En janvier dernier, le collège Zahret el-Ihsan reçoit une invitation à participer au «Printemps des lycées et des apprentis», du 11 au 14 mai, à Martigues, dans le Sud de la France. Cette manifestation culturelle d’envergure, qui réunit chaque année des jeunes de différents pays, se déroule en deux temps. Après deux journées de compétitions artistiques variées autour d’un thème, les délégations célèbrent la journée de la paix. Chef du département de français de Zahret el-Ihsan, Mme Christiane Nabaa se charge aussitôt de mettre en place, avec un groupe d’élèves de seconde et de première, un projet littéraire et artistique sur le thème –imposé – du temps. C’est ainsi que naît la troupe Les Éphémères, composée de Lydia Haddad, Youmna Abourrousse, Joëlle Khougea, Aline Stéphan, Éliane Maalouf, Rosalie Badaro, Myriam Lati, Sélim Mezher et Élias Ghamica. Ensemble, à grands coups de sacrifices et de bonne volonté, motivé à la perspective du voyage en France, le groupe travaille dur à la rédaction et à la mise en scène d’un texte intitulé Temps et Contretemps, puis à son adaptation théâtrale en une représentation de 5 minutes, comme exigé par les organisateurs du «Printemps». À ce rythme, le 10 mai est vite arrivé et c’est le grand départ pour les neuf lycéens libanais. Deux journées de compétitions À Martigues, les deux journées de compétitions – jeudi 11 mai et vendredi 12 – se sont déroulées dans la joie et l’enthousiasme. C’est dans un immense espace, à l’air libre, sous un soleil éclatant, que les quelque 3 000 jeunes de France ainsi que des différents pays bordant la Méditerranée se sont retrouvés. Après l’accueil chaleureux – avec orchestre ! – des délégations par les animateurs, la matinée du jeudi a été inaugurée par un défilé de mascottes. Trois des lycées libanais ont intégré la marche, arborant le nom de leur école, Zahret el-Ihsan. Puis, en début d’après-midi, Les Éphémères ont présenté leur travail devant un jury spécialisé, qui les a félicités pour les qualités littéraires de leur travail comme pour leur niveau de français. Le groupe libanais a par la suite pu apprécier les représentations théâtrales des autres groupes, et assister aux différentes compétitions qui se déroulaient simultanément, sur les mêmes lieux : ateliersvidéo, arts plastiques, épreuves sportives et musicales… Enfin, un super concert à l’ambiance détonante a été l’occasion pour tous de faire la fête, jusqu’au petit matin. Le lendemain, suite des manifestations culturelles, puis cérémonie de remise des prix, en présence de M. Michel Vauzelle, député-président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un prix d’honneur est décerné à la délégation libanaise pour la qualité de sa prestation. La journée de la paix Deuxième temps du «Printemps des lycées et des apprentis» : la journée de la paix, samedi 13, à Arles. Autour du théâtre antique d’Arles, plus de 2 000 jeunes, tous vêtus de T shirts blancs, affluent par le portail des arènes et prennent place pour la cérémonie de la paix. Les jardins sont transformés, par dix-sept artistes de la compagnie «L’Éléphant vert», en un univers concentrationnaire. Pendus aux arbres, glués sur des souches, prisonniers de filets ou de cages, les acteurs chantonnent et jouent dans une atmosphère sonore où se mêlent sirènes et déclamations des droits de l’homme. Le théâtre est également peuplé d’objets allégoriquement sinistres : guillotine, porte de prison, bottes boueuses, lance-roquettes fumants… Et au centre, sur une scène bleue figurant la Méditerranée mais recouverte d’un drap de camouflage vert gris, une énorme colombe, comme en barbe à papa, ligotée par des liens qui seront successivement coupés par les différentes délégations. 10h30. La cérémonie peut commencer. Trois représentants de chaque pays s’avancent tour à tour, sur une musique traditionnelle et offrent un plateau de fruits et un œuf renfermant une colombe. Face à l’assistance, l’un d’entre eux lit ensuite, dans sa langue natale ou en français, un message de paix qui libère l’un des acteurs prisonnier en même temps qu’il fait s’effondrer l’un des éléments du décor militaire. Le seul nom du Liban soulève acclamations et applaudissements. C’est à Lydia Haddad qu’a été confiée la lecture du message. «Il semble que l’histoire ait condamné le Proche-Orient à vivre dans un climat permanent de belligérance», dit-elle. «Je déclare que nous sommes prêts à relever le défi, prêts à faire œuvre de paix». Une fois tous les liens coupés, les œufs sont ouverts, libérant 450 colombes. À l’aube du troisième millénaire, les jeunes méditerranéens de tous bords, réunis à Arles, ont symboliquement banni la guerre. «Le Printemps des lycées et des apprentis» 2000 aura été, pour les lycéens de Zahret el-Ihsan, une expérience enrichissante à plus d’un titre. Et une merveilleuse aventure qu’ils n’oublieront pas de sitôt.
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