Le mouvement de solidarité avec le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, cible d’une campagne de dénigrement, s’est poursuivi hier. Le patriarcat maronite est critiqué pour la présence, aux obsèques d’Akl Hachem, de l’évêque maronite de Tyr Maroun Sader. Le numéro 2 de l’Armée du Liban-Sud avait été tué dans une action menée par la Résistance contre l’occupant israélien et ses alliés de l’ALS. Ses obsèques avaient eu lieu à Debl, dans la bande frontalière occupée. Debl est l’une des principales bourgades maronites de la bande frontalière, et l’absence de l’évêque maronite de Tyr aux obsèques n’aurait pas pu être comprise par les habitants, soulignent les observateurs. Akl Hachem, bras droit d’Antoine Lahd, commandant de l’ALS, était marié et père de cinq enfants. Parallèlement au mouvement de solidarité, qui est le fait exclusif de personnalités chrétiennes, certains dignitaires musulmans, parmi lesquels figure cheikh Mohammed Mehdi Chamseddine, ont cherché hier à dédramatiser l’affaire, dans le souci de préserver l’entente islamo-chrétienne, mise à mal. Les milieux proches du président de l’Assemblée nationale, M. Nabih Berry, ont pour leur part reçu la consigne de ne pas participer à la campagne orchestrée contre le patriarcat maronite et, de fait, aucune critique n’a émané de ces milieux. Le directeur de l’Agence nationale d’information (Ani-officielle) Khalil Khoury s’est rendu hier à Bkerké pour s’expliquer au sujet d’une petite phrase glissée dans l’agence par l’un de ses correspondants. En marge de la réunion mensuelle des évêques maronites qui s’était tenue mercredi et dont l’Ani avait reproduit le communiqué final, le correspondant de l’agence avait ajouté – de son propre chef – que des reproches avaient été adressés à l’évêque de Tyr Mgr Maroun Sader pour les propos tenus au cours de l’homélie qu’il avait prononcée aux obsèques de Hachem. Au cours de cette homélie, Mgr Sader avait évoqué, sur un plan général, le «sang des martyrs». Flux de visiteurs à Bkerké Depuis dimanche, de nombreuses personnalités ont tenu à manifester leur solidarité avec le patriarcat en se rendant à Bkerké. C’était le cas, hier, du président du PNL Dory Chamoun, du député Émile Naufal et des anciens députés Edmond Rizk, Fouad Saad et Chafic Badre. La veille, l’ancien ministre Georges Frem et le député Nouhad Souaïd s’étaient rendus à Bkerké, dont le salon n’a pas désempli par ailleurs de notables politiques de divers ordres et de délégations. Le chef de l’Église maronite a également reçu hier un appel téléphonique du président Hélou. Les obsèques des fondamentalistes à Tripoli M. Chamoun a exprimé son indignation de ce que la présence aux obsèques d’Akl Hachem de Mgr Sader, représentant le patriarche Sfeir, ait été considérée presque comme «un acte de trahison», en particulier par certaines personnalités chrétiennes, «qui devraient mieux comprendre le rôle de pasteur de l’évêque». «S’ils croient qu’en attaquant Bkerké de la sorte, ils rendent service au Liban, ils se trompent. Ils sèment la discorde et œuvrent en dernière analyse à la partition. Qu’ils continuent, si c’est ce qu’ils cherchent», a-t-il dit. M. Chamoun a par ailleurs effectué un parallèle entre les obsèques de Debl et celles de Tripoli, où des militants fondamentalistes tués lors d’affrontements avec l’armée, à Denniyé, début janvier, avaient été inhumés. «Le respect pour le mort doit être compris tel quel. Ce n’est ni une erreur ni une faute. Personne n’a trouvé à redire quand les victimes des affrontements avec l’armée, à Denniyé, qui avaient porté atteinte à la sécurité de l’État et avaient assassiné des militaires, ont été inhumés avec les honneurs dus aux morts», a dit M. Chamoun. Ce parallèle frappant a été effectué d’ailleurs par un grand nombre de personnalités. « Terrorisme intellectuel » Dans la journée, à la suite de la réunion hebdomadaire de son conseil supérieur, le Parti national libéral (PNL) avait publié un communiqué dans lequel il s’était joint au concert de protestations contre le tapage médiatique «orchestré» qui a suivi la participation de l’évêque de Tyr aux obsèques d’Akl Hachem. «Les valeurs humaines et spirituelles que requiert l’exercice d’une charge ecclésiastique n’ont rien à voir avec une quelconque position politique», a rappelé le communiqué, évoquant le sermon de l’évêque de Tyr. «Tout le monde connaît l’attachement du patriarche Sfeir aux valeurs patriotiques ainsi qu’à l’évacuation des forces israéliennes du territoire libanais. Il a constamment appuyé les activités de la Résistance et les partis politiques, notamment le Hezbollah, s’en souviennent