Le Turkménistan et la Turquie sont tombés d’accord, lors d’une visite officielle de deux jours du président turc Suleyman Demirel à Achkhabad, pour relancer et accélérer le projet de gazoduc transcaspien, prévu pour l’an 2002. Ce projet prévoit la livraison annuelle de 30 milliards de mètres cubes de gaz vers la Turquie, dont 14 milliards de mètres cubes destinés à l’Europe, sur une durée de 30 ans. «Voilà deux ans que la Turquie a commandé au Turkménistan 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel, le Turkménistan a accepté, donc rien n’a changé: ce gaz sera livré fin 2002», a affirmé M. Demirel avant de quitter Achkhabad. Le gazoduc transcaspien doit traverser l’Azerbaïdjan et la Géorgie, après être passé sous la mer Caspienne. La découverte de nouveaux gisements au large de l’Azerbaïdjan avait incité Bakou à exiger de pouvoir exporter également son gaz naturel via ce gazoduc, à hauteur de 50 %, ce que refusait le Turkménistan. Le 10 mars, «sur intervention du président turc», explique un de ses conseillers, le Turkménistan avait accepté que Bakou exporte 5 milliards de mètres cubes de gaz par ce même gazoduc. Le président turc a fait le déplacement d’Achkhabad pour entériner la participation azerbaïdjanaise à l’exportation de gaz et «rassurer les Turkmènes» sur la faisabilité du projet, explique-t-on. «M. Demirel a pesé de tout son poids dans cette médiation» et les Turkmènes ont accepté ce «nouveau cadre de travail», a expliqué un proche des négociations. La rivalité entre les deux pays riverains de la mer Caspienne, estime un diplomate occidental, constituait une «incertitude majeure» pour cet ambitieux projet, sans compter les problèmes de financement. Le projet est ardemment soutenu par Washington pour écarter les influences russe et iranienne sur les réserves en hydrocarbures de la Caspienne. La Turquie espère maintenant faire signer au Turkménistan, à la Géorgie et à l’Azerbaïdjan un accord intergouvernemental quadripartite d’ici à la fin avril, selon un membre de la délégation turque à Achkhabad. «Le temps presse», a confirmé le ministre turc de l’Énergie Cumhur Ersumer, dans l’avion ramenant le président turc à Ankara. «Si l’on veut que les livraisons commencent dans les délais prévus, il faut que nos Parlements respectifs approuvent cet accord avant la fin des sessions parlementaires» au début de l’été, a-t-il expliqué. Il s’agissait aussi pour la Turquie de s’assurer la fidélité du fournisseur turkmène avant la visite prochaine du président russe Vladimir Poutine, début avril. «La compétition est féroce et certains pays en font un argument politique, mais nous ne voulons pas entrer dans ce jeu-là», a déclaré le président turkmène Saparmourad Niazov avant le départ de M. Demirel. «Nos frères turcs auront de toute façon la priorité», a-t-il ajouté. M. Niazov a souligné que le Turkménistan ne renoncerait pas pour autant à trouver d’autres clients régionaux. «Nous sommes en discussion avec la Russie pour la livraison de 50 milliards de mètres cubes. Nous avons aussi un programme en cours avec l’Iran, qui passera de 5 à 13 milliards de mètres cubes».
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