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Actualités - Reportages

La tragédie de Roger

Devant le poste-frontière de Naqoura, tenu par les Casques bleus français, un jeune homme terrorisé cherche à fuir une foule hurlante. Roger est originaire de Ibl es-Saqui et il s’était réfugié en Israël avec ses camarades, dans la foulée de ce retrait sans gloire. Ayant entendu la veille les propos du chef de l’État et ayant laissé sa fiancée au Liban, il a décidé de revenir se livrer à la justice. Les contacts entrepris, il traverse le côté israélien et se présente devant la Finul. Mais la foule de curieux qui guette sur les lieux s’empare aussitôt de son histoire. Les gens le regardent comme une bête curieuse et chacun veut lui parler soit pour l’insulter soit pour, en principe, l’encourager. Le jeune homme est terrorisé et souhaite rebrousser chemin, mais l’officier français en charge du poste est désolé pour lui : «Je ne peux pas vous faire passer. Je n’ai pas d’ordres en ce sens». Roger est coincé : en Israël, il est traité comme une quantité négligeable et au Liban, il a peur. Un combattant d’Amal s’approche de lui et se propose de l’emmener vers l’armée libanaise. Roger se colle à la barrière de la Finul et supplie les Casques bleus de le laisser entrer. Le combattant devient féroce : «Pourquoi as-tu peur ? Laisse-moi t’emmener vers l’armée». Il veut même le tirer par la manche. Une vieille dame l’en empêche. «Calme-toi, mon petit, dit-elle. Ici, tu es dans ton pays. Nul ne te fera de mal». La femme, originaire d’un village voisin, alerte son mari. «Appelle l’armée, lui dit-elle. Il faut que les soldats viennent le prendre». L’homme opine de la tête. Il est lui aussi là pour attendre le maire de son village qui s’était réfugié en Israël par peur, mais qui souhaite maintenant rentrer au pays, quitte à se livrer à la justice. Deux hommes en civil arrivent sur les lieux, dix minutes plus tard. Ce sont des soldats de l’armée libanaise, venus emmener Roger. Mais ce dernier a changé d’avis. Il a si peur qu’il préfère retourner en Israël. Il déclare aux soldats qu’il préfère se rendre en Israël pour revenir plus tard avec six de ses amis qui souhaitent se livrer à la justice. «Je ne veux pas me livrer seul» , avoue-t-il. La Finul entreprend des contacts avec les autorités israéliennes pour voir si Roger peut retraverser la frontière. La réponse est sèche : «Nul ne peut passer, dans un sens ou dans l’autre, tant que la foule libanaise est si proche de la frontière. Éloignez-les, nous ne voulons pas de témoins». L’officier français ne veut pas toutefois empêcher la population de s’approcher de la frontière puisqu’il s’agit d’un territoire libanais, alors que sa mission consiste seulement à empêcher les incidents à la frontière et à protéger la population au lieu de la brimer. Une vive discussion s’engage tandis que Roger tremble de plus en plus. Il n’est pas le seul. Parmi la foule, nombreux sont ceux qui attendent le retour d’Israël de leurs proches qui travaillaient là-bas et ont été coincés par le retrait rapide. Finalement, ce sont les deux soldats en civil qui demandent à la population de s’éloigner… et les Israéliens autorisent Roger à revenir chez eux. Il veut emmener sa fiancée qui l’attend discrètement. Mais les Israéliens n’en veulent pas. La rage au cœur, il s’en va, lui disant de l’attendre : «Je reviendrai avec mes compagnons», promet-il à la jeune fille en larmes. Elle le regarde partir et, la tête basse, remonte dans la voiture, sous les invectives du combattant d’Amal, revenu avec des renforts. La population a beau lui demander de se calmer, il ne veut rien entendre. Il ne se rend pas compte qu’il a réussi à gâcher la joie d’une victoire certaine. Quant aux soldats en civil, qui finalement sont arrivés jusqu’à la frontière israélienne et dans tout le Sud, ils reviendront chaque jour pour convoyer ceux qui souhaitent se livrer à la justice… S.H.
Devant le poste-frontière de Naqoura, tenu par les Casques bleus français, un jeune homme terrorisé cherche à fuir une foule hurlante. Roger est originaire de Ibl es-Saqui et il s’était réfugié en Israël avec ses camarades, dans la foulée de ce retrait sans gloire. Ayant entendu la veille les propos du chef de l’État et ayant laissé sa fiancée au Liban, il a décidé de revenir se livrer à la justice. Les contacts entrepris, il traverse le côté israélien et se présente devant la Finul. Mais la foule de curieux qui guette sur les lieux s’empare aussitôt de son histoire. Les gens le regardent comme une bête curieuse et chacun veut lui parler soit pour l’insulter soit pour, en principe, l’encourager. Le jeune homme est terrorisé et souhaite rebrousser chemin, mais l’officier français en charge du poste est...