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Actualités - Opinion

Chronique d'un changement annoncé

En décidant, le jour même de son élection, de se retirer du Liban avant le 7 juillet 2000, le Premier ministre israélien a mis en branle une dynamique que plus personne aujourd’hui ne parvient réellement à contrôler. Ce retrait annoncé avait, à l’origine, pour objectif de satisfaire des revendications électorales. Puis il a été mis à profit, dans une seconde étape, pour forcer les Syriens à reprendre la négociation. Or cette négociation, pour des raisons diverses, piétine. Barak, prisonnier de ses engagements, ne peut pas reporter la date-butoir du retrait. La majorité de son gouvernement, soutenue en cela par l’opposition, s’y opposerait. Pour contourner le problème et conserver une marge de manœuvre, il a tenté d’imposer un changement dans la nature des arrangements d’avril 1996 et parvenir ainsi à un cessez-le-feu de facto au Liban-Sud. Il n’y a pas réussi. À court terme, l’impasse israélienne apparaît réelle. Côté syrien, le problème que pose un retrait israélien unilatéral est tout aussi grave. Un tel retrait, s’il intervient sans accord, place en effet les Syriens devant l’alternative suivante : poursuivre les opérations militaires contre le territoire israélien et s’exposer à des représailles dangereuses, Israël bénéficiant dans ce cas de l’appui de la communauté internationale, ou alors ne pas réagir et perdre ainsi la seule carte de pression dont ils disposent pour forcer les Israéliens à se retirer du Golan. Les deux adversaires sont placés au pied du mur. La raison voudrait qu’ils trouvent un compromis et reprennent la négociation. Or un tel compromis se heurte à des difficultés majeures : la paix pour Israël signifie le départ du Liban par la petite porte et l’entrée dans le monde arabe par la grande porte. Pour la Syrie, la paix ne représente, dans l’état actuel des choses, que la fin de l’état de guerre, l’intégration d’Israël dans le monde arabe restant à négocier dans une étape ultérieure. Pour les Israéliens, une paix «froide» se heurte au problème du référendum à organiser sur la question du retrait du Golan. Comment convaincre l’opinion publique israélienne d’accepter un tel retrait sans obtenir en échange la promesse d’une normalisation bénéfique des relations avec l’ensemble du monde arabe ? Pour les Syriens, une paix «chaude» va à l’encontre de toute la politique traditionnellement poursuivie par le parti Baas. Comment convaincre le parti d’une normalisation totale avec Israël en échange du retrait des territoires occupés alors que la Syrie s’était opposée aux accords de Camp David entre Israël et l’Égypte dont les termes étaient pratiquement identiques à ceux proposés aujourd’hui ? Les semaines qui viennent s’annoncent décisives. Le seul fait certain est que le statu quo qui a dominé depuis le retrait israélien après l’invasion du Liban en 1982 est appelé à changer. L’occupation israélienne d’une partie du Liban prendra fin avant le mois de juillet. Que se passera-t-il après ? Il est difficile aujourd’hui de le prévoir. Mais dès à présent, plusieurs questions capitales se posent : – Le gouvernement actuel est-t-il en mesure de faire face à ce changement annoncé ? Le bilan de 15 mois de pouvoir est loin d’être convaincant. Comment une équipe ministérielle qui n’a pas été en mesure de gérer le temps mort qui a précédé la reprise de la négociation pourra-t-elle, avec une crédibilité fortement ébranlée, gérer l’après-retrait ? – L’unité nationale devient, dans les circonstances actuelles, une priorité absolue. Comment la préserver ? Un retrait «à chaud» ne risque-t-il pas de réveiller les vieux démons de la guerre libanaise, l’affrontement syro-israélien suscitant la résurgence des lignes de démarcation entre les Libanais ? Un retrait «à froid» ne menace-t-il pas d’accroître l’exaspération des Libanais, condamnés à vivre sous tutelle, leur pays étant de surcroît menacé, en cas de retrait sans accord, d’être mis avec la Syrie au ban de la communauté internationale ? – Quel avenir pour la Résistance et le Hezbollah dans le cas d’un retrait israélien ? Faut-il en échange des sacrifices consentis accepter d’en faire le bouc émissaire de la paix à venir ? N’est-il pas plus sage de faire l’économie de nouvelles violences en les intégrant au pouvoir ? Pourquoi ne seraient-ils pas partie prenante dans un gouvernement d’union nationale qui assurerait la réconciliation des Libanais ? Le gouvernement a bénéficié jusque-là d’un concours de circonstances favorables. Les attaques israéliennes contre les installations électriques et l’hystérie télévisée du ministre israélien des Affaires étrangères ont valu au Liban des témoignages de sympathie aussi bien dans le monde arabe que dans l’opinion publique internationale. Mais la politique ne se limite pas à la chance. Les erreurs de l’adversaire ne sont pas irréversibles. Et la bataille est loin d’être gagnée.
En décidant, le jour même de son élection, de se retirer du Liban avant le 7 juillet 2000, le Premier ministre israélien a mis en branle une dynamique que plus personne aujourd’hui ne parvient réellement à contrôler. Ce retrait annoncé avait, à l’origine, pour objectif de satisfaire des revendications électorales. Puis il a été mis à profit, dans une seconde étape, pour forcer les Syriens à reprendre la négociation. Or cette négociation, pour des raisons diverses, piétine. Barak, prisonnier de ses engagements, ne peut pas reporter la date-butoir du retrait. La majorité de son gouvernement, soutenue en cela par l’opposition, s’y opposerait. Pour contourner le problème et conserver une marge de manœuvre, il a tenté d’imposer un changement dans la nature des arrangements d’avril 1996 et parvenir ainsi à un...