Des négociations sur l’élimination planétaire des substances chimiques les plus toxiques comme les PCB, le DDT et les dioxines ont repris hier à Bonn sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Le ministre allemand de l’Environnement, l’écologiste Juergen Trittin, a ouvert les débats en réclamant un calendrier précis pour l’arrêt de la production de ces produits, qualifiés de polluants organiques persistants (POP). Cinq cents experts représentant 120 gouvernements et 150 ONG vont discuter six jours durant d’une convention juridiquement contraignante qui interdirait ou restreindrait la production et l’usage des POP. Les discussions les plus difficiles porteront sur l’aide financière à apporter au tiers monde et à l’Europe de l’Est pour l’élimination des POP qu’ils utilisent et parfois fabriquent encore. Les pays riches, qui ont strictement réglementé ou interdit ces substances depuis une vingtaine d’années, n’ont «pas de position commune» sur l’aide financière, relève Jim Willis, directeur des substances chimiques du PNUE. Les États-Unis, précise un diplomate américain ne souhaitant pas être identifié, excluent la création d’un fonds spécial de financement que demande le tiers-monde. Ils ne sont pas non plus en mesure de s’engager sur une augmentation du Fonds de l’environnement mondial (GEF), un mécanisme de l’Onu qui pourrait être utilisé à cet effet. À chaque séance de négociations – Bonn est la quatrième après Montréal (juin 1998), Nairobi (janvier 1999) et Genève (septembre 1999) – les Eskimos de la Conférence circumpolaire inuit (ICC, ONG américano-canadienne) sont très assidus. Les POP se retrouvent en effet en Arctique, à des milliers de kilomètres de leurs sources, car ils mettent des années à se décomposer, polluent sol, air, rivières et mers et sont transportés à l’autre bout de la planète par des courants atmosphériques et océaniques. Introduits dans la chaîne alimentaire, ils peuvent provoquer chez l’animal et l’homme, selon le PNUE, des cancers, des anomalies dans l’appareil reproducteur ainsi que des lésions des systèmes nerveux et immunitaire. Douze POP, appelés familièrement les 12 salopards, sont visés prioritairement par la convention. Outre le DDT et sept autres pesticides, il s’agit des PCB, utilisés comme isolants dans les transformateurs et les condensateurs électriques, de l’hexachlorobenzène (HCB), entrant notamment dans la fabrication des solvants, et de deux sous-produits de l’incinération des ordures et de la fabrication de matières plastiques, les dioxines et les furannes. Si tout le monde est d’accord pour interdire les pesticides, le HCB et les PCB, les pays riches sont profondément divisés sur les restrictions à apporter aux émissions de dioxines et de furannes. L’Union européenne souhaite inscrire dans la convention «un objectif d’élimination» de ces substances à long terme, jugé «complètement irréaliste» de source américaine. Ne serait-ce que parce qu’il y a «des millions de mini-émetteurs» de dioxines, un feu dans une cheminée ou un simple barbecue provoquant des rejets de ces substances. La date d’entrée en vigueur des restrictions et les exemptions à prévoir pour les substances qui seront interdites sont également controversées.
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