Plus de 20 000 enlèvements assortis de demandes de rançon ont lieu chaque année dans le monde : plus violents qu’autrefois, les kidnappeurs sont aujourd’hui plus motivés par l’appât du gain que par des revendications politiques, selon des spécialistes. «Auparavant, les enlèvements étaient le fait de terroristes ou d’activistes avec des motivations politiques, comme au Liban et au Cambodge», explique Stéphane Dana, ancien directeur de la filiale française de Pinkerton, une société spécialisée dans la sécurité. «Aujourd’hui, les auteurs sont des gangs criminels organisés, dont la seule motivation est d’obtenir de l’argent», a expliqué ce spécialiste lors d’un colloque organisé par le Centre international de sciences criminelles et pénales (CISCP) rassemblant des experts et des responsables d’entreprises souhaitant évaluer les risques que courent leurs salariés à l’étranger. La motivation est généralement financière. «Les gangs qui veulent se lancer dans le trafic de drogue ont besoin d’un capital de départ et le trouvent avec quelques enlèvements», explique M. Dana. Les enlèvements ont ainsi rapporté quelques milliards de francs en quelques années à des gangs colombiens. La mondialisation, l’implantation des entreprises à l’étranger à la recherche de nouvelles clientèles ou de coûts moins élevés de fabrication, a accru les risques : «alors qu’il est courant de voir aujourd’hui des hommes d’affaires en costume et attaché-case croiser des villageois pauvres dans des endroits reculés, l’enlèvement devient un risque quotidien», selon M. Dana. Au palmarès des pays les plus risqués, figurent dans l’ordre la Colombie (3 000 personnes enlevées en 1998), le Brésil (1 100), les Philippines (425), la Russie (237), les États-Unis (39), l’Italie (36), le Venezuela (24), le Yémen (14) et la Chine (9), selon les chiffres collectés par M. Dana. Les victimes sont en majorité des ressortissants du pays, mais quelques centaines d’étrangers (hommes d’affaires, expatriés, diplomates, missionnaires, touristes) sont enlevés chaque année. Ces chiffres sont néanmoins largement sous-évalués, car 10 à 40 % des enlèvements seulement sont répertoriés, selon les experts. Les pays impliqués craignent de décourager les investissements étrangers et le tourisme. «L’estimation la plus réaliste est de 20 à 30 000 enlèvements par an dans le monde», selon M. Dana. «Les gangs sont plus professionnels, mais aussi plus dangereux. Ils utilisent la violence pour forcer la famille ou l’entreprise du captif à payer», souligne M. Dana, citant l’exemple du «gang des coupeurs d’oreille», auquel est attribuée une centaine d’enlèvements à Mexico. Alors que les gens riches sont plus difficiles à enlever car ils prennent des précautions, les ravisseurs s’attaquent aujourd’hui à la catégorie au-dessous, quitte à se contenter de rançons moins élevées, relève ce spécialiste. 58 % des enlèvements en 1998 se sont soldés par le versement d’une rançon. 20 % des victimes ont été libérées par les forces de l’ordre, 14 % ont été exécutées, 3 % se sont évadées et 4 % ont été relâchées sans paiement, selon M. Dana. «Dans tous les cas, il faut responsabiliser le gouvernement local, mais il ne faut pas trop compter sur lui», estime Peter Plunkett, directeur de Control Risk Group, le leader du conseil aux entreprises en matière d’enlèvements. Quant à l’État dont l’otage est ressortissant, il avait plus de leviers lorsqu’il s’agissait d’enlèvements politiques et a du mal à intervenir dans un pays étranger dans des affaires d’enlèvements crapuleux.
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