Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Musique - Personne n'a jamais joué ainsi Glenn Gould, pianiste et autiste

Le pianiste canadien Glenn Gould était célèbre aussi bien pour son talent fabuleux que pour cette manie particulière qu’il avait en plein concert de se balancer d’avant en arrière et de fredonner à voix haute les morceaux qu’il jouait. Les critiques l’ont décrit comme étant «bizarre», «dingue»,«singulier» ou «loufoque», certains allant même jusqu’à dire qu’il posait pour la galerie. Mais le Dr Timothy Maloney, expert musical canadien reconverti dans les recherches médicales, affirme à présent que le comportement qu’avait Gould démontre qu’il souffrait du syndrome d’Asperger, une forme peu connue d’autisme. Le Dr Maloney, directeur du département de musique de la Bibliothèque nationale du Canada, affirme qu’il serait bon que le milieu musical se penche à nouveau sur l’une de ses figures les plus charismatiques. «Certains voyaient dans son comportement une pose délibérée. Selon moi, il était davantage une victime qu’une personne déterminée à faire cela de façon réfléchie. Il ne pouvait pas contrôler ce comportement. Il souffrait beaucoup psychologiquement», a déclaré Maloney dans une interview. La théorie de Maloney va contribuer à accroître l’intérêt qu’on porte depuis longtemps à un Glenn Gould solitaire, qui a brusquement arrêté de se produire en public en 1964 alors qu’il était au sommet de sa carrière et s’est mis à enregistrer et à travailler sur d’autres médias avant de décéder prématurément en 1982, à l’âge de 50 ans. Des chercheurs du monde entier qui tentent de percer l’énigme Gould viennent régulièrement consulter les quelque 225 boîtes contenant ses possessions et ses documents personnels qui ont été légués à la Bibliothèque nationale. L’oreille absolue «Le talent musical exceptionnel de Gould a captivé beaucoup de monde. Écoutez seulement les entrevues de ceux qui l’ont vu en concert – il avait sur les gens un profond impact, il les touchait à un niveau très personnel», dit Maloney. «Les gens étaient subjugués par l’intensité de son jeu et par la manière dont il était tout entier dans sa musique. Il était unique. Personne n’a joué comme cela avant lui ni après lui», ajoute-t-il. La curiosité de Maloney a été piquée au vif par la biographie qu’un psychiatre américain a écrite sur Gould, dans laquelle il mentionne en passant que son comportement bizarre ressemblait aux symptômes dont souffrent les victimes du syndrome d’Asperger. «Ça m’a fait ‘tilt’. Cela faisait longtemps que je suspectais que c’était autre chose qu’un comportement simplement hors norme», dit-il. Après avoir étudié le syndrome d’Asperger qui, contrairement à d’autres formes d’autisme, ne se manifeste pas toujours à la naissance, Maloney a découvert d’autres symptômes qui correspondent à la personnalité de Gould. Parmi ceux-ci, on trouve un pouvoir de concentration intense, l’observation de rituels et de routines compliqués, l’incapacité à communiquer normalement avec autrui, l’intolérance au changement et des réponses anormales lorsque les sens sont stimulés. «Il y a des actifs et des passifs énormes qui accompagnent ce syndrome. Par exemple, l’oreille absolue, une mémoire photographique phénoménale, une motricité fine exceptionnelle, mais une motricité globale lamentable : Gould marchait d’une façon maladroite mais ses doigts avaient une fabuleuse dextérité», explique-t-il. Psychobiographie Gould a commencé à jouer en public à 14 ans et il devint très vite évident qu’il n’était pas un pianiste ordinaire. Il laissait tremper ses mains dans de l’eau chaude avant chaque concert pour augmenter leur sensibilité et se montrait extrêmement réticent à changer sa routine de quelque manière que ce soit, plaçant souvent un petit tapis oriental sous les pédales de son piano avant de s’asseoir sur son propre tabouret de pianiste, surbaissé et usé jusqu’à la corde. Il ne supportait pas le froid et portait souvent un chapeau, une écharpe, des gants et un manteau d’hiver, même