«Je veux rester simple». Cette phrase revenait comme un leitmotiv dans la bouche de Bruno Girard après sa revanche sur l’Américain Byron Mitchell qui lui a permis de coiffer la couronne mondiale des super-moyens (WBA), samedi soir à Bercy. «Je sais que c’est magnifique ce que j’ai réalisé mais je veux rester simple», insistait Girard, s’empressant d’unir tout le monde dans son bonheur. Les 2000 supporteurs venus de sa Sologne natale, «un coin merveilleux», les Parisiens de Bercy, mais aussi et surtout son épouse, ses frères... et son entraîneur Marceau Lemelle auquel il venait d’offrir un titre mondial en guise de dernière collaboration. C’est aussi avec simplicité que ce fils d’agriculteur évoquait les premières festivités : ce rendez-vous à la salle des fêtes de Billy (Loir-et-Cher) où devaient se retrouver les inconditionnels, dont une soixantaine avaient fait le déplacement dans le Mississippi en décembre dernier, ainsi que tous les gens de ce village de 800 âmes et des environs, avec au menu, «café, croissants et pétillant». « Boxer avec la tête » C’est là peut-être que ce fils d’agriculteur allait enfin réaliser l’ampleur de la tâche accomplie, le chemin parcouru depuis qu’il a mis les gants pour la première fois à l’âge de 11 ans pour imiter son frère aîné. «Et à l’époque, le rêve était de devenir champion de France et je l’ai fait (1995), avouait-il. Et puis ce fut l’Europe (1999) et maintenant le monde !». Cette ceinture mondiale, il aurait pu la brandir l’année dernière. Il pensait même qu’elle était sienne après le dernier coup de gong de son premier choc avec Mitchell sur le sol américain, mais les juges avaient alors opté pour le match nul, le seul d’un palmarès riche de 37 victoires et 2 défaites. La déception fut alors très forte mais le désir de revanche la surpassa. Cette revanche qu’il a préparée durement et minutieusement, écoutant les conseils avisés de Lemelle et Louis Acariès, croisant les gants avec moult sparring partners dont son propre frère, tout en analysant bien le premier combat. De son propre aveu, la grande différence est venue cette fois d’une boxe plus intelligente («Louis m’a dit de boxer avec la tête») tout en restant d’un courage exemplaire, d’une meilleure efficacité de ses directs du droit et d’une mobilité à épuiser son rival, ce qui fut le cas dans la seconde moitié du combat. Promesse tenue Le tout sans jamais s’affoler. Pas même lorsqu’un direct claquait en début de combat, provoquant une vilaine coupure sur son arête nasale. «Dans ces cas-là, il faut rester pro et ne pas s’affoler», assurait le champion, convaincu de sa victoire après l’ultime coup de gong et heureux que «la justice ait été faite». À 29 ans, Girard est devenu le deuxième champion du monde français avec Fabrice Tiozzo qui, trois heures plus tôt, était resté le maître des lourds-légers (WBA). Le Blésois (de naissance) a ainsi tenu la promesse la plus importante, celle faite à sa fille Océane (2 ans) avant de partir. Des promesses, Bruno espère bien en tenir d’autres sur le ring et drainer «plus que 2000 personnes la prochaine fois». Mais son avenir pugilistique, il en était plutôt question dans la bouche de l’entourage qui évoquait une possible dérogation de quelques mois et un retour pour la grande première sous la tour Eiffel le 9 septembre. «C’est trop tôt pour parler de l’avenir. Je veux prendre d’abord une semaine de vacances... de l’entraînement», expliquait-il, conscient qu’il sera très sollicité mais n’oubliant pas le poste d’éducateur qu’il occupe à Billy. Histoire de rester simple. Lourds-légers (WBA) : Tiozzo fait du bon « boulot » Fabrice Tiozzo était satisfait du «boulot» effectué, au Palais omnisports de Paris-Bercy, à l’issue