Le XV de France a brillamment rappelé, à Cardiff, qu’il n’était pas pour rien finaliste de la Coupe du monde et qu’il subsistait une classe d’écart entre lui et une grande partie du rugby de l’hémisphère Nord. L’ampleur du score (36-3), face à des Gallois qui ont sombré en deuxième mi-temps, ne peut guère étonner et s’inscrit dans la logique du Mondial de novembre et surtout de la demi-finale gagnée contre la Nouvelle-Zélande. «La Coupe du monde nous a permis d’engranger une grande confiance», estime le troisième ligne Olivier Magne. «Cette victoire contre les All Blacks nous a fait comprendre que nous pouvions faire de grandes choses». «Pas seulement des grands matches de temps en temps, mais de grands matches sur des périodes plus longues et peut-être même tout le temps». La Coupe du monde a eu cet effet bénéfique de faire renaître une équipe de France moribonde et de la projeter dans un avenir qu’elle sait devoir mesurer à l’aune des nations de l’hémisphère Sud. Cette victoire probante en terre galloise – la première dans le Tournoi depuis 1992 – vient comme une bonne entrée en matière pour l’entraîneur Bernard Laporte, mais il est évident qu’elle ne tient qu’en partie à ses méthodes. «Je ne doutais pas de moi et surtout je ne doutais pas de mes partenaires avant de rentrer sur le terrain», précise le capitaine Fabien Pelous. «Nous ne doutions pas de ce que nous devions faire et c’est très agréable de jouer à un tel niveau». «Nous nous sentions tellement forts aussi bien en attaque qu’en défense que l’on avait l’impression d’être imbattables», ajoute Magne. «Il est assez rare de se retrouver dans des situations comme celle-là». L’important d’être constant Ce succès est d’autant plus réconfortant que son ampleur ne souffre aucune contestation et que le XV de France a livré dans la manière une rencontre exemplaire de rigueur défensive puis d’inspiration offensive. Le passage entre ses deux temps a été géré avec une maturité remarquable, les Français se montrant tout d’abord patients pour user physiquement leurs adversaires, puis conquérants dès qu’ils purent imposer leur jeu. Même si des erreurs furent encore commises, les fautes furent peu nombreuses en regard du dernier France – Galles au Stade de France où Neil Jenkins avait profité de la fébrilité française pour accumuler les points et assurer un exploit historique de son pays. «S’imposer à Cardiff reste malgré tout un exploit», souligne Magne. «Cela reste toujours une tâche difficile de venir jouer ici. Mais je crois que la performance d’aujourd’hui tient en partie au travail que nous avons fait pendant la Coupe du monde». Les joueurs admettent qu’il est encore trop tôt pour parler d’une «méthode Laporte» et que si le nouvel entraîneur se montre plus directif dans le travail de conquête et dans le replacement, ses exigences ne diffèrent pas vraiment de celles de Jean-Claude Skrela et Villepreux. «Je ne sais pas si j’entre par une grande ou par une petite porte», a commenté Laporte. «Je suis déjà extrêmement content d’être là et je crois que j’entre par une porte normale». «Maintenant, il reste encore des progrès à faire dans les phases de conquête et dans la façon dont nous mettons la pression sur nos adversaires», dit-il. À peine acquise la victoire sur le pays de Galles, les Français se projetaient déjà dans la suite du Tournoi avec un match contre l’Angleterre qui devrait être décisif dans deux semaines à Paris. «Il va falloir que nous gommions quelques erreurs, notamment dans la conservation du ballon car sinon on ne passera pas contre les Anglais», juge Pelous. «Ce match sera très serré», prévoit Magne. «L’équipe qui fera le moins de fautes l’emportera. Cela va se jouer sur la maîtrise et la discipline». «Si nous parvenons à garder cet état d’esprit et cette constance», conclut-il. «C’est à cela qu’on reconnaîtra une grande équipe». Déclarations • Bernard Laporte (entraîneur du XV de France) : «Ce match, on l’a gagné en première mi-temps. Nous nous sommes imposés grâce à notre pressing défensif, la puissance de nos