève attentif, prend des «cours particuliers» en observant son père qui lui apprend tous les rouages du métier, dès qu’il atteint ses seize ans… Une formation «militaire» Raymond Nassif a donc fait ses études dans la meilleure école qui soit, celle de la vie, avec pour maître et conseiller un père actif et consciencieux, avant de devenir à son tour en 1946 celui qui assumera totalement la relève et transmettra plus tard son savoir. «Mon père m’a sensibilisé très tôt au métier, dira son fils Michel, aujourd’hui vice-président de la société Michel Nassif et Fils. Une formation “militaire” qui a entraîné de nombreuses motivations mais un poids assez lourd à porter, pour le jeune adolescent que j’étais. Il m’a formé d’une manière rigoureuse, disciplinée, ambitieuse et m’a communiqué l’amour du commerce. Il a été ma colonne vertébrale dans le travail». Raymond vivra les plus belles années de la postérité économique du Liban, y ajoutant son apport dans les différents départements, l’alimentaire, la confiserie de luxe et la conserverie, s’adaptant à une société pressée et qui change vite, sans cesse stimulée par des besoins croissants. Il s’intéressera surtout à l’impression, fournissant des machines à imprimer «Web» aux plus grands, dans tout le Moyen-Orient, apposant ainsi une qualité indélébile dans le monde de la presse libanaise. Raymond saura surtout, avec son bon sens et son déterminisme, stimuler le souffle et l’ambition hérités de son père et remettre le flambeau, allumé, à son fils. Michel insuffle par sa – jeune – présence au sein du groupe, depuis le début des années 90, du «sang nouveau» dans la gestion, le concept des affaires, «une valeur ajoutée dans la personnalité de la société. Proposer une gamme de produits différents – qui va de la viande en conserve aux produits organiques – et en faire des leaders est un travail de tous les jours. J’ai cru à ces deux langages qui créent une balance dans la société». Michel tient de son grand-père l’amour de la musique, il a lui-même composé deux chansons, un sens créatif qu’il développe dans la communication de ses produits, une manière de gérer les différents départements de l’entreprise et un humanisme qui le pousse à aider, autant que possible, les nombreuses associations humanitaires. «J’essaie de faire du bien autour de moi. Je sais ce que c’est que de souffrir». Il est également, à 34 ans, conseiller de différentes multinationales et institutions et du syndicat des importateurs, le FMCG (Fast Moving Consumer Goods). Des messages, il voudrait en distribuer, «il est essentiel de partager son vécu pour éviter aux autres les mêmes pièges et la même peine» ; des projets, les multiplier : «Mon but est d’arriver à créer une holding de 20 sociétés, dans les trois ans à venir». Y seront inclus des produits alimentaires, pharmaceutiques, médicaux, de la finance, des jeux, la technologie de pointe, bref les cœurs battants d’une économie qui marche et d’un commerçant qui sait la faire marcher. Pour y arriver, Michel Nassif, le petit-fils, continue de s’imprégner des leçons de ses prédécesseurs, pour faire pareil et même mieux, poursuivant en solitaire – Michel est toujours célibataire, mesdames – un cheminement «mental et physique qui n’a pas de limites».
Cent ans de vies dont ils auraient pu faire un livre, dont ils ont fait une philosophie. Le livre, Raymond Nassif l’a esquissé pour lui et ses intimes. Le sujet, son père Michel, un personnage de roman – justement –, inventif, passionné, passionnant. Michel Nassif est prématurément né en 1880, sans doute trop pressé de venir découvrir le monde. Prématurément orphelin, la vie le presse de grandir auprès de ses sœurs Marie et Zékié, sous la tutelle spirituelle et affective de Mgr Attié. Durant ses années scolaires au Collège patriarcal grec-catholique de Beyrouth, l’élève surdoué, trop pressé d’apprendre plus et d’en finir avec ces «formalités», saute de classe plusieurs fois et se passionne déjà pour la chimie, la musique et l’écriture. Ces premières «formalités» accomplies, Michel, alors...