de sa quatrième défense victorieuse de la couronne mondiale des lourds-légers, par arrêt de l’arbitre à la sixième reprise, sur le courageux Ukrainien Valery Vikhor. «Je suis content, car j’ai fait beaucoup de sacrifices et, même si ce n’était pas un mec terrible, il fallait quand même l’envoyer au tapis», commentait Tiozzo après avoir reçu l’accolade de son promoteur américain Don King. Content d’avoir oublié deux hernies discales ainsi que le problème de mâchoire. «Je me cherche encore un peu sur le ring après un an d’arrêt. Ces rounds me font du bien», expliquait-il calmement aux vestiaires, où il pouvait savourer une bière après son premier combat de 2000, cinq mois après sa victoire assez terne sur l’Américain Ken Murphy. Pour quelqu’un qui se cherche encore, Tiozzo a fait une belle démonstration qui aurait pu tourner court après cette lourde droite qui envoya au tapis son adversaire après 30 secondes seulement. «Ça m’aurait énervé que ça finisse aussi vite», lançait-il dans un éclat de rire, ajoutant plus sérieusement : «À un moment, j’ai voulu en finir, mais il m’a étonné en se relevant et après, j’ai pris mon temps». C’est à partir de là qu’il a fait étalage de toute sa technique, variant les coups au corps et à la face et montrant des enchaînements de toute beauté devant lesquels Vikhor, courageux mais le visage tuméfié, cédait finalement. Gagné en puissance «Je dois faire mal, glissait le champion du monde, fier de sa progression en puissance. Je suis fort car dès que je touche, ça tombe. Je le vois avec les sparrings que je coupais en deux avec les gants d’entraînement. Ce Vikhor est quand même costaud». Mais l’Ukrainien a plié, devenant la 42e victime de Tiozzo, laissant au Français le champ libre. Celui-ci passera par un autre combat le 3 juin. «Ce sera probablement aux États-Unis (à l’affiche de Holyfield-Ruiz). Mais l’adversaire, je me fous qu’il soit classé ou pas. Je veux boxer», insistait Tiozzo. Et peu importe si ce n’est pas l’Américain Virgil Hill, le seul homme à l’avoir battu et qui se rétracte chaque fois selon Don King. Ça fait trois fois que Hill se retire au dernier moment puis se lamente. Je veux que Fabrice l’oublie, expliquait le promoteur à la coiffure électrique, qui envisage un bel avenir de son poulain chez... les lourds : «Fabrice a une belle chance chez les lourds, pourquoi pas face au vainqueur de Holyfield-Ruiz». «Je ne suis pas prêt de prendre des vacances», concluait Tiozzo, avouant que son manager Jean-Marc Perono, dont il est sans nouvelles, ne lui avait pas manqué. Rahilou (super-légers) : « La flamme s’est rallumée » Au-delà d’une victoire facile, Khalid Rahilou était surtout satisfait d’avoir retrouvé l’envie de boxer et les sensations du ring, samedi soir à Bercy, un an après sa retraite consécutive à son échec européen face au Danois Thomas Damgaard. «La flamme s’est rallumée», se réjouissait l’ancien champion du monde des super-légers après sa victoire en deux reprises sur le Slovaque Josef Kubowski. «Avant le combat, je n’étais pas sûr que l’envie était bien là et j’avais un peu peur du public. Maintenant, je sais que l’envie est là». Rahilou, qui a perdu dix kg pour son retour, était réaliste. Conscient qu’il lui faudra encore quelques rounds pour retrouver toutes ses marques, mais aussi des adversaires un peu plus à la hauteur. «Je vais refaire quelques combats et saisir la première opportunité, que ce soit pour un titre européen ou mondial» expliquait-il. Le plus beau serait encore de reprendre le titre à Shramba Mitchell et ce, aux États-Unis». Rahilou avait perdu sa couronne mondiale WBA le 10 octobre 1998, battu aux points par Mitchell à Bercy.
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