certainement pour avoir rencontré Mgr Sfeir à plusieurs reprises. Bkerké a toujours été à la base des constantes du Liban et a invariablement défendu les valeurs intrinsèques liées à la souveraineté de la nation, ne reculant devant aucun sacrifice. Il est inadmissible que certaines personnes puissent remettre en question la légitimité de cette évidence», ajoute le communiqué. «Les auteurs de ces diatribes gratuites et démesurées ont tombé les masques. Leurs discours lénifiants et leurs slogans clinquants et creux ne sont que poudre aux yeux, a encore déclaré le communiqué. Ils font fi de tout ce que représente Bkerké comme instance morale et éthique, ils usent et abusent d’un terrorisme intellectuel déplorable, cherchant à tout prix à leurrer et à marginaliser l’interlocuteur». «C’est une attitude extrêmement pernicieuse, dont le seul résultat est la mise en péril immédiat de l’unité nationale dont ils s’enorgueillissent. Il suffit simplement d’apprécier leur comportement et leurs antécédents à leur juste valeur pour comprendre la motivation de leurs attaques sournoises : de l’ambition politique et de l’autosatisfaction éphémère. Tout cela se passe largement de commentaire mais nous reviendrons dans les jours suivants sur les conséquences multiples et gravissimes de ces diffamations», déclare le communiqué. «Nous souhaitons sincèrement que ces attaques ne se reproduisent plus. C’est une atteinte délibérée aux convictions profondes que partagent les Libanais dans leur ensemble. Nous espérons également que plus aucune force armée non libanaise ne foule le sol de notre patrie et que le Liban arrive enfin à se débarrasser de toute ingérence extérieure», conclut le PNL. Moukheiber : Hostilité gratuite Pour sa part, l’ancien député Albert Moukheiber a également déploré «la campagne orchestrée» et a regretté que «la convivialité au Liban soit si superficielle et fragile». Les mobiles de cette campagne étaient moins les propos de Mgr Sader que la création d’un «climat gratuit d’hostilité», a estimé M. Moukheiber. L’ancien parlementaire a jugé «diffamatoire» d’attaquer Bkerké, alors que le principe invariable qui dicte ses positions est «l’amour et la paix». M. Moukheiber a également rappelé que les militants fondamentalistes tués à Denniyé, qui avaient ouvert le feu sur l’armée et tué une quinzaine de militaires, ont reçu à Tripoli des obsèques «populaires» et «nationales» dont les images avaient été retransmises à la télévision et que nul n’a songé à critiquer. Le parti dissous des Forces libanaises a fait parvenir de l’étranger un fax dans lequel il s’est solidarisé avec le siège patriarcal maronite. «Le patriarche est le porte-parole sincère et objectif d’une grande partie de Libanais auxquels les circonstances actuelles interdisent de s’exprimer, affirme le texte du communiqué. Toutes les critiques qui lui sont adressées sont en fait également adressées à tous ceux qui parlent comme lui et appuient ses prises de position». «Nous rejetons la logique de la pensée unique dans laquelle on cherche à emprisonner le Liban», a encore affirmé le communiqué des Forces libanaises dissoutes faxé de l’étranger. M. Ibrahim Kanaan, président du Centre d’études juridiques et économiques, a déclaré pour sa part que «personne n’a le droit d’interroger le patriarche sur l’exercice de ses fonctions liturgiques et spirituelles. Le jour viendra où le patriarche sera sollicité pour présider aux obsèques de ceux qui se sont permis de le critiquer aujourd’hui». « Les trois piliers du Liban » Pour sa part, le député Jean Obeid a affirmé que «les Akl Hachem se retrouvent dans toutes les communautés» et que leurs crimes «sont assumés par eux seuls et n’engagent pas leurs communautés». M. Obeid a considéré que le numéro 2 de l’ALS «s’est mis lui-même en marge des trois piliers du Liban: la coexistence islamo-chrétienne, la fraternité libano-syrienne et l’hostilité à l’égard d’Israël». Enfin, dans un esprit d’apaisement, cheikh Mohammed Mehdi Chamseddine, président du Conseil supérieur chiite, a déclaré dans son prêche du vendredi que «ce qui s’est produit à Debl a porté atteinte à la dignité du Liban et au caractère sacré de la Résistance ainsi qu’à une des grandes constantes sur lesquelles repose l’entente nationale». Mais il a ajouté qu’il est «facile» d’en corriger l’effet. Le dignitaire religieux, estimant que l’Église au Liban «ne considère pas Israël avec bienveillance», a affirmé qu’il n’y a pas lieu de se «mettre en colère pour rien» et a invité les députés qui se sont mis en campagne à abandonner leurs projets.
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