en été. Il se plaignait tout le temps des courants d’air et une fois, pendant un concert à Jérusalem, il a arrêté de jouer jusqu’à ce qu’on ferme une porte donnant accès à un balcon. Lorsqu’il était en tournée, Gould attrapait des maladies imaginaires ou réelles et annulait souvent ses concerts. Finalement, jouer en public devint trop dur pour lui et il quitta la scène musicale en 1964. Il préférait garder les autres à distance, avait peu d’amis intimes et ne se maria jamais. Ray Roberts, qui a été un ami proche du pianiste durant les dix dernières années de sa vie, dit que la théorie de Maloney paraît sensée. «Cela correspond tout à fait à son mode de vie, à son profil et à sa manière de vivre, a-t-il déclaré. Dans certains cas, il était très méthodique et pas du tout dans d’autres. Quand il était concentré sur quelque chose, c’était si intense que cela pouvait aller jusqu’à mettre sa santé en péril». Cela pose une question essentielle : Gould a-t-il dû combattre les symptômes du syndrome d’Asperger pour être le musicien hors pair qu’il est devenu ou bien le syndrome l’a-t-il en fait aidé à devenir une superstar ? «C’est une question délicate. Je crois que les avantages qu’il en a retirés étaient si importants que sans eux, sa popularité en tant que musicien n’aurait peut-être pas été aussi grande et qu’il n’aurait peut-être pas été capable d’atteindre un tel niveau dans sa profession», dit Maloney. «Robert Schumann (un compositeur allemand du XIXe siècle) souffrait de dépression. S’il n’avait pas eu ces phases dépressives, comment cela aurait-il affecté sa production musicale ?», demande-t-il. Mais la théorie de Maloney n’a pas convaincu le Dr Helen Mesaros, une psychiatre de Toronto qui travaille actuellement sur ce qu’elle appelle une «psychobiographie» de Gould. Mesaros, qui a publié un article dans le Medical Post du mois dernier, affirme que les symptômes de Gould trouvent leurs racines dans son enfance et dans l’insistance de sa mère à travailler son piano, à l’exclusion de toute autre activité. «Cliniquement, on sait que les problèmes de santé mentale, s’ils ne sont pas traités, ont tendance à empirer, à devenir plus complexes et plus difficiles à cerner. C’est précisément ce qui s’est produit dans le cas de Gould», écrit-elle, ajoutant qu’il est clair que le pianiste souffrait d’une forme de trouble obsessionnel compulsif et qu’ayant atteint l’âge de 30 ans, il souffrait aussi d’une grave dépression. «La négligence de soi bien connue dont il faisait preuve, sa solitude, sa dépendance vis-à-vis des mêmes objets et ses rituels sont des complications ultérieures des troubles de l’humeur et du dysfonctionnement sous-jacent de sa personnalité, plutôt qu’un déficit neurologique qu’on appelle le syndrome d’Asperger», ajoute-t-elle. «Je suis sûr de ce que j’avance. Il se peut que dans quelques années, quelqu’un arrive et me dise que je me suis complètement trompé, mais je ne vois pas comment cela pourrait être possible. Je pense que Gould mérite notre admiration et notre empathie. Il a vécu sans qu’aucun diagnostic lui ait été donné et pourtant, il savait qu’il était différent. Il a souffert psychologiquement et n’a jamais eu le soutien qu’ont ceux qui souffrent aujourd’hui».
Le pianiste canadien Glenn Gould était célèbre aussi bien pour son talent fabuleux que pour cette manie particulière qu’il avait en plein concert de se balancer d’avant en arrière et de fredonner à voix haute les morceaux qu’il jouait. Les critiques l’ont décrit comme étant «bizarre», «dingue»,«singulier» ou «loufoque», certains allant même jusqu’à dire qu’il posait pour la galerie. Mais le Dr Timothy Maloney, expert musical canadien reconverti dans les recherches médicales, affirme à présent que le comportement qu’avait Gould démontre qu’il souffrait du syndrome d’Asperger, une forme peu connue d’autisme. Le Dr Maloney, directeur du département de musique de la Bibliothèque nationale du Canada, affirme qu’il serait bon que le milieu musical se penche à nouveau sur l’une de ses figures...