Rechercher
Rechercher

Actualités - Conferences Et Seminaires

Colloque - Dernière journée autour de Khalil Gibran Peintre de l'âme (photo)

Dernière journée de réflexion sur les œuvres picturales de Khalil Gibran, à l’occasion de l’exposition au musée Sursock. Six intervenants ont animé le débat : Youssef Bazzi, Greta Naufal et Gaby Maamary pour la première partie. Un intermède de récitation, avec Rafic Saadé, puis la seconde partie, avec les analyses de Maha Sultan, Nicole Malhamé-Harfouche et Saleh Barakat. «À la poursuite d’un corps “européen”» : Youssef Bazzi, à partir de deux souvenirs d’enfance, a montré que les corps féminins chez Gibran n’étaient pas de type oriental mais bien occidental, ou plus exactement européen. «À l’âge de 12 ans, j’ai vu pour la première fois les œuvres des «Nabis», où le corps de la femme apparaît gris, presque maladif. Deux ans plus tard, une jeune fille au pair anglaise installée chez nous m’a permis de faire le lien entre ces corps européens, modernes, et ceux de Gibran», dit-il. Youssef Bazzi a poursuivi en affirmant que «ces corps nus sont irréels, sortis de l’inconscient de Gibran : on découvre à travers eux le regard culturel de l’artiste, tourné vers l’Europe. Il a contribué à l’émergence d’une beauté toute païenne, à une érotisation du corps de la femme», conclut-il. Greta Naufal, dans sa «Lecture de Gibran peintre», a ressenti, devant les tableaux exposés, la nécessité de «baisser la tête, de garder le silence». Elle s’est ensuite attardée sur les 4 dessins de centaures. «Ces centaures, explique-t-elle, sont impressionnants par leur mouvement : on dirait qu’ils sont précipités en avant, comme frappés par la foudre». Elle rappelle par la suite le penchant de Gibran pour l’expérimentation : «Le portrait de Moustapha a été perfectionné pendant six ans, et trois de ces esquisses sont exposées au musée. Gibran a, avant tout, effectué un travail sur le regard, qui est, à lui seul, la traduction de l’énergie rayonnante de l’être. Ces trois portraits, conclut-elle, sont la manifestation d’une quête d’absolu». Gaby Maamary, professeur à l’Alba, a proposé une réflexion autour de «La dimension métaphysique dans la peinture de Gibran». Il a commencé par rappeler que «l’interrogation de l’homme n’est jamais rassasiée. Devant l’inexplicable, il cherche à établir une nouvelle dimension». Il évoque ensuite Du spirituel dans l’art, écrit en 1911 par le Russe Wassily Kandinsky, contemporain de Gibran et annonciateur prophétique d’une dimension métaphysique de la peinture. «Chez Gibran, conclut-il, il y a un perpétuel retour au fœtus, aux origines mystérieuses de l’existence. Ces œuvres nous parlent de béatitude et d’au-delà». En guise d’entracte, qui a duré une heure, Rafic Saadé a donné une belle récitation (mais sans doute un peu longuette), en arabe et en français, des textes les plus célèbres de l’écrivain Gibran. La quatrième intervention a été proposée par Maha Sultan, qui s’est concentrée sur «La nature dans l’art de Gibran après son séjour à Paris» (1908-1910). «L’artiste possède les secrets de la couleur et de la lumière, affirme-t-elle. Ses peintures et ses dessins sont un mélange de beauté, de mélancolie et de douleur qui purifient les esprits. Ils sont la représentation d’une réalité et d’une imagination “ailée” des symboles». Maha Sultan a ensuite évoqué la mystique des couleurs : «Le bleu de Perse, les bitumes et les ocres sont des couleurs de ciel et de terre, qui allient la fluidité et la transparence. C’est à Paris, poursuit-elle, que Gibran découvre la couleur : il tente d’y trouver sa nature mythique et mystérieuse. Il a été influencé par, entre autres, Carrière pour ses couleurs d’ombre, Blake et Da Vinci pour sa maîtrise du “sfumato”». «Mais Gibran est un homme de Bécharré : les couleurs de son village natal, mauve et bleuâtre, sont présentes, affirme-t-elle. Chez Gibran, la nature et l’homme sont liés par un même destin». Nicole Malhamé-Harfouche a ensuite présenté son étude autour du langage pictural de Gibran : «Ses œuvres, dit-elle, sont empreintes de tradition et de modernité». Une modernité apprise à Paris, à l’atelier Jullian, qui s’était détaché de l’enseignement académique. Contemporain de Puvis de Chavannes dont le travail l’attirait, il a été également celui des «Nabis». «Ces “prophètes” auraient sans doute inspiré Gibran pour le titre de son œuvre principale», suppose la conférencière. «Ses œuvres témoignent d’une fixation sur un état d’âme, où s’expriment ses rêves et ses fantasmes», affirme-t-elle avant de conclure sur la «dimension spirituelle du travail de l’artiste : il veut aboutir à une équivalence entre la transcendance de l’idée et l’âme qu’il réussit à donner au tableau». Enfin, Saleh Barakat, à travers son exposé intitulé «Le temps de Gibran», a voulu démontrer, diapositives d’œuvres du début du siècle à l’appui, que Gibran était avant tout un symboliste : «Alors que le panorama artistique du Liban, entre 1890 et 1930, était sous l’influence des écoles ottomane topographique, académique réaliste et impressionniste, l’Europe vivait une période de mouvements intensifs, allant du néo-impressionnisme au dadaïsme, en passant par le cubisme et le fauvisme. Mais Gibran paraît plutôt réfractaire à l’art moderne, affirme-t-il. Il est beaucoup plus proche de Moréas et des symbolistes, à la recherche, par le rêve et la légende, d’une réalité cachée». «Sa peinture, poursuit-il, est empreinte d’allégorie, d’ambiguïté et de diverses possibilités d’interprétations. C’est un peintre de l’âme, qui appartient à un mouvement cherchant à visionner un monde idéal et intérieur».
Dernière journée de réflexion sur les œuvres picturales de Khalil Gibran, à l’occasion de l’exposition au musée Sursock. Six intervenants ont animé le débat : Youssef Bazzi, Greta Naufal et Gaby Maamary pour la première partie. Un intermède de récitation, avec Rafic Saadé, puis la seconde partie, avec les analyses de Maha Sultan, Nicole Malhamé-Harfouche et Saleh Barakat. «À la poursuite d’un corps “européen”» : Youssef Bazzi, à partir de deux souvenirs d’enfance, a montré que les corps féminins chez Gibran n’étaient pas de type oriental mais bien occidental, ou plus exactement européen. «À l’âge de 12 ans, j’ai vu pour la première fois les œuvres des «Nabis», où le corps de la femme apparaît gris, presque maladif. Deux ans plus tard, une jeune fille au pair anglaise installée chez nous...