Les 120 députés israéliens, réunis lundi pour marquer le 51e anniversaire de la Knesset, se sont abstenus de toute manifestation d’hostilité envers le président Ezer Weizman, malgré l’opprobre l’entourant depuis qu’il fait l’objet d’une information judiciaire. Vêtu d’un strict costume bleu, apparemment serein, M. Weizman était accompagné de son épouse, Réuma. Il a pris place à la tribune d’honneur sans susciter le moindre esclandre. Détendu, à l’occasion souriant, il a affecté le calme en écoutant les interventions des orateurs, sous le regard scrutateur des représentants des médias internationaux attentifs à ses moindres faits et gestes. Toute la classe politique israélienne, le corps diplomatique, les représentants des cultes, de nombreux notables, y compris Mme Léa Rabin, la veuve du Premier ministre assassiné en novembre 1995, étaient présents. M. Weizman avait annoncé dimanche soir à la télévision israélienne son intention de rester à son poste en dépit des accusations de corruption et de fraude fiscale pesant sur lui. Ces accusations ont pour origine ses relations avec un homme d’affaires français, Édouard Saroussi, dont il aurait reçu d’importantes sommes d’argent au milieu des années 80, puis de 1989 à 1993, alors qu’il était député ou ministre, avant d’être élu à la magistrature suprême. Plusieurs parlementaires avaient annoncé qu’ils n’hésiteraient pas à protester contre la présence de M. Weizman à la Chambre dans de telles conditions. Mais le président du Parlement, Avraham Burg, est personnellement intervenu auprès des 120 députés de la Knesset pour les convaincre d’éviter toute manifestation d’hostilité envers M. Weizman, afin de préserver le caractère solennel de la séance, a-t-on indiqué de source parlementaire. La séance a été levée après plusieurs discours évoquant l’opportunité d’une constitution en Israël, l’État n’étant pour l’heure régi que par des lois fondamentales. Tous les députés se sont levés pour saluer M. Weizman au moment où il a quitté l’hémicycle en leur faisant un discret signe de la main. Selon son programme, le président Weizman devait recevoir mardi les lettres de créance des ambassadeurs de cinq pays en Israël, dont ceux des États-Unis et de France. Imperturbable malgré le scandale qui l’entoure, il a participé lundi matin près de Jérusalem à une cérémonie de plantation d’arbres prévue de longue date. La classe politique, la presse et les experts étaient quasi unanimes à estimer qu’il était condamné tôt ou tard à quitter son poste, même s’il est très difficile légalement de l’y contraindre. Selon un sondage publié par le quotidien Yédiot Aharonot, une majorité d’Israéliens (50 %) estime qu’il doit renoncer définitivement ou temporairement à ses fonctions. D’après cette enquête, 30 % des personnes interrogées souhaitent qu’il démissionne et 20 % qu’il se mette temporairement en congé. Seuls 38 % approuvent son maintien dans ses fonctions et 12 % sont sans opinion. Durant la séance extraordinaire de lundi, M. Burg a prononcé un discours consacré à la nécessité d’unité du peuple juif et entre laïcs et religieux. De son côté, le Premier ministre, Ehud Barak, a parlé de la démocratie, rappelant notamment «l’esprit de patience, de tolérance, de respect d’autrui qui s’expriment dans la Déclaration d’indépendance d’Israël (faite en 1948) et dans la tradition juive». Le chef du principal parti d’opposition, le Likoud (droite), Ariel Sharon, ne participait pas à cette séance, car il était au chevet de son épouse Lili, hospitalisée à la suite d’une longue maladie.
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