Alors que les Albanais du Kosovo célèbrent le premier anniversaire de la fin de la guerre, il y a peu de signes de festivités parmi le personnel de l’Onu dans la province, déprimé par l’absence de progrès visibles et par la persistance de la violence. «Ça n’a jamais été une mission heureuse, c’est très difficile», a déclaré Susan Manuel, porte-parole de la mission des Nations unies au Kosovo (MINUK) et qui est l’un des premiers responsables internationaux arrivés à Pristina en juin 1999. De nombreux employés de l’Onu éprouvent une profonde lassitude, épuisés par la tâche gigantesque de reconstruire une province yougoslave dévastée par une décennie de négligence et une guerre brève mais brutale. «C’est une mission très dure, alors vous avez un taux d’attrition plus élevé que la normale», souligne Daan Everts, chef de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). La déception vient, dans une large mesure, du fait que les membres de la mission sont arrivés l’été dernier avec de grands espoirs d’aider les Albanais, dont des centaines de milliers avaient été chassés par les forces serbes pendant les bombardements de l’Otan. Mais une année de féroces attaques de représailles contre les Serbes et les Roms (Tsiganes), considérés comme leurs alliés, a fait chuter l’enthousiasme initial, remplacé par une exaspération croissante devant la persistance du problème de la sécurité. «Il y a le sentiment de ne faire aucun progrès, avec tous ces meurtres», a déclaré un officiel de l’Onu. «Tout le monde se souvient de l’arrivée joyeuse des Albanais, puis sont venus les incendies de maisons, les meurtres de Serbes dans les rues». Un policier de l’Onu a évoqué la démoralisation ressentie après le viol et le meurtre d’une vieille Serbe, disant : «Mais qu’est-ce qu’on fout ici ?». La police de l’Onu s’efforce de montrer un visage professionnel, mais «au fond de vous-même, vous êtes déçu, fatigué de ce qui se passe», a déclaré un autre policier. Avec un système judiciaire toujours balbutiant, il est fréquent que des policiers arrêtent un suspect et le voient dans la rue le lendemain, relâché par un juge trop effrayé ou trop partial pour l’envoyer dans l’une des rares cellules de détention du Kosovo. Des responsables internationaux, du secrétaire général de l’Onu Kofi Annan au représentant européen pour la politique extérieure Javier Solana, viennent de qualifier d’«inacceptable» la situation au Kosovo en termes de sécurité, alors que quelque 40 000 soldats de la force multinationale commandée par l’Otan (Kfor) y sont déployés. «Nous restons très discrets avec cet anniversaire, il n’y a pas de raison d’agiter des drapeaux ou de tirer des feux d’artifice», a déclaré un officier de la Kfor sous le couvert de l’anonymat. Les motifs de désillusion vont toutefois plus loin que la poursuite de la violence. Alors que la mission était pleine d’énergie pendant le dur hiver balkanique, pour faire en sorte – avec succès – que personne ne meure de faim ou de froid, le zèle semble s’évaporer dans la chaleur étouffante de juin. «Il y a un manque de soutien local et international», a déclaré une responsable de l’OSCE. Les lourdes bureaucraties de l’Onu, de l’OSCE et de l’Union européenne, qui sont souvent en compétition au lieu de coopérer, contribuent à la lenteur des progrès, a-t-elle dit. La mission a aussi oscillé entre une attitude coloniale dure, consistant à imposer des standards internationaux, et une approche conciliante essayant d’impliquer les habitants. «Tout le monde est terriblement déçu», a déclaré cette responsable de l’OSCE. «Ils sont déçus par nous, nous sommes déçus par eux». «Je vois très peu de volonté de continuer parmi ceux qui sont là depuis un an», a-t-elle dit. «Les mauvais jours, je pense que si nous partions tous, rien ne changerait vraiment ici». Un responsable a indiqué que le nombre de travailleurs de l’Onu qui partaient était supérieur au nombre de ceux qui arrivaient, bien que les effectifs actuels de la mission ne soient qu’à 55 pour cent des effectifs projetés. Un employé de l’Onu a souligné que le facteur le plus déprimant était «l’absence dans la population de reconnaissance de ce que nous avons fait pour eux». «Au lieu de nous soutenir, ils ne font que se plaindre, c’est vraiment stupéfiant», a-t-il dit. Susan Manuel a toutefois tenté de défendre la mission. «Les gens disent que nous sommes lents, mais à quoi nous comparent-ils ? Rien de tel n’a jamais été fait auparavant».
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