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Actualités - Chronologie

Société - Connaître les esprits des ancêtres Le N'anga, guérisseur du sida

À dix kilomètres de Chivhu, une mauvaise piste coupant à travers les immensités désertiques des Midlands (centre du Zimbabwe) conduit à la hutte traditionnelle de Kadenge, un N’anga – guérisseur – qui prétend pouvoir guérir ses patients de tous les maux, même du sida. Dans cette région consacrée essentiellement à l’élevage, le guérisseur reçoit les villageois des alentours, attirés par ses pouvoirs supposés, la proximité des soins et leur modicité par rapport à la médecine occidentale, hors de portée de bien des Zimbawéens. «Nous sommes proches des gens, dit le guérisseur au visage strié de rides, nous connaissons leurs problèmes et les esprits de leurs ancêtres». Professant le culte mwari, fondé sur des croyances animistes monothéistes comportant le culte et l’intercession spirituelle des ancêtres, les N’angas consultent les esprits, interprètent les os ou les racines, pratiquent l’exorcisme et administrent des remèdes. Kadenge, âgé de 57 ans, explique avoir eu une «révélation» de ses pouvoirs à l’adolescence, accompagnée de troubles du comportement. Initié à 16 ans, le chaman dit recevoir ses pouvoirs de deux types d’esprit, les midzimu (protecteurs) transmis par les ancêtres et les shave (étrangers n’ayant pas reçu de sépulture appropriée). «Les esprits et les plantes me donnent la possibilité de tout guérir, dit-il, des rhumes au sida». Dans un pays où le taux d’infection par le VIH est l’un des plus élevés au monde (un sur quatre sur une population totale de 12,5 millions), l’affirmation du guérisseur a de quoi déranger. Esprits maléfiques Ne bénéficiant par d’antirétroviraux, largement réservés à des patients européens ou américains en raison de leurs coûts, et dans l’impossibilité économique de fréquenter les dispensaires et hôpitaux classiques, un nombre croissant de personnes touchées par le sida s’en remettent à leur N’anga local, relèvent les ONG spécialisées. Kwenda, 23 ans, a parcouru une vingtaine de kilomètres pour venir consulter le chaman avec son mari Chechek et une de leurs filles, Resi, 3 ans. Tous trois sont séropositifs. «Le N’anga nous donne des potions de plantes et des conseils d’alimentation pour lutter contre les esprits maléfiques qui veulent notre mort», explique la jeune femme frêle. «Nous sommes venus le voir dès qu’on nous a annoncé que nous avions le virus, il y a six mois», dit-elle, affirmant se sentir «beaucoup plus forte» depuis le début du traitement. Traités de charlatans par les praticiens du système de santé classique, les N’angas, regroupés au sein de l’Association nationale des guérisseurs traditionnels du Zimbabwe – Zinatha, affirment avoir créé un remède qui permettrait de lutter contre la pandémie qui décime le pays. Pour créer leurs onguents et poudres diverses, ils bénéficient de la pharmacopée naturelle extraordinairement diverse du Zimbabwe. Repoussant les attaques de la médecine conventionnelle, ils soulignent que celle-ci a été amenée à reconnaître leurs connaissances des plantes dans le cadre de la lutte contre d’autres maladies graves comme le cancer. Ainsi la crème de l’arbre à saucisses (Kigelia Africana) est désormais utilisée comme un remède à l’efficacité prouvée contre les cancers de la peau. «Nous avons la même supériorité sur la médecine conventionnelle en ce qui concerne le sida», assure Kadenge. Et Kwenda repartira de la hutte du guérisseur en ayant l’impression trompeuse que «la mort s’éloigne».
À dix kilomètres de Chivhu, une mauvaise piste coupant à travers les immensités désertiques des Midlands (centre du Zimbabwe) conduit à la hutte traditionnelle de Kadenge, un N’anga – guérisseur – qui prétend pouvoir guérir ses patients de tous les maux, même du sida. Dans cette région consacrée essentiellement à l’élevage, le guérisseur reçoit les villageois des alentours, attirés par ses pouvoirs supposés, la proximité des soins et leur modicité par rapport à la médecine occidentale, hors de portée de bien des Zimbawéens. «Nous sommes proches des gens, dit le guérisseur au visage strié de rides, nous connaissons leurs problèmes et les esprits de leurs ancêtres». Professant le culte mwari, fondé sur des croyances animistes monothéistes comportant le culte et l’intercession spirituelle des...