À une époque où l’on se préoccupe de plus en plus de nos ressources futures, l’eau est un point crucial. Le Moyen-Orient, région particulièrement exposée au manque d’eau, doit évidemment se sentir concerné par la façon dont l’eau est traitée et recyclée. Les sociétés de traitement des eaux ont donc un rôle essentiel à jouer dans ce contexte, tant au niveau des particuliers qu’en collaboration avec les administrations. Sous cette appellation extrêmement générique, le traitement des eaux recouvre en réalité une multiplicité de techniques, de services et d’approches que le non-initié aura du mal à imaginer. Un aperçu Il s’agit de traiter les eaux domestiques, d’adapter la qualité de l’eau en fonction de la demande spécifique de chaque client, de mettre en place et entretenir le matériel électromécanique de piscines, de fontaines, de cascades, de recycler les eaux usées, de dessaler les eaux de mer et saumâtres... Bref, la liste est longue et complexe. Cette diversité des activités requiert un haut degré de technicité et un niveau de compétence égal dans chacun des aspects du secteur. De plus, le matériel doit évidemment être d’une qualité irréprochable. «Pour définir une filière de dépollution des eaux, il est nécessaire de connaître les volumes à traiter et les caractéristiques globales de la pollution, explique Ibrahim Abboud, PDG de STA. Nos eaux domestiques contiennent des débris végétaux et animaux, de la terre, des graisses émulsionnées ou non, des détergents, du savon, du sel dissous, des substances hydrocarbonées, de l’azote (organique et ammoniacal), du phosphate, mais aussi une pollution microbienne, des bactéries, des virus et des parasites divers». Il est donc essentiel de traiter de façon optimale les eaux selon les besoins spécifiques de chacun, d’autant que la quantité d’eau disponible sur terre est fixe. Plus nous la consommons rapidement, plus il nous revient de la traiter et de la recycler afin de pouvoir en disposer à nouveau. Cette prise de conscience est essentielle à l’heure où la question du réchauffement de la planète et du manque d’eau dans certaines régions du globe se pose de façon aiguë. «Réintégrer l’eau traitée dans le cycle naturel de l’eau devient une nécessité écologique, poursuit Ibrahim Abboud. Et réutiliser les eaux domestiques devient un des éléments les plus importants du concept de gestion intégrée des ressources, ce qui permet de préserver l’équilibre du cycle naturel de l’eau en évitant les impacts négatifs. Cette approche conduit à la création de circuits fermés et décentralisés, favorisant ainsi le développement de solutions alternatives adaptées aux exigences locales et satisfaisant les besoins actuels et futurs. Le recyclage des eaux usées est une solution possible et peu coûteuse permettant le développement durable des activités agricoles et industrielles. La réutilisation des eaux usées pour l’irrigation et pour les besoins urbains à des fins non potables (arrosage d’espaces verts, cascades, fontaines, nettoyage des rues, lavage des voitures, chasses d’eau et lutte anti-incendie) se développe rapidement. La réutilisation industrielle et le recyclage interne sont désormais une réalité économique». Un marché florissant Beaucoup de facteurs se conjuguent donc pour expliquer et provoquer la croissance de ce secteur particulier et très pointu. «Rien qu’au cours de cette dernière année, nous avons creusé une centaine de nouveaux puits pour l’eau potable, observe Sélim Makhoul, PDG d’Aquarius. Mais ce qui est notable, c’est le traitement des eaux usées qui commence à se généraliser dans tous les grands villages du Liban. Beaucoup d’associations philanthropiques étrangères financent ces installations». Cette prise de conscience de la nécessité de traiter l’eau offre de nombreux avantages, d’ordre financier, mais aussi au niveau de la préservation de l’environnement, de l’amélioration de la production agricole, de la santé publique. De plus, la crise économique n’affecte pas directement les professionnels du traitement des eaux. «Nous arrivons après les entrepreneurs généraux ; ceux-ci ont besoin de deux ans pour exécuter un projet, alors que nous intervenons dans les derniers mois. Nous ne supportons la crise qu’à la fin et dès qu’il y a une reprise, nous en bénéficions avec les entrepreneurs rapidement. Nous avons à ce jour 2 000 clients ; il nous suffit de faire leur entretien pour simplement pouvoir survivre. Et certains projets importants, à plusieurs milliers de dollars, nous permettent de travailler sereinement pendant plusieurs mois». Par ailleurs, les exigences extrêmes du métier permettent à la sélection naturelle de s’effectuer rapidement. «Il y a certes des nouveaux venus sur le marché, acquiesce Sélim Makhoul, mais il y a aussi des “nouveaux partis”. Le roulement est rapide. Évidemment, beaucoup de nouvelles entreprises essaient de casser les prix pour se faire une place sur la marché, et cela se répercute sur la rentabilité. Mais en fin de compte, ce roulement est sain». Les fontaines, un créneau en plein essor Niche particulière de ce secteur d’activité, l’installation de fontaines diverses, et en particulier de murs d’eau, fait preuve d’un dynamisme étonnant cette année. «Le mouvement de l’eau est très apprécié dans un jardin particulier comme dans un lieu public, explique Sélim Makhoul. Toutes les nouvelles villas se font avec des fontaines, ou de simples plans d’eau qui apportent beaucoup de sérénité. La diversité des motifs est très importante. Le mouvement peut être plus ou moins haut, plus ou moins large, plus ou moins aéré, selon la forme de la buse. À partir d’une dizaine de jets de base, les architectes peuvent créer beaucoup de modèles». La sophistication de la fontaine en elle-même s’allie à un prix relativement accessible pour expliquer ce succès. «Cela coûte moins cher qu’une décoration à base de plantes vertes», avance Sélim Makhoul qui a installé la fontaine du palais présidentiel de Baabda et le mur d’eau du centre Ellipse. «Certaines fontaines automatisées peuvent changer de forme. D’autres, que nous avons réalisées en Arabie séoudite, suivent les harmonies d’une musique grâce à un système informatique». La créativité a donc encore de larges marges de manœuvre afin de garantir de beaux jours au traitement des eaux.
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