avants et la discipline dont ont fait preuve les joueurs. À la mi-temps, je sentais les Gallois moins compacts sous les impacts. Nous les avons usés. J’ai senti qu’on tenait le match et qu’on ne pouvait plus le lâcher à 12-3, lorsque nous avons réalisé un excellent mouvement sur le renvoi. Maintenant, il nous faut encore mettre plus de pression sur l’adversaire dans la conquête si on veut imposer notre puissance et notre jeu». • Fabien Pelous (capitaine du XV de France) : «Notre défense a été un élément déterminant. Nous avons été assez disciplinés, mais il nous faudra encore gommer quelques erreurs dans la perspective du match contre l’Angleterre. J’étais confiant, car je savais que nous étions prêts à concrétiser tout le travail réalisé à l’entraînement pendant la semaine». • Thomas Lombard (trois-quarts centre du XV de France) : «Le rugby c’est 80 % de défense et un bon buteur. Nous n’avons pas produit beaucoup de jeu en première main, mais nous avons été très efficaces sur le premier rideau défensif et on a marqué sur des contres, comme l’Australie en finale de la Coupe du monde. Cela préfigure le rugby de demain». • Émile Ntamack (trois-quarts aile du XV de France) : «Défensivement, on ne lâche rien. Nous n’avons jamais été en danger. On s’est retrouvé sur des actions très simples. Nous étions présents au combat et très serrés dans la ligne. Dès lors, il ne pouvait pas nous arriver grand-chose». • Olivier Magne (troisième ligne du XV de France) : «Nous avons vraiment été très performants en défense. Nous avons gagné à l’usure sur la première demi-heure. Ensuite, on a senti que les Gallois baissaient les bras. Ils n’avaient plus de solutions. J’ai dû sortir car je me suis retourné le pied gauche, mais je ne suis pas trop inquiet». L’Italie triomphe (34-20) face à l’Écosse L’Italie a réussi ses grands débuts dans le Tournoi des six nations, à Rome, en remportant une victoire triomphale et sans appel (34-20) contre une équipe d’Écosse dépassée dans tous les compartiments du jeux. La vedette incontestée de la rencontre, disputée devant 20 000 spectateurs au stade Flaminio, en présence de la princesse Anne d’Angleterre, a été le demi d’ouverture italo-argentin Diego Dominguez (33 ans, 57 sélections). Le joueur du club parisien du Stade Français a en effet été l’auteur de 29 des 34 points marqués par le XV italien avec trois drops, six pénalités et une transformation. Un essai de Giampiero De Carli, son coéquipier du Stade Français, transformé par Dominguez, est venu couronner la victoire des Italiens (79), tandis que les Écossais sauvaient l’honneur, juste avant les arrêts de jeux, par un essai de leur 3e ligne aile, Martin Leslie. Pourtant, c’est l’Écosse qui avait ouvert la marque (18) par un drop réussi des 25 mètres, légèrement à droite des poteaux, par son demi d’ouverture, Gregor Townsend. Progrès incontestables Menée 3-0, l’Italie ne s’est pas laissée impressionner, revenant à la marque pour égaliser (3-3) avec la première pénalité réussie par Diego Dominguez (23) et tirée des 30 mètres, sur la droite des poteaux écossais. Menée 12-10 à la mi-temps et visiblement surprise par l’esprit de conquête des Italiens, l’équipe au chardon a multiplié les fautes en deuxième période offrant ainsi à Dominguez l’occasion d’aggraver régulièrement la marque. Les Écossais, auteurs d’un premier essai (36) par leur arrière Glenn Metcalfe, ont également manqué de réussite à l’instar de leur buteur titulaire Kenny Logan dont une pénalité est allée frapper le poteau gauche puis la barre du but italien, avant de retomber à l’intérieur du terrain (25). Logan a par la suite cédé son rôle à Gregor Townsend. L’équipe italienne a donc retrouvé le moral après une année 1999 calamiteuse et montré d’incontestables progrès en défense, comme dans les regroupements, fruit du travail entrepris par son nouvel entraîneur, le Néo-Zélandais Brad Johnstone. Le prochain rendez-vous, le 19 février à Cardiff, sera plus difficile. L’Italie n’a en effet jamais battu le pays de Galles. La presse italienne salue