Invectives, insultes et accusations de corruption dominent actuellement la campagne présidentielle entrée dans une phase combative après que le candidat de la droite eut réussi à réduire l’écart sur son rival du parti au pouvoir. «Couleuvres, crapauds, vermines» : dans le vocabulaire de Vicente Fox, 57 ans, candidat du Parti d’action nationale (PAN, conservateur), ces mots désignent invariablement celui du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir depuis plus de 70 ans) Francisco Labastida et son état-major de campagne. Si Francisco Labastida, 57 ans lui aussi, reste plus réservé dans le choix des qualificatifs, il n’a toutefois pas manqué de mettre sérieusement en doute l’honnêteté de son rival, propriétaire de diverses entreprises. Le candidat du PRI, ex-ministre de l’Intérieur du président Ernesto Zedillo, a en effet affirmé que Fox et sa famille ont largement profité d’un fonds (connu au Mexique sous le sigle FOBAPROA) destiné à sauver le système bancaire mexicain de la faillite après la grave crise financière de 1994, mais qui, selon diverses accusations, aurait été utilisé à des fins personnelles par de nombreux banquiers et hommes d’affaires. «J’ai les mains propres et je peux marcher la tête haute, car je n’ai pas vécu du FOBAPROA comme l’a fait la famille Fox», a déclaré récemment Francisco Labastida. «Que Labastida arrête d’impliquer ma famille qui est honorable et qui a travaillé toute sa vie et qu’il soit enfin un homme – ce qu’il n’a jamais été – pour me dire les choses en face», a répliqué aussitôt Vicente Fox, ex-directeur de Coca Cola pour le Mexique et l’Amérique centrale. Grand amateur du style cow-boy – jeans, stetson, santiags et ceinturon à large boucle – Vicente Fox, haute taille et grosse moustache, utilise à plein son franc-parler et son allure de «macho» face à un Francisco Labastida d’apparence plutôt grise et qui passe surtout pour un «apparatchik» du parti au pouvoir sans talent particulier. La «manière Fox» semble donner des résultats puisque, selon divers sondages, le candidat de la droite effectue, à quatre mois de la présidentielle, une remontée spectaculaire. Ainsi, à la mi-février, une enquête de l’institut indépendant GEA (Groupe d’économistes associés) a donné 44,2% d’intentions de vote à Fox contre 35,8% à Labastida, le candidat de la gauche, Cuauhtémoc Cardenas, ex-maire de Mexico un, arrivant loin derrière avec seulement 18%. Toutefois, selon un récent sondage du quotidien Excelsior, Labastida reste en tête avec 45,5% des voix contre 32,4 à Fox et 16,1 à Cardenas. En tête ou non, Vicente Fox a incontestablement réduit l’écart et, se sentant le vent en pompe, a tenté de relancer un projet d’alliance avec l’opposition de gauche qui avait capoté à la fin de l’année dernière. Même si, selon les sondages, un candidat unique de l’opposition l’emporterait à coup sûr contre celui du parti au pouvoir, Cuauhtémoc Cardenas, du Parti de la révolution démocratique (PRD, centre-gauche) a rejeté l’idée, estimant, contre l’avis de certaines personnalités influentes de sa formation, qu’il avait encore quelques chances de l’emporter le 2 juillet prochain.
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