Quand tous les livres sont tristes, hélas, et la chair expiée, rien n’est encore perdu pour ceux dont s’empare le syndrome du dictionnaire. À peine cherchent-ils l’adjectif «obsessionnel» que leur curiosité dérive sur l’«obsidienne» dont ils ne soupçonnaient pas la dure richesse. Cherchent-ils à affirmer le mot d’«élite» qu’ils trébuchent, une ligne plus haut, sur le tout récent «élitaire», sans rapport avec «élitiste». Ainsi demeurent-ils plongés dans les «él», jusqu’à «élzévir», qui leur semble un néologisme, avec son orthographe étrange, avant d’en avoir remonté l’origine. Pour ces timides mélancoliques, le jeu soudain s’emballe. Ils découvrent, à un stade moins mot à mot de leur recherche, que «favoritisme» et «népotisme» sont séparés par plus d’une nuance et passent sèchement au «neptunium», «élément transuranien radioactif...» (Ah qu’«il est joli ce» transuranien !). Saisis par les synapses et autres neurones du dire vrai, partis d’«obsessionnel» dans un dictionnaire au format moyen, les joueurs de la notation s’en procurent de toutes sortes, culminant avec le Grand Robert de la langue française et le Littré, bien sûr. Tout cela pour savoir, certainement, surtout peut-être pour éprouver la gratuité de l’activité ludique dont les pions sont les mots. «Hypophosphoreux» ou autres «hyponomeutes» n’ont-ils pas plus de saveur que les dernières parutions à lire en linéaire (quel ennui), avec sujets, personnages et effets de style. «La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres» : quand le sublime Mallarmé, au summum de la concision, nous livre un ennui proche du désespoir, un ennui que partagent beaucoup, peut-on lui répondre, sans trop de mauvais goût, «pyxide», «zoanthropie», «thysanoures» ou «yitterbium ? Ou, tout simplement, va te faire un bon grog» (ang. grog, sobriquet de l’amiral Vernon, Old Grog... qui obligea ses marins à étendre d’eau leur ration de rhum).
Quand tous les livres sont tristes, hélas, et la chair expiée, rien n’est encore perdu pour ceux dont s’empare le syndrome du dictionnaire. À peine cherchent-ils l’adjectif «obsessionnel» que leur curiosité dérive sur l’«obsidienne» dont ils ne soupçonnaient pas la dure richesse. Cherchent-ils à affirmer le mot d’«élite» qu’ils trébuchent, une ligne plus haut, sur le tout récent «élitaire», sans rapport avec «élitiste». Ainsi demeurent-ils plongés dans les «él», jusqu’à «élzévir», qui leur semble un néologisme, avec son orthographe étrange, avant d’en avoir remonté l’origine. Pour ces timides mélancoliques, le jeu soudain s’emballe. Ils découvrent, à un stade moins mot à mot de leur recherche, que «favoritisme» et «népotisme» sont séparés par plus d’une nuance et passent...
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