L’Irak est autorisé par l’Onu à acheter des marchandises pour près de 12 milliards de dollars chaque année. Outre que les entreprises libanaises, et en particulier les industriels, ont intérêt à obtenir une part de ce gâteau, le Liban peut aussi profiter de ce commerce international en s’imposant comme un centre de transit des marchandises vers l’Irak, encore soumis à un embargo aérien. Pour l’instant, il est loin d’occuper la place qui était la sienne avant 1975. Et ce n’est qu’en janvier que Tripoli a accueilli sa première cargaison de sucre, destinée à l’Irak, à la suite de la visite début décembre à Bagdad des ministres Nasser Saïdi et Négib Mikati, respectivement ministre de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, et ministre des Transports et des Travaux publics. Les ports syriens de Tartous et de Lattaquié assurent cette fonction depuis longtemps déjà. Les autres points d’entrée vers l’Irak sont Trebil qui accueille les marchandises débarquées au port de Aqaba, en Jordanie ; Zakho, pour les cargaisons originaires de Turquie et le port irakien d’Oum Kasr où entrent directement les produits importés d’Asie. Bagdad a désigné le Liban comme centre de transit en souvenir du bon travail que fournissaient les Libanais avant la guerre, explique Fouad Bawarshi, vice-président directeur général du groupe Gezairi Transport. Mais l’essor véritable de l’activité de transit au Liban, dont les avantages sont grands pour l’économie du pays, dépend du règlement de la question du transport. Coûts prohibitifs Son coût est pour l’instant prohibitif et constitue l’un des principaux obstacles au développement du commerce entre l’Irak et le Liban, que ce soit au niveau des exportations libanaises ou à celui des activités de transit. Pour les industriels, qui se plaignent déjà de coûts de production élevés, le prix du transport diminue encore la compétitivité de leurs marchandises par rapport à celles d’autres pays. Quant au choix du port de transit, il tient compte des tarifs portuaires, mais également du coût de l’acheminement des marchandises vers leur destination finale. «Il existe une différence de prix de 7,5 dollars la tonne entre Tripoli et Tartous, à l’avantage du port syrien. Et une tonne coûte par exemple 22 dollars en moyenne dans un camion libanais contre 18 dollars en moyenne dans un camion syrien», dit M. Bawarshi. À ces frais s’ajoutent, pour les marchandises exportées du Liban, des frais de douanes supplémentaires, sans compter que la capacité des poids lourds libanais est inférieure à celle des véhicules syriens. La différence de prix entre le transport libanais et le transport syrien est due aux tarifs pratiqués par les poids lourds libanais eux-mêmes, plus élevés qu’en Syrie alors que le parc de véhicules est moins moderne, et aux taxes et réglementations imposées par Damas, ajoute-t-il. «Il faudrait convaincre d’une part les routiers libanais de baisser leurs prix et de l’autre négocier avec Damas pour faciliter le passage des véhicules libanais se dirigeant vers l’Irak», plaide-t-il. Accord tripartite La Syrie préfère peut-être protéger ses propres intérêts en limitant la concurrence libanaise, mais elle n’a de toute façon pas la capacité d’absorber seule tout le transit vers l’Irak, poursuit M. Bawarshi. «Si Damas et Beyrouth s’entendent, les deux pays pourront attirer l’essentiel de l’activité de transit en provenance d’Europe qui passe aujourd’hui plus volontiers par la Turquie, car nous sommes plus proches de l’Irak. Les deux pays en profiteraient ensemble». Un autre point d’achoppement porte sur l’entrée des véhicules irakiens au Liban. Le transport des marchandises débarquées en Syrie est réparti à parts égales entre des routiers irakiens et des routiers syriens. Mais Damas n’autorise pour l’instant pas le passage de camions irakiens en provenance du Liban. «La solution passerait par un accord tripartite qui rétablirait les quotas en vigueur avant la guerre : le transport des marchandises réexportées à partir du Liban était assuré à 40 % par des poids lourds syriens, à 40 % par des Irakiens et à 20 % par des Libanais, dont le parc de véhicules est bien plus petit», fait valoir M. Bawarshi. Les coûts s’en trouveraient nettement réduits : au lieu de 800 à 900 dollars le camion, on passerait à 450 à 500 dollars, selon Ghazi Yéhia, secrétaire général de l’Association des industriels. Le ministre Mikati a promis d’inviter ses homologues irakien et syrien à une réunion conjointe pour examiner la question.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Irak est autorisé par l’Onu à acheter des marchandises pour près de 12 milliards de dollars chaque année. Outre que les entreprises libanaises, et en particulier les industriels, ont intérêt à obtenir une part de ce gâteau, le Liban peut aussi profiter de ce commerce international en s’imposant comme un centre de transit des marchandises vers l’Irak, encore soumis à un embargo aérien. Pour l’instant, il est loin d’occuper la place qui était la sienne avant 1975. Et ce n’est qu’en janvier que Tripoli a accueilli sa première cargaison de sucre, destinée à l’Irak, à la suite de la visite début décembre à Bagdad des ministres Nasser Saïdi et Négib Mikati, respectivement ministre de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, et ministre des Transports et des Travaux publics. Les ports syriens de...