L’homme d’affaires français par lequel le scandale Weizman est arrivé, Édouard Saroussi, est un millionnaire septuagénaire né au Soudan entouré du plus grand mystère. À l’exception d’une poignée de personnes, personne en Israël n’avait entendu parler de cet homme avant qu’un journaliste indépendant, Yoav Yitzhak, révèle au début du mois qu’il avait versé près d’un demi million de dollars entre 1989 et 1993 à Ezer Weizman, juste avant que celui-ci soit élu président de l’État d’Israël. Depuis lors, le nom de M. Saroussi est devenu familier aux Israéliens, même si son visage ne l’est guère. Les seules images de lui dont on dispose ont, en effet, été tournées au début du mois par la télévision israélienne à son départ de l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, alors qu’il quittait Israël après les obsèques de son épouse, Jacqueline. Ils étaient mariés depuis 1964. Pourtant, à en croire le quotidien Haaretz, qui a reconstruit à grand-peine son parcours, M. Saroussi passe plusieurs mois par an dans sa luxueuse villa de Kfar Shemaryahu, une ville au nord de Tel-Aviv où le prix du mètre carré est l’un des plus élevés du pays. Mais il vit dans la plus grande discrétion, ne participant pas à la vie sociale de la ville. Son nom ne figure évidemment pas dans l’annuaire du téléphone. Même scénario à Monaco, dont M. Saroussi serait résident. Une enquête a permis de constater qu’il ne figurait sur les registres d’aucun organisme officiel et que personne ne le connaissait. On sait toutefois qu’il est né le 11 avril 1928 au sein de la petite communauté juive de Khartoum. Sa famille avait fait fortune dans le commerce de peaux et de cuir. Après s’être fait la main au Soudan dans une compagnie qui importait du fil à coudre, il s’est lui-même lancé dans le commerce dans les années 50. Aujourd’hui, selon le Haaretz, il a surtout des intérêts dans des entreprises du bâtiment actives en Afrique ainsi que dans des plantations de coton et des usines textiles à Madagascar et au Costa Rica. Le siège de ses sociétés se trouverait à Hambourg, mais – signe supplémentaire du secret dont il s’entoure – on n’en connaît même pas les noms. On ignore également quand et comment il a acquis la nationalité française. M. Saroussi aurait fait connaissance de M. Weizman dans les années 60 par l’intermédiaire d’une relation commune, l’attaché militaire à l’ambassade d’Israël à Paris. La carrière militaire de M. Weizman était alors au zénith, puisqu’il fut de 1958 à 1966 commandant de l’aviation israélienne, puis, jusqu’en 1969, chef d’état-major adjoint des forces armées. Cette amitié ouvrit ainsi à M. Saroussi les portes de l’establishment israélien, à plus forte raison lorsque M. Weizman devint en 1977 ministre de la Défense. C’est à cette époque, celle de la paix avec l’Égypte, que M. Weizman, jusqu’alors un faucon, devint soudain un champion de la cause de la paix avec les Arabes. Mais pour faire passer son message et conquérir le pouvoir, il lui fallait de l’argent. M. Saroussi en avait. Énormément. Il finança donc le parti lancé dans les années 80 par M. Weizman, Yahad, au point d’être «le principal donateur pour la campagne électorale» de 1984, selon un proche de l’époque de M. Weizman cité par le Haaretz et qui a demandé à rester anonyme. L’homme d’affaires était «la plus grande colombe que j’ai jamais rencontrée, et il était littéralement prêt à dépenser ce qu’il fallait pour faire d’Ezer Weizman le leader du camp de la paix en Israël», a affirmé au journal l’un des adjoints de M. Weizman au sein de ce parti aujourd’hui disparu, Avraham Tamir. Il a ajouté qu’il n’avait jamais eu connaissance d’intérêts d’affaires entre les deux hommes. Malgré cet investissement, que M. Tamir estime compris entre «2 et 2,5 millions de dollars», le parti centriste ne devait remporter que trois sièges de députés à la Knesset en 1984. Neuf ans plus tard, M. Weizman, dont l’amitié avec M. Saroussi n’avait fait que se renforcer, devenait chef de l’État, un poste certes honorifique, mais qu’il a utilisé au mieux pour promouvoir la cause de la paix.
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