La moto, cet engin qui fait rêver les adolescents et frémir les parents, demeure un plaisir réservé à quelques-uns. Les raisons de cette réticence publique sont nombreuses : routes impraticables, dangers de la conduite, mauvaise réputation... Pourtant, les vrais amateurs sont là et persistent. Le marché de la moto est réduit, mais il s’adresse aux vrais passionnés. Si la moto en fait rêver plus d’un, elle demeure une catégorie mal aimée du commerce de véhicules. Dans l’ensemble, au Liban, la vente de motos ne constitue qu’une activité annexe pour de grandes marques automobiles comme Honda, BMW ou Suzuki. D’autres, plus rares comme Harley-Davidson, ont bâti leur entreprise sur la moto elle-même et l’ont entourée de toute une imagerie. Toutefois, ces spécialistes sont particulièrement touchés par la crise et doivent nécessairement diversifier leurs services pour s’en sortir. «En volume, la vente de motos représente la partie la plus importante de notre activité, car les Harley-Davidson sont des motos très chères, explique Raflé Khoury, directeur de Born SAL, représentant exclusif de Harley-Davidson au Liban ; mais les accessoires et les vêtements nous permettent de plus grandes marges. À cela s’ajoutent l’atelier de réparations et toutes les pièces de rechange». Heureusement, les importateurs bénéficient pour une fois de l’absence de production locale et supportent un taux de douanes raisonnable, s’élevant à 14 % (ce taux était de 10 % en 1996). Si la crise affecte donc tout le monde, la diversification représente une option de sortie ; l’innovation en constitue une autre, comme l’espère Raflé Khoury : «Nous avons très bien vendu en 1996 et en 1997, un peu moins en 1998 et en 1999, en raison de la crise. En 2000, nous comptons beaucoup sur tous les changements lancés par Harley-Davidson au niveau du moteur et du système de freinage. Les choses devraient aller mieux car beaucoup de gens ont envie de changer de moto». Entrez dans le mythe S’il est difficile d’évaluer le nombre de motos et de mobylettes au Liban, il demeure que la catégorie gros cubes de ces véhicules ne concerne qu’une minorité. Du coup, les chiffres deviennent très relatifs. Rien qu’en Harley-Davidson, le Liban compterait quelque 200 propriétaires, sans parler des motos de police. «J’ai moi-même vendu une centaine de motos, indique Raflé Khoury. À cela s’ajoutent ceux qui ont racheté des motos d’occasion de la police et ceux qui habitaient à l’étranger et qui ont ramené leur moto au Liban». Parce que la relation entre une moto et son propriétaire s’apparente souvent à une histoire d’amour. Certains amateurs de Harley-Davidson dépensent jusqu’à 10 000$ d’accessoires pour donner à leur deux-roues favori le look dont ils rêvent. Posséder une moto, c’est en fait appartenir à une confrérie, comme la célèbre association des «Motards en Colère» française, qui souhaitait donner une autre image du motard que le voyou bardé de cuir. Le rassemblement, ou la concentration, est un autre aspect de cette appartenance conviviale. Ce genre de manifestation reste malheureusement rarissime au Liban. «Nous ne pouvons pas organiser de grands rassemblements de motos, ne serait-ce qu’à cause de l’état des routes, regrette Raflé Khoury. Lorsque dix motos sont réunies, c’est déjà compliqué avec les embouteillages. Le Liban n’est pas encore suffisamment prêt pour de grands rassemblements. Mais, en 1998, nous avons commencé à organiser des voyages ; nous avons fait le Liban, la Syrie, la Jordanie et l’Égypte. En 1999, nous avons été en Syrie et en Jordanie, et cette année nous comptons aller en Turquie. Les routes à l’étranger sont en meilleur état et l’on voit plus de paysages. Et le 12 juin de chaque année, nous fêtons l’anniversaire d’Harley-Davidson». Pour une meilleure application des lois Malheureusement, dans l’inconscient collectif, motard continue de rimer avec loubard. C’est pourquoi le rapport entre propriétaires de moto et force de l’ordre n’est pas toujours facile. «Le fait que les motos soient interdites après 19h est un problème pour nous, observe Raflé Khoury ; des permis spéciaux sont accordés à ceux qui travaillent dans la livraison ou qui ne possèdent pas d’autre véhicule. Cette loi semble avoir été motivée par la multiplication des vols de sacs, à moto ou à mobylette. Je doute que cela ait vraiment changé quoi que ce soit et, dans tous les cas, ce n’est pas un conducteur de Harley-Davidson qui vole des sacs à mains ! Il y a partout dans le monde des voyous qui s’achètent une mobylette parce que c’est rapide et pas cher ; mais ce n’est pas une raison pour punir tous les motards. Tout cela est regrettable car c’est justement le soir que nous préférons faire de la moto; d’abord il y a moins d’embouteillages et, ensuite, il fait moins chaud en été. De plus, cette loi n’est pas appliquée en permanence, c’est comme le port du casque. Il est nécessaire que les lois soient appliquées tous les jours et pas de temps en temps. Les gens feraient davantage attention et prendraient de bonnes habitudes». À ce niveau, toute une éducation est donc encore à faire, tant au niveau des conducteurs eux-mêmes que des policiers pour qui la moto ou la mobylette n’est pas un véhicule à part entière. Attention, danger Enfin, malgré et peut-être à cause de la fascination qu’exerce la moto sur beaucoup de jeunes, il est essentiel que certaines précautions de sécurité soient respectées au niveau de la conduite. Bien sûr, l’obtention d’un permis de conduire mérité est la première des priorités. Ensuite, le respect du code de la route au quotidien permettrait d’éviter nombre d’accidents. «Même en voiture, c’est la loi du plus fort qui prévaut sur les routes libanaises, constate Raflé Khoury. En moto, c’est encore plus dangereux, et il faut faire particulièrement attention. Si on tombe, on risque d’être écrasé par les voitures, de se blesser ou de heurter quelque chose. Une moto doit être conduite comme une voiture, c’est-à-dire qu’il faut respecter les distances de sécurité, en donnant le même espace qu’une voiture, d’un mètre devant, derrière et sur les côtés. Le casque est évidemment obligatoire pour le conducteur et le passager. Un autre problème réside dans le fait qu’il n’y a pas d’endroit au Liban où les amateurs de vitesse peuvent se défouler, comme un circuit. Ici, les routes sont les circuits. Enfin, l’état des routes représente un très grand danger pour les motards. Dès qu’il pleut, l’asphalte est très glissant ; il y a beaucoup de trous et quand il pleut on ne les voit plus». À bon entendeur...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La moto, cet engin qui fait rêver les adolescents et frémir les parents, demeure un plaisir réservé à quelques-uns. Les raisons de cette réticence publique sont nombreuses : routes impraticables, dangers de la conduite, mauvaise réputation... Pourtant, les vrais amateurs sont là et persistent. Le marché de la moto est réduit, mais il s’adresse aux vrais passionnés. Si la moto en fait rêver plus d’un, elle demeure une catégorie mal aimée du commerce de véhicules. Dans l’ensemble, au Liban, la vente de motos ne constitue qu’une activité annexe pour de grandes marques automobiles comme Honda, BMW ou Suzuki. D’autres, plus rares comme Harley-Davidson, ont bâti leur entreprise sur la moto elle-même et l’ont entourée de toute une imagerie. Toutefois, ces spécialistes sont particulièrement touchés par la crise...