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Actualités - Opinion

Tribune du disque Alban Berg (1885-1935) Portrait synthèse

Ce programme d’un intérêt exceptionnel constitue le meilleur portrait-synthèse de l’art de Berg que l’on puisse se procurer sur un seul disque. Certes, la Lulu suite, les Altenberg Lieder et les trois pièces pour orchestre op. 6 avaient été enregistrées auparavant, et dans des interprétations de haute qualité. Cependant, Claudio Abbado, à la tête de l’orchestre symphonique de Londres, soutient victorieusement la comparaison avec ses prédécesseurs les plus prestigieux, qu’ils s’appellent Antal Dorati, Pierre Boulez ou Craft et même Zubin Mehta. Cette musique de Berg, fiévreuse, voluptueuse, raffinée lui convient parfaitement et il parvient à en éclairer la trame, volontiers opaque par excès de luxuriance, par une lucidité latine hautement bienvenue. Partout, en effet, Abbado opte pour la précision parfaite du détail et, en même temps, pour le maximum d’expression compatible avec les exigences de la structure musicale, toujours si importante chez Berg : il en résulte des tempos généralement plus lents que ceux des autres versions enregistrées des mêmes œuvres, notamment dans les 3 Pièces op.6, l’un des ouvrages les plus redoutables de tout le répertoire orchestral et qu’Abbado domine avec une aisance remarquable. Il faut dire qu’il est admirablement secondé par l’Orchestre symphonique de Londres, qu’il a du reste enregistré auparavant avec Dorati. Sous la baguette d’Abbado, le Prélude et la Marche atteignent à toute allure l’agression voulue, cependant que dans les extraits de Lulu, la langueur voluptueuse – très italienne du reste – devient peut-être excessive aux dépens de la modernité du texte. Claudio Abbado souligne mieux que les autres tout ce qui unit Berg au passé immédiat, et surtout à Mahler, et il semble que cette interprétation aurait entraîné l’adhésion de l’auteur. Reste la prestation vocale : Margaret Price a une plus «grande voix» que les chanteuses ayant précédemment enregistré ce répertoire (Pilarczyk, Lukomska, Beardslee). On trouve donc chez elle plus d’ampleur et de puissance, mais peut-être moins de poésie et de raffinement dans les nuances expressives. C’est une question de goût. Mais quoi qu’il en soit, personne avant Abbado n’a mis en valeur de pareille façon la texture arachnéenne du prélude orchestral du premier des Altenberg Lieder. Le rhabillage de ce disque dans la série Originals est absolument merveilleux et demeure, depuis la date de son enregistrement (1971), une version à entendre toujours . Boulez, dans un disque non moins admirable, couplait l’opus 6 et les Altenberg Lieder avec le Concerto de chambre, partition non moins capitale. Pour posséder l’essentiel de Berg, je conseillerai désormais à l’amateur de se procurer le CD d’Abbado, celui de Boulez et, en complément indispensable, celui de Karajan et sa Suite Lyrique. 1 CD DGG
Ce programme d’un intérêt exceptionnel constitue le meilleur portrait-synthèse de l’art de Berg que l’on puisse se procurer sur un seul disque. Certes, la Lulu suite, les Altenberg Lieder et les trois pièces pour orchestre op. 6 avaient été enregistrées auparavant, et dans des interprétations de haute qualité. Cependant, Claudio Abbado, à la tête de l’orchestre symphonique de Londres, soutient victorieusement la comparaison avec ses prédécesseurs les plus prestigieux, qu’ils s’appellent Antal Dorati, Pierre Boulez ou Craft et même Zubin Mehta. Cette musique de Berg, fiévreuse, voluptueuse, raffinée lui convient parfaitement et il parvient à en éclairer la trame, volontiers opaque par excès de luxuriance, par une lucidité latine hautement bienvenue. Partout, en effet, Abbado opte pour la précision...