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Actualités - REPORTAGES

Patrimoine - Le château de Beaufort, ou Qalaat Chaqîf Arnoun Une histoire des plus tourmentées(photos)

Les longues années d’attente et la peur de la destruction ont cédé la place au soulagement. Le château de Beaufort est sauvé ! Ce monument historique, qui date de la période des Croisés, a servi à l’armée israélienne, dix-huit ans durant, de poste d’écoute électronique et d’observation. Il y a quelques jours encore, il risquait d’être dynamité. La crainte de le voir à jamais détruit planait sur le pays. Sa sauvegarde a nécessité une intervention politique à l’échelle internationale, et c’est juste une partie attenante au château qui a sauté dans la nuit du mardi au mercredi, lors du retrait israélien. «Nous avons envoyé au sud aujourd’hui le chargé du bureau de la Direction générale des antiquités pour dresser un état des lieux, a souligné M Frederic Husseini, directeur général de la DGA. Et c’est ainsi que l’on peut s’assurer que le château a été épargné. Mis à part les anciennes destructions, rien de nouveau n’a été signalé». Toutefois, un témoin assure qu’une partie d’un mur du château s’est éffondrée à la suite de l’explosion qui a lieu à proximité du site. Le château de Beaufort, plus connu sous le nom de Qalaat Chaqîf Arnoun, est l’un des plus importants édifices des croisés au Liban. C’est son emplacement stratégique qui lui donne son importance. Dressé sur une crête rocheuse de 300 mètres d’altitude, dont l’horizon s’ouvre jusqu’à la mer, cet édifice militaire surplombe tout le sud du Liban et domine la route de Damas via le fleuve du Litani. C’est pour cette raison que les croisés avaient édifié la forteresse à cet emplacement, et aussi dans le souci d’assurer une protection maximale du site, ils ont taillé dans le roc du plateau le fossé qui entoure la forteresse sur ses trois côtés. Le château des croisés est construit sur un autre site plus ancien, aux dimensions plus réduites. C’est «l’atebeg de Damas Chihab al-Din qui l’a remis en 1139 au roi de Jérusalem Foulouque d’Anjou», écrit Jean-Claude Voisin dans son livre Châteaux et églises du Moyen Âge au Liban». La localité de Chaqîf a été de la sorte intégrée à la seigneurie de Saïda. Et une fois la forteresse édifiée, les seigneurs croisés ont eu un nouveau titre : Seigneurs de Sagette (Saïda) et de Beaufort, un qualificatif désignant la beauté du site et la grandeur de son architecture. Batailles et sièges À la fin du XIIe siècle, le château de Beaufort a vécu une longue tranche d’histoire, émaillée de batailles et de sièges. En 1189, Saladin assiège la forteresse une longue année durant. À l’époque, Beaufort appartenait au seigneur croisé Renaud de Sidon qui s’y était retiré depuis que Saladin lui avait enlevé la capitale de sa principauté. Sentant que la guerre était perdue d’avance, ce seigneur franc utilisa la ruse pour gagner du temps. Il demanda, lui-même, à Saladin un délai de trois mois afin, fit-il valoir, de mettre sa famille à l’abri. Saladin accepta. Renaud de Sidon voulait en fait renforcer les constructions de son fort et attendre l’aide militaire qui viendra de Tyr. Mais son plan échoua car Saladin eut vent de ses intentions. Il captura le seigneur franc, le fit torturer pour l’obliger à rendre la forteresse avant de l’emprisonner à Damas. Il assiégea la forteresse jusqu’à ce que ses défenseurs, vaincus par la famine, se rendent en faisant de la libération de Renaud de Sidon l’ultime condition de leur reddition. Les textes des chroniqueurs ont été repris par l’émir Maurice Chehab dans son livre, Tyr à l’époque des croisades. Toutefois, l’histoire de la forteresse n’est pas encore terminée. Un demi-siècle plus tard, en 1240, le château est restitué aux Francs suite à un accord avec le sultan de Damas. Remis en état, il sera vendu aux Templiers en 1260. Cet ordre de moines guerriers, fondé par des chevaliers ayant largement participé aux croisades, utilise le fort comme station de base et y construit même de nouvelles salles. Mais en 1268, le conquérant Baibars reprend la forteresse qui sera par la suite oubliée. Il faut en fait attendre la venue de l’émir Fakhr el-Dine (XVIIe siècle) pour que le château soit partiellement restauré. Et les dernières modifications dans l’architecture du bâtiment sont dues à l’armée israélienne qui y avait construit des salles en béton. «Le château de Beaufort se présente sous la forme d’une arête rocheuse isolée du plateau, qui descend en pente douce vers l’ouest par un profond fossé plusieurs fois retaillé, écrit Jean-Claude Voisin dans son livre. Au sud, un espace de 250 m, à l’extrémité duquel les Templiers édifièrent le château neuf, était probablement prévu pour accueillir un bourg castral. L’accès latéral du château au sud, côté bourg castral, s’ouvre sur une basse-cour inférieure de 140 m de longueur qui borde l’à-pic. Elle est entourée de courtines flanquées de 4 tours circulaires ; une poterne s’ouvre sur le ravin. Le château proprement dit est en position haute et offre au milieu de sa façade occidentale un donjon carré de 13 m, avec des murs de 2,50 m d’épaisseur». «De l’époque médiévale et des différentes phases de construction, il ne subsiste que les bases de tours. Les importants travaux de restauration de l’émir druze Fakhr el-Dine au XVIIe siècle ont modifié les données architecturales». Certes, aujourd’hui, le monument n’a plus la grandeur de son passé. Mais il a été quand même sauvegardé. En fait, ces quelque vingt années font partie intégrante de son histoire. Car l’occupation de l’armée israélienne n’était pas plus importante que toutes celles qui l’ont précédée.

Les longues années d’attente et la peur de la destruction ont cédé la place au soulagement. Le château de Beaufort est sauvé ! Ce monument historique, qui date de la période des Croisés, a servi à l’armée israélienne, dix-huit ans durant, de poste d’écoute électronique et d’observation. Il y a quelques jours encore, il risquait d’être dynamité. La crainte de le voir à...