Le congrès papou s’est achevé hier dimanche par une vibrante proclamation affirmant que l’Indonésie «doit reconnaître la souveraineté de la nation de la Papouasie occidentale» qui est «indépendante» depuis la fin de la colonisation néerlandaise, au début des années 60. Cette résolution, qui conclut des travaux menés depuis lundi 29 mai à Jayapura, la capitale provinciale, par près de 3 000 délégués, dans une atmosphère passionnée, consacre la victoire des modérés, soucieux d’ouvrir un dialogue à la fois avec Djakarta et la communauté internationale, et avant tout d’éviter de donner aux autorités indonésiennes un prétexte pour déclencher une nouvelle vague de répressions. Les extrémistes ont accepté qu’il n’y ait pas de nouvelle proclamation formelle de l’indépendance et ont également retiré leur proposition de former un gouvernement de transition, deux points qui – les autorités indonésiennes avaient mis en garde – auraient été considérés comme une déclaration de guerre. Ils ont en revanche obtenu la présidence de la direction, jusqu’à présent collégiale, du Présidium, l’instance suprême papoue, qui a été dotée par le congrès des mandats les plus larges possibles. Les modérés ont dû également accepter la reconnaissance officielle des «Satgas Papous» (forces d’intervention papoues) qui, de service d’ordre et de protection de personnalités indépendantistes, apparus plus ou moins spontanément, sont désormais investis de «la responsabilité de la protection de tout le peuple papou» alors que leur effectif est porté à 10 000 hommes. D’abord favorables à la tenue de ce congrès, né d’un appel au dialogue lancé par Djakarta en février 1999, les autorités indonésiennes se sont très vite alarmées du ton indépendantiste des travaux et ont déclaré en début de semaine que l’assemblée était «illégitime» et «non représentative». Le président Abdurrahman Wahid a également réaffirmé que l’Indonésie ne renoncerait jamais à l’Irian Jaya, le nom donné à la moitié occidentale de l’île de Nouvelle-Guinée, à plus de 2 500 km à l’est de Djakarta, une province richement dotée en ressources naturelles de toutes sortes. Tom Beanal, le dirigeant modéré qui, «au nom de l’unité de la nation et de la lutte», a accepté de renoncer à la coprésidence pour reconnaître la direction suprême de Theys Eluav, considéré comme un extrémiste, a souligné hier que «tout devrait être fait pour éviter un désastre comme celui qui a eu lieu au Timor-Oriental». L’armée indonésienne et ses milices ont systématiquement, l’année dernière, détruit le Timor-Oriental occupé en 1975 et qu’ils ont annexé un an plus tard, après que sa population eut voté à près de 80 % en faveur de l’indépendance. La résolution finale adoptée à Jayapura par acclamation et paraphée au son des grosses caisses et des cris des guerriers traditionnels, dansant dans les allées, souligne que «l’Indonésie doit reconnaître la souveraineté de la nation de la Papouasie occidentale, fondée sur l’histoire, la géographie, la culture et l’ethnicité».
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