Qui de nous n’a jamais senti les fortes odeurs qui émanent lorsqu’on lit la pancarte «Attention : peinture fraîche»... Qui de nous ne s’est jamais posé de questions sur la source de telles odeurs et sur son impact sur la santé.... Bilan de santé et formation des professionnels Anwar Berberi, pour E.G. Berberi Frères, observe : «La peinture est un produit domestique qui peut être, éventuellement, nuisible à la santé s’il n’a pas été formulé suivant des normes internationales écologiques. C’est un produit avec lequel nous sommes en contact permanent, soit par voie respiratoire, soit par le toucher. Il faut donc toujours rechercher la peinture de qualité, acheter une marque reconnue selon les normes libanaises et bien s’assurer de la date d’expiration». Dans ce contexte, Joseph Khair, des Éts Albert Kheir, explique qu’«il existe des spécifications particulières à chaque pays. Ainsi, les pays industrialisés utilisent la peinture hydrodiluable (à l’eau) qui protège l’environnement, étant donné que les émissions de solvant des peintures ordinaires nuisent à l’environnement». Les inhalations de peinture sont effectivement nocives, mais le problème est progressivement résolu par l’effort continu des chercheurs pour en diminuer les risques. D’ailleurs, Samy Assaf, pour les Établissements Assaf, assure que «la plupart des anciens fabricants de peinture, nous inclus, possède un laboratoire de recherche et de contrôle de qualité. Ce laboratoire se base sur les normes libanaises établies par le syndicat et reconnues par l’État, mais qui n’ont malheureusement jamais été mises en oeuvre par le gouvernement». Par la même occasion, il attire notre attention sur le manque de professionalisme dans le domaine de la peinture : «Nous manquons de personnes qualifiées dans le domaine de la peinture, et le marché souffre d’un manque de professionalisme et d’éducation. Cela se répercute négativement sur l’introduction de nouvelles technologies et de nouveaux systèmes de peinture. Il faudrait donc assurer des formations aux personnes concernées par l’application de ces nouveaux systèmes et se maintenir à jour dans la peinture moderne». Le client, le prix et la qualité La peinture évolue, certes, mais il faut savoir comment. Pour Joseph Khair, «à la base du métier, il y a des inventeurs. Des hommes et des femmes qui cherchent et créent des produits sans cesse plus performants et toujours plus proches des besoins du consommateur. Toujours plus faciles à appliquer, toujours plus couvrants, toujours plus brillants, toujours plus rentables, toujours plus respectueux de l’environnement». Outre la protection de la santé et de la nature, la concurrence joue un rôle important dans la motivation de la recherche. Cependant, Anwar Berberi estime que «la concurrence est néfaste vu que 90 % des clients ne s’y connaissent pas en peinture. Le vendeur peut réellement profiter de leur ignorance pour leur imposer des produits nuisibles à la santé ou de mauvaise qualité. Or, chez Berberi Frères, nous tenons à nos clients. Nous avons un laboratoire de contrôle des matières premières et des produits finis, ainsi qu’un laboratoire de recherche et de développement qui traite tous les constituants de la peinture. Parfois, nous sommes même obligés de fabriquer nos propres matières premières. C’est d’ailleurs le point distinctif entre notre société et les autres : nous avons une certaine façon de produire, et non seulement de faire». Ce n’est pas une coïncidence si, par exemple, la qualité et le savoir-faire des produits R-M (proposés chez Khair) ont été récompensés par de nombreuses homologations par les plus grandes marques automobiles en Europe, aux États-Unis et au Japon comme Alfa Romeo, Aston Martin, Audi, Bmw, Chrysler, Citroen, Daihatsu, Fiat, Ford, General Motors, Honda, Jaguar, Lancia, Mazda, Mitsubishi, Nissan, Opel, Peugeot, Renault, Renault Vehicules Industriels, Rolls Royce, Saab, Seat, Skoda, Subaru, Toyota, Volkswagen. Des problèmes à la pelle Comme dans tous les domaines de la vie professionnelle, la peinture est elle aussi sujette à des problèmes. À ce propos, Joseph Khair déplore : «Des produits moins chers sont introduits sur le marché. Or, la qualité est importante. Quel est l’intérêt d’acheter une peinture moins chère mais qui requiert des corrections ou une repeinte après quelque temps ?». Sans parler de la composition des teintes et des erreurs irréversibles dans la couleur si elle n’est pas prise en charge par un professionnel. Il ajoute : «R-M est une peinture dont la qualité dépasse le prix. Nous avons une part de marché importante, et cela est la meilleure preuve de qualité. Le consommateur