Dernier soir de belle musique dimanche 26 mars avec le septième Festival d’al-Bustan. L’Orchestre symphonique national polonais, sous la houlette d’Antoni Wit et la soliste Alexandra Troussova au piano (look de star avec des cheveux blonds dorés sur des épaules nues, un bustier gris perle scintillant et une longue jupe noire), a offert aux mélomanes libanais, en clôture du festival, un savoureux coktail sonore où se sont mêlés les airs russes, la légèreté et le charme du génie de Salzbourg et les rêveries romantiques du maître de Bonn. Au menu, des pages de Glinka, Mozart et Beethoven. Accents d’une poésie slave avec l’ouverture somptueuse et colorée de Rousslan et Ludmilla (opéra en cinq actes dont l’écriture ne s’est terminée qu’au bout de cinq années!) de Glinka, inspirée d’un poème de Pouchkine. Sujet à rebondissements multiples racontant l’enlèvement de Ludmilla par un magicien et sa délivrance par Rousslan. Cette œuvre, représentative des tendances de la littérature et de l’art russes du début du XIXe siècle, marque, avec cette ouverture que nous écoutons en premières mesures de ce concert, un savoureux mélange d’orientalisme et de pittoresque occidental car Glinka, malgré son désir de s’éloigner des influences cosmopolites (surtout italiennes) et de raviver la flamme nationaliste dans sa musique, n’a pu complètement se libérer de cet esprit qu’un Tchaïkovski a par contre cultivé avec talent et originalité. Changement d’univers et d’atmosphère avec le divin Mozart et son concerto pour orchestre et piano (au clavier une Alexandra Troussova aux doigts aériens et à la sensibilité à fleur de peau) n° 19 composé à Vienne en 1784. Désigné par le premier concerto Couronnement car joué à Frankfurt lors du couronnement de Léopold II, ce concerto aux trois mouvements plutôt vifs est débordant d’inventions mélodiques et ne donne à l’orchestre qu’un modeste rôle tandis qu’il permet au soliste (admirable et sereine Troussova) de montrer avec une infinie discrétion une virtuosité faite de tendre et subtil dialogue entre le clavier et les archets. Après l’entracte, les confidences d’un promeneur solitaire rousseaussiste avec Beethoven fervent amant de la nature. La symphonie n° 6 en fa majeur dite La Pastorale revêt certes l’aspect d’une description «bucolique» mais elle n’en demeure pas moins une confidence où les émotions et l’imaginaire ont la part belle. L’évocation «idyllique» avec la nature y est évidente et franchement perceptible car on retrouve le chant d’un ruisseau, le chant du rossignol (à la flûte), de la caille (haubois), du coucou (clarinette) dans ce tendre «andante con mosso». L’allegro annonce tempête et orage vite suivis d’une rassurante éclaircie dans une campagne sereine et joyeuse, habitée par le cri des bergers. Un filet de sentiments déferle et toutes les émotions se succèdent. De la confiance à la crainte en passant par l’allégresse, les frémissements de l’âme épousent les battements du pouls de la nature. Cinq mouvements amples et généreux pour narrer ce foisonnement de vie dans ses diverses manifestations tout en laissant à l’imagination une grand place que la musique de Beethoven traduit d’ailleurs admirablement. «Mais, dit son auteur, on doit s’attacher beaucoup plus à l’expression du sentiment qu’à la peinture musicale». Avec cette tonique flânerie d’un esprit romantique en pleine campagne on a brusquement envie de retrouver l’odeur des bois, le bruit cristallin des sources, la fureur des orages et le bruissement des feuilles des grands arbres surpris dans un ciel clair encore tout humide de la dernière giboulée… Salve d’applaudissement sous une pluie de pétales de fleurs que la présidente du festival, Mme Myrna Boustany, ainsi que des spectateurs de la première rangée ont lancé sur les musiciens saluant l’auditoire. En bis, une étourdissante mélodie rossinienne suivie en guise de note d’orgue par l’hymne national libanais joué par une soixantaine de musiciens debout sur scène, couronné bien entendu par une retentissante «standing ovation».
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