Fibres qui font fondre la cellulite. Tissus qui permettent la cicatrisation. Vêtements qui apaisent, effaçant toute trace de tension... On croit rêver et pourtant... Des équipes travaillent frénétiquement à la mise au point de nouveaux textiles dotés de vertus miraculeuses. Avec le XXIe siècle commence une mutation profonde : le déferlement de nouveaux tissus, hautement technologiques. En effet, depuis que la mode existe tout a été exploré : coupes, coutures, audaces, longueurs, structures, plis, zips, déchirures, haillons. Obligatoirement, l’innovation ne peut plus être dans l’exécution mais dans la matière... Les nouveaux tissus sont donc à découvrir. On parle beaucoup en ce moment des fibres «intelligentes», respirantes, thermoactives. Au départ, c’est le personnel des centrales nucléaires puis celui des hôpitaux, les pompiers, les astronautes, les militaires, ainsi que les sportifs de haute compétition qui ont bénéficié de ces perfectionnements, dans l’intention de répondre à leurs besoins spécifiques. Tissus antibactériens pour le personnel médical et les soignants, anti-allergiques pour certains métiers, respirants pour sportifs, antifeu pour les pompiers, coupe-vent pour les navigateurs. Pour arriver là, il a fallu la mise au point de microfibres, fines comme une pellicule diaphane et élastiques comme la peau. Des fibres creuses donnant des tissus aériens, composés de fibres mêlées à de microcapsules contenant un produit antiseptique ou hydratant, un médicament ou du parfum. La mode, avec un parfait esprit de récupération, a de suite sauté sur ces trouvailles. Un grand X donc sur le passé. Place à l’imagination, aux matières premières complexes et ultratechniques. Délire futuriste ? Divagations démentes ? Charlatanisme flagrant sous des appellations savantes. Oui, certes. Mais tout progrès entraîne exploitation, excès, outrance. On a vu ainsi (ou entendu parler ou lu) des soutiens-gorge décelant d’éventuelles tumeurs, en changeant de couleur. Des culottes indiquant l’étape du cycle hormonal. Des collants antipoils. Des tenues de nuit somnifères... On a même parlé d’un pyjama-Prozac mis au point au Japon. Fiction ou réalité, une chose devient claire : les mentalités ont changé aussi vite que les techniques. Les tissus synthétiques ne font plus peur. Il y a quelques années, l’étiquette «synthétique» ou «acrylique» provoquait un rejet dédaigneux immédiat. Aujourd’hui, le puritanisme est dépassé, le confort prime. Même si une bonne partie (plus de 50%) des textiles de demain est à inventer, le monde lui fait déjà confiance. Il en est de même pour les mélanges. Coton, soie, laine, dont la pureté absolue comptait des partisans par légions, prêts aux plus sanglants des sacrifices monétaires, accueillent avec bienveillance la perspective de leur mélange avec du carbon, du laiton ou du kevlar. Mais qui oserait rechigner devant des sous-vêtements antimycoses, des chaussettes antiodeurs, des layettes antibactéries ? Qui refuserait au-delà de tout effet de mode ce luxe qui ne se voit pas mais qui se vit avec autant de bonheur ?
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