l’exploit des rugbymen La presse sportive italienne de dimanche a salué l’exploit de la squadra azzurra victorieuse de l’Écosse par 34 à 20, pour sa première apparition sur la scène du Tournoi des six nations, samedi à Rome. «À Rome, grande victoire sur l’Écosse 34-20. L’Italie du rugby : entrée triomphale dans les six nations», titre en première page, le quotidien romain Corriere dello sport. «Dominguez, un spectacle, 29 points, nouveau record du tournoi» poursuit le journal à propos du demi-d’ouverture italo-argentin. En pages intérieures, le journal met l’accent sur les prouesses de l’ancien Puma argentin. «Dominguez inscrit 29 pts et abat les champions d’Europe. Même la France n’avait pas fait une telle entrée», ajoute encore le journal en soulignant que le nouvel entraîneur néo-zélandais Brad Johnstone a «déjà effacé Georges Costes». Le Français avait tiré les conséquences de la calamiteuse saison 1999 en démissionnant de son poste. Dans leurs commentaires sur le comportement des joueurs, les spécialistes du Corriere octroient à Dominguez la note de 10/10, soit le maximum pour «sa perfection dans la gestion du jeu». La Gazzetta dello sport de Milan exulte également face à l’entrée historique de l’Italie : «Rêve Italie, Écosse K-O. Dominguez le matador aux pieds d’or», écrit le journal en première page. «Les grands débuts. Le match d’inauguration contre les détenteurs du trophée se termine en fanfare. Italie : 34 pas dans l’histoire», estime le quotidien. «Forts, unis, solides, courageux, décidés, les azzurri jouent le match de leur vie et ne cèdent pas, grâce à l’extraordinaire précision de Dominguez, 3 drops et 6 pénalités, sur 7 tentées». Le journal met en évidence les déclarations du capitaine de l’équipe, le demi de mêlée Alessandro Troncon, crédité lui d’une note de 9/10 : «Nous y avons cru». L’Angleterre déroule L’ailier Ben Cohen et le centre Mike Tindall ont fait honneur à leur première sélection en équipe d’Angleterre en marquant trois des six essais passés aux Irlandais, défaits 50-18 dans leur premier match du Tournoi des six nations. Aux deux essais réussis par Cohen et à celui marqué par Tindall sont venus s’ajouter un doublé d’Austin Healey et un essai du troisième ligne Neil Back couronnés par 20 points sortis de la botte de Jonny Wilkinson. Les joueurs à la Rose ont écœuré une équipe irlandaise rageuse mais dépourvue d’imagination qui n’avait jamais pris 50 points dans le tournoi. Le déluge anglais s’abattait sur les Irlandais dès l’entame du match avec un Mike Catt intenable au centre. Deux pénalités réussies par Wilkinson faisaient patienter le public de Twickenham jusqu’au premier essai, signé Ben Cohen (18e). À la demi-heure de jeu, l’autre ailier anglais, Austin Healey, applatissait une première fois puis doublait la mise sur un service de Catt avant la pause. À la mi-temps, juste reflet de sa domination, l’Angleterre menait 25-3 et la partie était pliée, d’autant que Neil Back concluait une percée du demi de mêlée Matt Dawson trois minutes après la reprise. En face, les Irlandais redressaient un peu la tête, conservant davantage le ballon mais sans savoir vraiment qu’en faire. Une phase de jeu en treize temps (!) ne les voyait progresser que d’une dizaine de mètres. Kevin Maggs à la 46e et Mick Galway (72e) concrétisaient dans l’en-but les seuls éclairs irlandais, insuffisants toutefois pour ébranler la confiance et la maîtrise des Anglais. Après match, tout sourire, le sélectionneur anglais Clive Woodward savourait le succès de ses troupes. Et l’homme dont les médias réclamaient la tête après l’élimination en quart de finale de la Coupe du monde d’expliquer tranquillement : «Il suffit de rester confiant dans ce que vous faites et de ne pas vous soucier de ce que l’on dit de vous». Tous les joueurs anglais ont désormais les yeux tournés vers la confrontation du 19 février prochain au Stade de France contre des Français, finalistes de la Coupe du monde, qui ont disposé des Gallois 36-3 à Cardiff.
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