C’est au Crystal Garden et son monde transparent et un peu froid que se sont déroulées les œuvres chantées de Bach et Pergolèse données par le Helikon Opera déjà familier aux festivaliers du Bustan. Au menu, pour mélomanes avertis et dans une atmosphère comique et de bonne humeur, La cantate de café de Bach et La servante maîtresse de Pergolèse. Accompagné de l’Ensemble Concerino (un quatuor en jabots en dentelle et perruques blanches), les trois chanteurs (soprano, ténor et basse) ont développé en douceur le mince argument qui fait la trame de cette odoriférante cantate de café, vibrant et malicieux éloge de cet énergétique breuvage noir… Dans un décor simple mais amusant, composé de tasses de café qui tintent (et à l’orientale s’il vous plaît !) et d’eau bouillante pour café fraîchement moulu, Liegsgen, jeune fille bien élevée, est fermement admonestée par son père Schlendrian en ce qui concerne la consommation de ce «liquide» interdit aux âmes bien nées. Et en guise de récompense si elle renonce à cette fâcheuse et inconvenante habitude, un mari pour la consoler de cette frustration… Mais la jeune femme, usant avec brio des ruses du sexe dit faible, dupe tout le monde en acceptant le change mais en ajoutant une clause au contrat de son mariage qui lui laisse les mains libres pour savourer en toute tranquillité ce divin nectar noir... Tout cela sur fond de musique, au ton délié et un peu déluré du Kantor qui lui ne pouvait absolument pas se passer du café… Dans une mise en scène vivante et interactive avec le public – y compris distribution de tasses de café fumantes, à l’arôme capiteux, à l’audience ravie de l’aubaine – cette cantate vécue sous un tempo farfelu et prestement enlevé donne un aspect bien ludique et léger du sérieux et grave Kantor ici en pleine inspiration récréative… Après l’entracte, voilà la fraîcheur pergolesienne dans toute sa veine cocasse et dans une mise en scène vivante qui emplit la salle d’un souffle alerte où s’épanouissent tous les tours bouffons de la commedia dell’ arte. Créée en 1733 à Naples La serva padrone (La servante maîtresse) de Pergolèse fut à l’origine de la fameuse querelle des Bouffons qui opposa l’aspect «aristocratique» de l’œuvre de Lully et Rameau et les tenants du répertoire italien plus vif et animé. Dans un décor simple, frais et coloré avec pans de rideaux, canapé jaune et portemanteaux, on assiste donc ici à cet opéra à petite échelle, l’orchestre n’étant composé que d’un quatuor à cordes (avec clavecin pour les récitativo). La pièce comprend une ouverture joyeuse et deux intermezzi distincts, composés chacun d’une aria pour les deux personnages et d’un duo. Trois personnages, Zerbine, Pandolphe et le valet Scapin, dont le rôle muet correspond à celui du mime traditionnel de l’intermezzo, sont droit échappés à l’univers burlesque de la commedia dell’ arte, célèbre au XVIIe siècle par ses représentations à l’Hôtel de Bourgogne. Histoire comique qui met en scène une servante qui commande en maîtresse (délicieux ces escarpins rouges lustrés aux talons aiguille !) chez un vieillard et réussit à se faire épouser. Une partition aux modulations séduisantes et drôles qui, tout en faisant une large part au bel canto, n’en est pas moins pleine de finesse et d’esprit. Savoureux, alerte et léger ce duo final qui met en présence Zerbine et Pandolphe chacun heureux et comblé pour des raisons certes différentes malgré les flèches de Cupidon… Deux œuvres en fait que rien ne semble unir sauf la beauté de la musique, le sens du rire et bien entendu, toute misogynie à part, la délicieuse ruse des femmes... Arôme de café ou parfum de femme, les filles d’Ève tiennent ici les rênes du pouvoir.
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