Le bihebdomadaire islamiste ach-Chaab, suspendu par un comité gouvernemental en même temps que la formation politique dont il est l’organe, le Parti du travail, constitue depuis plusieurs années un casse-tête pour le gouvernement égyptien. Ses campagnes successives contre des personnalités gouvernementales ont valu à ses journalistes une série de poursuites judiciaires pour diffamation. Sa suspension est intervenue alors que son rédacteur en chef, Magdi Ahmed Hussein, et deux de ses journalistes, Salah Bédéoui et Essam Hanfi, sont en prison depuis avril après leur condamnation à des peines de un à deux ans pour diffamation du vice-Premier ministre et ministre de l’Agriculture, Youssef Wali. Ach-Chaab avait mené une campagne fin 1999 et au début de cette année contre M. Wali, allant jusqu’à l’accuser de haute trahison pour avoir accepté de coopérer dans le domaine de l’agriculture avec Israël, pays en paix avec l’Égypte depuis 1979. Déjà en 1998, le même rédacteur en chef était allé en prison après sa condamnation pour diffamation à l’encontre de l’ancien ministre de l’Intérieur Hassan al-Alfi, que le journal accusait de corruption. Mais c’est la récente campagne du journal qui a provoqué sa suspension, de même que celle du Parti du travail (islamiste), par un comité proche du gouvernement chargé de surveiller l’activité des partis. Le journal a réclamé l’élimination physique des éditeurs d’un roman du Syrien Haïdar Haïdar, Festin des algues de mer, réédité en novembre par le ministère égyptien de la Culture et jugé blasphématoire par les islamistes. Même si formellement les suspensions ont été justifiées par des scissions au sein de la formation, on estime dans les milieux politiques égyptiens que l’affaire du roman syrien est à l’origine de ces mesures. «Le journal a réussi à sensibiliser l’opinion publique sur cette affaire et les gens se demandent pourquoi le ministre de la Culture Farouk Hosni, qui a permis la publication d’un ouvrage blasphématoire, est maintenu dans ses fonctions», affirme un analyste égyptien qui a requis l’anonymat. «Une mesure contre le journal et le parti était nécessaire pour que le gouvernement n’apparaisse pas en position de faiblesse face aux islamistes, à quelques mois des élections législatives. D’autant que sur le fond, ach-Chaab est sorti vainqueur, puisque la plus haute institution religieuse, al-Azhar, a soutenu sa position en dénonçant en termes très durs le ministère de la Culture pour avoir publié le roman», estime cet analyste. Des élections législatives sont prévues à l’automne prochain, à une date qui n’a pas été annoncée pour l’instant. Le tirage d’ach-Chaab se situe généralement entre 10 000 et 20 000 exemplaires, selon les estimations, et ce chiffre serait passé à environ 80 000 pendant la campagne contre le roman syrien. Le tirage des journaux est tenu secret en Égypte. Ach-Chaab offre par ailleurs une tribune politique aux Frères musulmans, un mouvement interdit mais toléré par les autorités, qui prône l’instauration d’un État islamique par des méthodes pacifiques.
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