Premier génocide du vingtième siècle. Le 24 avril 1915, la mort de tout un peuple, le peuple arménien, est décrétée. Les sinistres protagonistes de cet acte barbare sont les dirigeants du parti Jeune Turc à la tête du pouvoir : Enver Bacha, Tal’at Bey et Djémal Bacha. Les motivations de cette ignoble décision sont ethno-religieuses. L’homme malade, voulant guérir de ses maux sur le plan intérieur mais surtout sur le plan de la politique extérieure, commettra un crime ultime avant de rendre son dernier soupir. En effet, panturquifier l’Empire ottoman a été toujours une hantise jamais réalisée. Il s’est avéré que les trois millions d’habitants d’origine arménienne étaient, pour les autorités, l’une des causes qui empêchaient l’amalgame de la société ottomane. Chrétiens de religion, ayant une histoire multiséculaire, les Arméniens ont eu leur âge d’or dans la première moitié du cinquième siècle. Ayant embrassé le christianisme très tôt, l’Arménie devint, en 301, la première nation officiellement chrétienne dans l’histoire de l’Église. D’ailleurs, l’an prochain, les Arméniens d’Arménie et de la diaspora fêteront le 1700e anniversaire de cet événement historique, qui marqua toute l’histoire de leur peuple. Missionnaire, l’Église arménienne évangélisa la Géorgie et l’Aghvanie. De grands saints jalonnèrent son histoire: de saint Grégoire l’Illuminateur, l’apôtre du christianisme, aux saints Nersès, Mesrob, Krikor Narégatsi, Nersès Chnorhali, Nersès Lampronatsi à Gomidas Keumurdjian, béatifié par Pie XI en 1929. Actuellement, le procès de l’archevêque martyr de Mardine Ignace Maloyan est en cours dans la Congrégation pour les causes des saints au Vatican. Donc, un peuple croyant, cultivé, avec ses innombrables couvents et églises, avec sa culture très vaste, mais surtout avec son caractère de personnes loyales, laborieuses, paisibles qui ont en honneur la famille. Un peuple qui allait exciter la jalousie de ses compatriotes par ses avantages et son imprégnation réussie dans toutes les souches de la société. Un peuple créateur d’arts et de métiers qui a légué aux générations futures tout un patrimoine culturel. La haine n’a pas de logique, la haine est aveugle, elle enlève du cœur humain les sentiments les plus élémentaires. Voilà un peuple qui en raison de la haine contre la Foi, va payer de son sang un tribut très élevé, un million et demi de morts : évêques, prêtres, religieuses, intellectuels et simples gens. Un génocide qui engendre un autre génocide, l’exode d’un million de personnes de leurs terres ancestrales vers des pays étrangers, qui furent heureusement des pays hospitaliers tels que le Liban, la Syrie, l’Égypte, l’Europe et les Amériques. Le peuple arménien a gardé sa profonde reconnaissance envers ces peuples qui lui ont ouvert les bras, surtout pour le peuple libanais. Vouloir aujourd’hui nier le génocide arménien équivaut à vouloir nier les bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki ou nier que l’Empire communiste ait existé. L’Histoire dira son mot tôt ou tard, ce sera plutôt tard que tôt, puisque ce génocide, n’ayant pas encore été reconnu par les pays dits civilisés, après 85 ans, sera le point de départ de plusieurs autres génocides qui vont ternir l’honneur de l’humanité du XXe siècle et faire couler beaucoup de sang en Afrique, en Asie et en Europe. Passer sous silence un génocide signifie l’admettre implicitement et l’encourager. Malheureusement, les intérêts politiques et économiques priment sur la justice. Cependant, éduquer les esprits dans l’erreur, c’est les déformer, c’est détruire tout critère de vérité, avec ce que cela peut engendrer comme conséquences néfastes pour la société. Mais le peuple arménien est un peuple chrétien. Et comme chrétien, il ne connaît pas le désespoir. L’on peut dire qu’il s’est relevé de ses cendres beaucoup plus vigoureux, tenace et laborieux. Il a appris à compter uniquement sur Dieu, après avoir subi tant de déceptions de la part des hommes. Le peuple arménien est fier d’avoir donné à l’Église de nombreux martyrs et non seulement de nombreux saints. Ces martyrs qui peuplent le ciel sont leurs pères, leurs mères et leurs grands-parents aux Arméniens. Leur souvenir soutient encore les nouvelles générations dans la lutte de chaque jour et les incite au courage jusqu’à l’héroïsme. Un crime non avoué rend le pardon presque impossible. Mais le Christ, qui a subi une mort injuste et qui a pardonné à ses bourreaux puis est ressuscité, prodigue l’enseignement le plus clair pour pouvoir pardonner. Non certes que ce soit humainement facile, mais c’est possible uniquement par la force de la Foi, et de la Foi de nos martyrs qui ont scellé de leur sang leur fidélité aux principes de l’Évangile. Le 24 avril, tombant cette année le lendemain de Pâques – qui est le jour de la commémoration des défunts – aura été une occasion pour célébrer cet événement dans la joie pascale, dans l’espérance de la Résurrection et dans la foi indéfectible au Christ et à l’Église.
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