Le Premier ministre travailliste israélien Ehud Barak se trouvait hier sous la menace potentielle d’une enquête judiciaire sur le financement de sa campagne électorale de l’an dernier. L’affaire est d’autant plus embarrassante pour le pouvoir que le chef de l’État Ezer Weizman, proche des travaillistes et qui avait été leur candidat à la présidence, est déjà la cible d’une procédure judiciaire. M. Barak et les dirigeants de la coalition gouvernementale Israël Un attendent anxieusement la publication aujourd’hui d’un rapport du contrôleur de l’État, le juge Eliezer Goldberg, qui, selon la presse, critique le mode de financement de la campagne électorale de M. Barak, par le biais d’associations à but non lucratif. «Le Premier ministre craint que son image pâtisse des révélations sur ces associations qui ont travaillé pour lui», a affirmé un spécialiste de ces questions, Gabi Bron, du quotidien Yédiot Aharonot. «Barak craint aussi que le rapport mette en cause certains collaborateurs proches et ordonne des amendes sévères» à l’encontre de Israël Un, a-t-il encore déclaré. Selon lui, les associations incriminées ont bénéficié de dons dépassant les 250 000 dollars. «Je ne crois pas que le rapport aille jusqu’à demander une enquête judiciaire contre M. Barak lui-même, mais j’ai du mal à croire que son prestige n’en soit pas affecté», estime M. Bron. Le coup pourrait faire d’autant plus mal que face à son adversaire de l’époque, le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu (droite), M. Barak s’était présenté au cours de sa campagne électorale comme le champion de la probité. «L’aspect le plus important de ce rapport est la question de la crédibilité de Barak», a ainsi expliqué à la radio publique l’analyste politique Hanan Cristal. «Pour l’instant, il a l’image de Mr Propre, mais si le rapport le met en cause, cette image pourrait être ternie», a-t-il dit. M. Barak a été entendu il y a une semaine par le contrôleur de l’État sur cette affaire. Selon la presse, une dizaine d’associations écran liées au parti travailliste de M. Barak seraient soupçonnées d’avoir mobilisé des fonds de façon illégale pour financer la campagne pour les élections de mai dernier. Sans attendre la publication du rapport, l’opposition de droite a d’ores et déjà appelé le bureau du procureur de l’État à ordonner une enquête. «Nous exigeons qu’une enquête policière en bonne et due forme soit ouverte et que tous les coupables soient déférés devant les tribunaux», a déclaré lors d’une conférence de presse le député du Likoud Michael Eytan. La loi interdit toute contribution provenant de l’étranger à une campagne électorale, alors que les dons venant d’Israéliens ne peuvent dépasser 400 dollars par électeur. Mais cette disposition peut être contournée, car rien n’interdit des dons à des associations à but non lucratif, notamment éducatives et religieuses, à condition qu’elles n’aient aucun lien avec un parti. Les travaillistes font ainsi valoir qu’en 1996, la secte orthodoxe Habad avait financé, grâce à des dons venus de l’étranger, une campagne sur le thème «Netanyahu, c’est bon pour les Juifs» avant les élections qui avaient abouti à son arrivée au pouvoir. Ce débat survient dans un contexte déjà chargé, puisque le président Weizman, soupçonné de fraude fiscale et de corruption, est depuis la semaine dernière l’objet d’une information judiciaire, après que la police eut acquis la preuve qu’il avait été «en relation d’affaires» en 1983 et 1984 avec une compagnie liée à un homme d’affaires français alors qu’il exerçait des fonctions ministérielles. En outre, M. Netanyahu est interrogé depuis des mois par la police pour une affaire de corruption. Enfin, Arié Déri, ex-chef du parti ultraorthodoxe Shass, troisième parti israélien avec 17 députés, a fait appel auprès de la Cour suprême contre une décision de justice le condamnant à 4 ans de prison ferme, également pour corruption.
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