ne doit pas être dupe et transiger sur la qualité. Par ailleurs, un paradoxe mine le marché : il n’existe pas de personnes qualifiés dans la peinture automobile. Or, ce domaine requiert certaines notions, notamment pour la composition des teintes, et pour le suivi technique». La douane représente une autre paire de manche. Avec une taxe de 21,6 %, la douane libanaise est l’une des plus élevées au monde. Joseph Khair explique : «Cette mesure est prise pour protéger la production locale, or ce n’est pas la même catégorie de peinture qui est fabriquée chez nous, et cela se reflète sur le consommateur qui doit payer sa marchandise plus cher. De toute façon, il existe un manque d’éthique à l’échelle nationale, et non seulement au niveau de la peinture automobile». Anwar Berberi renchérit : «Il n’existe ni protection locale ni experts qualifiés aux douanes pour s’assurer que les factures ne sont pas falsifiées». Liban, pionnier mais Liban dépassé De son côté, Samy Assaf dresse un bilan est assez triste de la situation : «Dans les années 60 et 70, le Liban était pionnier dans la fabrication de peinture au Moyen-Orient. La guerre nous a fait perdre ce privilège, et avec lui, tout le marché d’exportation s’est réduit. Toutefois, nous avons la possibilité de reprendre cette place à condition que les matières premières ne soient pas taxées, à l’instar des autres pays du monde, et notamment les pays avec lesquels nous avons des accords économiques de libre-échange. Les matières premières sont effectivement taxées, pour des raisons que l’on ignore, or ce sont des matières qui ne peuvent avoir d’autre utilisation. Sans oublier les coûts de transport et le dédouanement des produits au port, qui peuvent s’élever jusqu’à 15 à 16 % du coût de la marchandise, alors que la taxe payée à l’État est de l’ordre de 3 % pour la plupart des produits et de 20 % pour certains autres. Sachons également que les autres pays voisins ne souffrent pas de ce problème avec 2,4 % pour la Syrie, environ 3% pour l’Égypte, et 1 % pour les Émirats, favorisant ainsi des acoords de libre échange avec ces pays». Pour lui, le problème ne s’arrête pas là et «un autre problème stoppe également les chances d’exportation : il concerne l’inégalité dans les frais en général. Par exemple, si un conteneur est transporté vide, rempli de marchandise et transporté à une distance de 90 km, il en coûte, à Chypre, environ 140 $. Face à cela, au Liban, un conteneur rempli et transporté à 5km coûte environ 700 $. C’est hallucinant, mais surtout injuste». Mais cela ne l’empêche pas de croire en un avenir meilleur : «Les Libanais ont un pouvoir de négociation très élevé et ils peuvent obtenir les meilleurs prix au monde. Ils ont la possibilité de faire transiter des produits chimiques et des matières premières. Or, le coût du transit est actuellement très élevé. Une fois les mesures nécessaires mises en oeuvre comme dans les années 70, le Liban reprendra les transactions triangulaires et bénéficiera énormément de ce secteur». Solutions pour un avenir meilleur Dresser un bilan n’est pas suffisant, encore faut-il trouver des solutions. Pour Anwar Berberi, «il faut protéger la fabrication de la peinture au Liban à deux niveaux. Premièrement, il faudrait imposer des lois pour diminuer le volume de peinture importée car elle concurrence la fabrication locale ; améliorer l’investissement ou l’exploitation de cette industrie et la préserver pour un meilleur retour à l’investissement. Deuxièmement, il faudrait limiter l’exploitation de cette industrie vu sa saturation. Les permis sont en effet obtenus trop facilement, sans être basés sur des normes et lois spécifiques. D’ailleurs, l’industrie actuelle couvre 50 % de la consommation locale. Il faut donc limiter l’auto-concurrence de cette industrie». Quant à Samy Assaf, en sa qualité de Secrétaire Général du Syndicat, il espère des mesures radicales : «En 1996, le Syndicat des Fabricants de Peinture au Liban a établi une série de requêtes dont la première repose sur l’application des lois libanaises. La réponse du gouvernement fut claire : de telles mesures nuiraient aux petits fabricants. Or, il faut savoir que ces mêmes fabricants ne possèdent, pour la plupart, pas de permis de fabrication et que leurs locaux ne se situent pas dans des zones industrielles, sans parler de l’inexistence du contrôle sur leurs produits. Il existe 223 fabriquants dont 95 % n’ont pas de permis officiel de fabrication. Ce n’est plus permis. La guerre est terminée et il faudrait mettre un terme à la pagaille et canaliser la fabrication de peinture».
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