L’arrêt Bosman de la Cour européenne de justice de Luxembourg, fin 1995, a accordé une liberté de circulation aux sportifs professionnels dans l’espace de l’UE identique à celle des travailleurs mais a engendré une dérive que les dirigeants du monde du football souhaitent combattre. Pour l’Union européenne de football (UEFA) et la Fédération internationale (Fifa), les effets pervers de cet arrêt sont devenus insupportables. Les deux instances acceptent difficilement le cas exagéré d’un club sans nationaux. Le club anglais de Chelsea a ainsi présenté fin décembre une équipe composée uniquement d’étrangers. L’autre effet non désiré et contesté de cette libéralisation est de favoriser l’inflation des salaires qui agrandit le gouffre entre les petites et les grandes formations. Les clubs les plus riches et bénéficiant de régimes fiscaux favorables se livrent ainsi à une surenchère systématique pour s’arracher les meilleurs joueurs. Cette hausse des salaires des plus forts a eu deux conséquences. Elle a d’abord entraîné une progression générale des rémunérations. Elle a aussi révolutionné le marché des transferts en amenant les agents à pousser leurs poulains à devenir des mercenaires qui «n’ont pas l’amour du maillot», selon Gervais Martel, président de Lens et de l’Union des clubs professionnels français (UCPF). Exception sportive La ministre de la Jeunesse et des Sports, Marie-George Buffet, a été la première à monter au créneau en soulignant notamment que l’arrêt Bosman a «considérablement fragilisé les structures de base du football». Et de proposer que les instances du football puissent adopter de nouvelles dispositions réglementaires obligeant les clubs à aligner sur le terrain un minimum de six joueurs sélectionnables. Cette position est reprise généralement par le monde du football français, voire par le président de la Fifa, Joseph Blatter. Ainsi, le président de la Ligue nationale (LNF), Noël Le Graët, qui veut défendre «l’exception sportive», estime que «six nationaux parait être le bon chiffre, d’autant qu’on ne peut pas remettre en cause la libre circulation des joueurs». Cette «exception sportive» est justement le cheval de bataille du directeur général de l’UEFA, Gerhard Aigner. Il a indiqué souhaiter «une limitation à cinq joueurs non sélectionnables» dans chaque équipe. Il a également réclamé «une moralisation des transferts avec l’adoption, dans tous les pays européens, des règles appliquées en France». Identité locale Le directeur général veut éviter les «abus commerciaux» et «l’enrichissement de personnes extérieures au football». Pour y parvenir, il lui faudra convaincre l’UE et toutes les fédérations. Ce ne sera pas chose facile car chacun a des intérêts particuliers à défendre. Mais l’idée chemine. Les responsables du football anglais ont ainsi interpellé leur gouvernement. Ils ont présenté un rapport dans lequel ils expliquent s’inquiéter des difficultés rencontrées par les jeunes nationaux pour devenir titulaires et de la qualité parfois peu évidente de certains étrangers recrutés à prix d’or. Et de réclamer, eux, une limitation à six du nombre des étrangers. Certains présidents français approuvent. «En alignant que des étrangers, on nie l’identité locale», admet Patrick Proisy, patron d’IMG France et président du RC Strasbourg, qui utilise pourtant beaucoup de joueurs étrangers. Selon M. Proisy, il est «difficile» pour les supporteurs «de s’identifier aux joueurs non locaux» quand ils sont nombreux et «les spectateurs se sentent un peu perdus». «Il n’y a plus d’esprit d’équipe, ce qui peut entraîner une certaine désillusion», conclut-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’arrêt Bosman de la Cour européenne de justice de Luxembourg, fin 1995, a accordé une liberté de circulation aux sportifs professionnels dans l’espace de l’UE identique à celle des travailleurs mais a engendré une dérive que les dirigeants du monde du football souhaitent combattre. Pour l’Union européenne de football (UEFA) et la Fédération internationale (Fifa), les effets pervers de cet arrêt sont devenus insupportables. Les deux instances acceptent difficilement le cas exagéré d’un club sans nationaux. Le club anglais de Chelsea a ainsi présenté fin décembre une équipe composée uniquement d’étrangers. L’autre effet non désiré et contesté de cette libéralisation est de favoriser l’inflation des salaires qui agrandit le gouffre entre les petites et les grandes formations. Les clubs les plus...