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Actualités - Chronologie

Ouganda Des leaders manipulateurs aux fidèles recruteurs, la secte tissait sa toile

Plus de deux semaines après le drame de Kanungu, les témoignages de ceux qui ont connu le «prophète» Joseph Kibwetere et son «âme damnée», Credonia Mwerinde, permettent de mieux comprendre comment la secte ougandaise a pu abuser de la crédulité des fidèles et s’en débarrasser une fois devenus inutiles ou gênants. À la tête du Mouvement pour la restauration des dix Commandements de Dieu, Kibwetere, 64 ans, qui avait en 1998 fait un long séjour à l’hôpital psychiatrique, était largement influencé par «sœur» Credonia. Elle invoquait la Vierge Marie qui lui apparaissait régulièrement, dictant ses ordres aux fidèles. La police et le gouvernement sont aujourd’hui convaincus que les leaders, déjà responsables d’un millier de morts, sont en fuite et que leur gigantesque et tragique manipulation était destinée à les enrichir. «Je pense qu’ils sont toujours en vie», a déclaré dimanche la vice-présidente ougandaise Speciosa Kazibwe, lors d’une cérémonie en hommage aux victimes de la secte à Kanungu (sud-ouest de l’Ouganda). Qualifiant Kibwetere de «malade mental très intelligent», elle a souligné que les leaders de la secte avaient bénéficié de la crédulité de gens humbles «en abusant de l’illettrisme de leur ignorance dans ces régions éloignées». Le «prophète» et ses 12 «apôtres» avaient tissé leur toile dans le pays et recruté de nombreux leaders locaux chargés de convaincre les villageois de rejoindre ce culte qui a prédit la fin du monde d’abord en 1992 puis pour le passage au nouveau millénaire. À Sweswe, hameau totalement isolé au milieu des montagnes, à quelque 300 km au nord de Kanungu, John Katebalirwe, un humble paysan, était l’un de ces sergents-recruteurs. Il rassemblait les gens dans sa maison de terre et de paille. Il n’avait sans doute jamais rencontré Kibwetere ou Credonia, ou peut-être furtivement, selon des voisins. Mais il croyait en leur parole et a péri avec sa fille, selon la police, dans l’enfer de Kanungu. Selon un témoin cité par le quotidien New Vision, la secte rejetait les misérables. Night Nalongo raconte comment Credonia l’a éconduite parce qu’elle ne pouvait rassembler les 250 000 shillings (70 dollars) de «droit d’entrée». Credonia lui avait dit qu’il n’y avait pas de place pour les pauvres dans leur culte, assure-t-elle. Toujours en invoquant la Vierge, elle exigeait des futurs membres qu’ils vendent tous leurs biens au profit de la secte. L’immense majorité des fidèles, qui ont péri brûlés à Kanungu ou assassinés et enterrés dans les cinq fosses collectives trouvées dans le sud-ouest, étaient originaires d’autres régions de l’Ouganda, et même du Rwanda. Les «camps de transit» abritaient des centaines de déracinés dont de nombreux enfants sans leurs parents. Il semble que, la fin du monde n’étant pas venue, les dirigeants aient planifié ces meurtres face aux interrogations de plus en plus pressantes des fidèles et, sans doute, aux demandes de remboursement. Aïda Kagusa explique comment, le 10 mars, sept jours avant le drame de Kanungu, Katebalirwe lui a vendu sa maison pour une bouchée de pain pour se payer le voyage. Il avait reçu une lettre de Kibwetere commandant aux fidèles de converger vers Kanungu où ils allaient rencontrer Jésus-Christ et la Vierge Marie. À deux kilomètres de Kanungu, dans le village de Shunga, Eric Mazima, 70 ans, l’ancien époux de Credonia, se dit persuadé qu’elle était la tête pensante de la secte. Il l’a quittée il y a douze ans quand elle a tenté de lui montrer, au creux d’un rocher, la Vierge Marie qu’elle disait apercevoir et lui parler. «Elle devait être le chef parce qu’elle était capable de convaincre beaucoup de gens», assure-t-il. «Je n’aurais jamais pensé alors qu’elle serait capable de tuer des gens mais, après tout ces meurtres, je crois qu’elle en a été capable», lâche cet homme qui n’a pas eu de nouvelles de son ancienne épouse depuis qu’il l’a quittée.
Plus de deux semaines après le drame de Kanungu, les témoignages de ceux qui ont connu le «prophète» Joseph Kibwetere et son «âme damnée», Credonia Mwerinde, permettent de mieux comprendre comment la secte ougandaise a pu abuser de la crédulité des fidèles et s’en débarrasser une fois devenus inutiles ou gênants. À la tête du Mouvement pour la restauration des dix Commandements de Dieu, Kibwetere, 64 ans, qui avait en 1998 fait un long séjour à l’hôpital psychiatrique, était largement influencé par «sœur» Credonia. Elle invoquait la Vierge Marie qui lui apparaissait régulièrement, dictant ses ordres aux fidèles. La police et le gouvernement sont aujourd’hui convaincus que les leaders, déjà responsables d’un millier de morts, sont en fuite et que leur gigantesque et tragique manipulation était...