L’ancien Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif avait toutes les cartes dans sa main pour réussir un parcours politique sans faute qui a été gâché par sa volonté d’asseoir son autocratie sur le pays. Trois ans après sa victoire écrasante aux élections législatives de février 1997, M. Sharif s’est retrouvé ainsi sur le banc des accusés. Nawaz Sharif, 52 ans, qui a débuté sa carrière à l’ombre du général-dictateur Zia-ul Haq au début des années 80, est issu de la bourgeoisie industrielle du Penjab, la puissante province du centre du pays. Il s’est tout de suite posé en alternative au pouvoir des grands féodaux qui dominent encore le pays et qui sont représentés par Mme Benazir Bhutto, sa rivale de toujours, qui appartient à l’une des plus puissantes familles terriennes du pays. La rivalité de ces deux figures politiques incontournables, qui croient que le pouvoir leur est naturellement dû, n’a jamais cessé et a provoqué bien de rebondissements : en 1990, M. Sharif remplace Mme Bhutto, destituée pour corruption, à la tête du gouvernement pour lui céder à nouveau la place en 1993 avant de la reprendre en 1997. Depuis lors, le pays est allé de crises politiques en crise institutionnelles tout en s’enfonçant dans un marasme économique sans précédent. Après sa victoire électorale en effet, M. Sharif – dont le régime se teinte de plus en plus d’affairisme et de corruption, selon ses opposants – n’aura de cesse de conforter son pouvoir personnel au détriment du pouvoir du parlement qui devient une chambre d’enregistrement, du président qui perd son pouvoir de dissolution, et du judiciaire, après la démission provoquée du chef de la Cour suprême. Au plan économique, M. Sharif, par crainte des réactions populaires, a constamment repoussé les mesures d’assainissement réclamées par le Fonds monétaire international. En revanche, il a osé l’impensable : tenter de normaliser les relations entre le Pakistan et le voisin et ennemi indien qui se disputent depuis plus d’un demi-siècle le Cachemire. Mais la rencontre entre M. Sharif et son homologue Atal Behari Vajpayee en février 1999 à Lahore (Penjab), après avoir suscité d’énormes espoirs, a tourné court et les tensions se sont ranimées entre les deux pays devenus des puissances nucléaires déclarées. «Le Pakistan est invincible», avait déclaré M. Sharif après les essais nucléaires qu’il avait ordonnés en 1998, en réponse à ceux de l’Inde. Si cette décision n’avait pu que plaire à l’armée, l’orage grondait entre M. Sharif et cette institution qui se plaît à souligner qu’elle est la seule à être stable dans le pays, car le Premier ministre tentera aussi d’y placer ses hommes. Après avoir poussé à la démission, sans réel problème, le chef de l’état-major, le général Jahangir Karamat en 1998, le Premier ministre nomme à sa place le général Pervez Musharraf. Mais très vite, les relations entre les deux hommes vont se dégrader et se tendent au point que le général Musharraf, quelques heures après avoir été démis de ses fonctions par M. Sharif, renverse le gouvernement et prend le pouvoir le 12 octobre.
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