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Actualités - Chronologie

Des années qu'on souffre et ça ne finira jamais (photo)

Adriana, une vieille dame, est en larmes : «Ça fait des années qu’on souffre et ça ne finira jamais». Comme les centaines d’exilés chiliens et opposants mobilisés à Londres depuis plus de 16 mois, elle pleure le départ de celui qu’elles appellent le «criminel» Augusto Pinochet. Adriana était venue avec une trentaine d’autres exilés, victimes ou proches des victimes de la dictature du général, de 1973 à 1990, attendre devant le ministère de l’Intérieur l’ultime décision du ministre Jack Straw. Aucun ne se berçait plus d’illusions, et leur présence faisait office de baroud d’honneur. Peu après 08h00 GMT, Jack Straw confirme la libération d’Augusto Pinochet pour raisons de santé. C’est fini. Sous une pluie fine, les visages s’allongent, les yeux se remplissent de larmes. Après plus de 16 mois d’une lutte incessante, de manifestations et veilles en tous genres, devant les cours de justice où se sont tenus les multiples recours judiciaires, devant le ministère de l’Intérieur, devant la résidence de Wentworth, où l’ancien dictateur a confortablement attendu que soit fixé son sort, l’impression est celle d’un grand vide. Brandissant les photos géantes des victimes de la dictature de Pinochet, secouant leurs banderoles accusatrices, ils hurlent une dernière fois leur colère, le visage levé vers les fenêtres du ministère : «Justice, nous voulons justice !», «La seule décision juste est l’extradition !». La décision de Jack Straw leur apparaît incroyable : «C’est une manipulation politique», crie l’un. «C’est une question de vie et de mort, de droits de l’homme», ajoute un autre, effondré face à l’inévitable. Sur le trottoir, des petites croix de bois sont étalées, portant le nom des 3 500 disparus, torturés et exécutés de la dictature. À Wentworth, au sud-ouest de Londres, où le général Pinochet vivait depuis 16 mois, les petites croix blanches avaient été suspendues aux arbres. Ici aussi, l’humeur est sombre. «C’est assez incroyable qu’on ait pu permettre que cela arrive», s’exclame Sylvia Velasquez, 55 ans. Pinochet «a quitté les lieux par une sortie dérobée, comme un criminel», ajoute-t-elle. Sheila Cassidy est un médecin britannique. Elle a été torturée par le régime du général Pinochet au milieu des années 70, pour avoir soigné un opposant à Pinochet. Jeudi, une «considérable tristesse» l’a envahie à l’annonce de la libération de l’ancien dictateur. Il était «très important pour beaucoup de gens qu’il soit jugé», a-t-elle dit. «C’est très triste dans un sens que le destin ait conspiré contre cela», a-t-elle ajouté. Désormais, «les blessures des familles des disparus ne cicatriseront jamais». Dr Christina Navarrete, une Chilienne également victime du régime de Pinochet, a regretté que «les victimes des tortures de Pinochet, et de tortures en général dans le monde, se soient vu nier l’occasion de livrer à la justice un meurtrier et un tortionnaire».
Adriana, une vieille dame, est en larmes : «Ça fait des années qu’on souffre et ça ne finira jamais». Comme les centaines d’exilés chiliens et opposants mobilisés à Londres depuis plus de 16 mois, elle pleure le départ de celui qu’elles appellent le «criminel» Augusto Pinochet. Adriana était venue avec une trentaine d’autres exilés, victimes ou proches des victimes de la dictature du général, de 1973 à 1990, attendre devant le ministère de l’Intérieur l’ultime décision du ministre Jack Straw. Aucun ne se berçait plus d’illusions, et leur présence faisait office de baroud d’honneur. Peu après 08h00 GMT, Jack Straw confirme la libération d’Augusto Pinochet pour raisons de santé. C’est fini. Sous une pluie fine, les visages s’allongent, les yeux se remplissent de larmes. Après plus de 16 mois...