Durant une dizaine d’années, l’industrie cosmétique tentait par tous ses moyens de conquérir la clientèle masculine. Si les Américains se laissaient plus facilement séduire sur cet hémisphère, les mâles refusaient obstinément les masques, les pots de crèmes et autres produits embellisseurs. Ils cultivaient leur ligne et, les plus vaillants d’entre eux, leur musculature. Une crème à raser et un peu de brillantine complétaient l’attirail des soins. Aujourd’hui, finalement, la beauté les touche de sa baguette. Dans son ouvrage Rien n’est plus pareil et ce n’est pas un drame» (Éd. Stock), le sociologue Gérard Demuth trouve à ce virage des explications précises: la société se féminise grâce à l’émancipation des femmes. L’homme s’ouvre graduellement à cette nouvelle manière d’être, le culte du corps et de l’apparence. Il découvre en même temps la cosmétologie et le bien-être. C’est-à-dire le bon et le beau. Pour la première fois, être beau et en bonne santé constituent un devoir moral et social. L’esthétique réconcilie l’éthique et l’économique. Pour le sociologue, ce sont les femmes qui sont à l’origine du phénomène: leur demande émotionnelle et affective, de plus en plus forte, installe chez l’homme l’obligation constante de séduire, autrement les femmes choisissent ailleurs. C’est ainsi que ces messieurs se soignent comme jamais auparavant: usage du déodorant, lotion hydratante, nettoyage de peau et élimination de points noirs, reflets légers dans la chevelure ou couleur étudiée une fois le blanc annoncé et, depuis quelque temps, bistouri pour éliminer poches, double menton ou bedaine tombante... La révolte des mousses Même les plus récalcitrants, les plus passéistes de ces messieurs cèdent à la tentation du soin esthétique sans en avoir l’air... Le rasage est le domaine qui permet d’initier même les plus sourcilleux des mâles aux soins de beauté. Le chemin des crèmes à raser et après-rasage ouvre grande la porte. Vient ensuite la petite laque matinale et, plus récemment, le gel ou le baume. La première «repose» la peau du vaillant batailleur, le second «rafraîchit et ravive le teint» du guerrier. Pour les étaler, il faut masser le produit afin qu’il soit absorbé. De là à appliquer, mine de rien, les mouvements qui tirent les traits, adoucissent «le cuir» et remontent le tout, il n’y a même pas un pas... Mais la bataille n’a pas été gagnée d’un seul coup. Il a fallu procéder par étape. La première, la plus dure, a été celle du déodorant. Le héros du quotidien estimait dégradant de s’occuper des fortes odeurs de son corps lorsque tant de hautes missions réclamaient son attention. Il a fallu tout le génie et la ruse de la publicité pour le convaincre que les émanations sapaient sournoisement son irrésistible magnétisme. Une publicité célèbre montrait une femme empruntant le spray déodorant de son mari et, une fois sortie dans la rue, se faire suivre par une meute de femmes en pâmoison. Le film avait remporté, en son temps, le lion d’argent au festival de Cannes et inauguré une triomphale carrière à l’usage de ces produits... Les adeptes du bistouri Il y a dix ans, les chirurgiens esthétiques voyaient très rarement des hommes faire appel à des services «rectificatifs». Aujourd’hui, entre microgreffes capillaires et injections de collagène, en passant par le laser antirides, la demande fournit, pour certains spécialistes, plus de 20% à 25% de leur clientèle. Qu’en pensent les hommes en blanc de cette nouvelle clientèle? Il semble que pour être plus hésitants et bien plus douillets que leurs compagnes, les hommes savent mieux accepter ce qu’implique une «réparation» même s’ils supportent mal les suites de l’intervention.
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