Le syndicat IG Metall a montré hier sa détermination à faire profiter les 3,4 millions de métallos allemands de l’embellie économique et provoqué l’ire du patronat en réclamant une hausse de salaires bien plus forte qu’attendue et la retraite à 60 ans. Les revendications d’IG Metall (soit une augmentation de 5,5 %) se basent non seulement sur l’augmentation de la productivité attendue en 2000, jusqu’à 3,5 % dans l’ensemble de l’économie allemande, mais aussi sur une hausse des prix allant jusqu’à 1,5 %. Ce qui a provoqué la colère du président du patronat de la métallurgie Gesamtmetall, Werner Stumpfe. Ce dernier s’est empressé de déclarer hier à Francfort qu’IG Metall n’avait pas respecté un compromis trouvé dimanche à Berlin entre les partenaires sociaux et le gouvernement dans le cadre du Pacte sur l’emploi, effort commun pour lutter contre le chômage. Celui-ci prévoyait, selon M. Stumpfe, que l’augmentation des salaires serait orientée uniquement sur la productivité. De fait, les partenaires se sont engagés à utiliser les marges de manœuvre en matière de gains de productivité pour conclure des accords favorables à l’emploi et se sont gardés d’évoquer dans leur compromis une prise en compte de l’inflation. «Je suis surpris que le patronat s’étonne qu’IG Metall base la hausse des salaires sur la productivité et l’inflation. Le syndicat a toujours procédé de cette façon», a estimé Ralph Solveen, analyste à la Commerzbank. Pour Hans-Jürgen Meltzer, analyste à la Deutsche Bank, l’augmentation de 5,5 % est «un chiffre très élevé, mais toutefois inférieur aux 6,5 % réclamés l’an passé. IG Metall pouvait difficilement faire autrement vis-à-vis de ses sympathisants, sachant qu’il obtient en général environ la moitié de ce qu’il demande. Je m’attends donc à un accord final sur une augmentation autour de 3 %, voire moins», a-t-il noté. Les revendications salariales d’IG Metall, qui englobent aussi des aides à la formation ainsi que le financement des départs anticipés de la vie active à 60 ans, ne sont pour l’instant qu’au stade des recommandations, a précisé le patron d’IG Metall, Klaus Zwickel, au cours d’une conférence de presse à Francfort. Celui-ci a aussi voulu montrer que son syndicat était prêt à faire preuve de modération: «Malgré la nette amélioration de la situation économique comparée à l’an dernier, le directoire a proposé une revendication salariale inférieure de 1 point de pourcentage à celle de l’an passé». Selon M. Zwickel, un volume d’augmentation salariale de 5,5 % est tout à fait finançable. Pour appuyer cette revendication, le syndicat a mis en exergue la croissance dans le secteur de l’industrie de la métallurgie et de l’électrotechnique : les gains ont grimpé à 41,6 milliards de DM (21,27 milliards d’euros) en 1999, contre 1 milliard en 1993 (510 millions d’euros), a-t-il souligné. IG Metall met dans la balance l’éventualité d’un accord salarial à plus long terme, que réclament les employeurs. Si le patronat refuse le «paquet d’ensemble retraite à 60 ans et hausse raisonnable des salaires», a averti M. Zwickel, le syndicat ne discutera pas d’un accord à long terme. Le président de Gesamtmetall, qui réclame des accords d’une durée minimale de trois ans, contre un an actuellement, a réaffirmé son oppostion à la retraite à 60 ans. L’âge de la retraite en Allemagne est fixé actuellement à 65 ans pour les hommes et 63 ans pour les femmes. M. Meltzer a toutefois estimé que l’augmentation des salaires demandée par IG Metall ne serait pas un argument pour que la Banque centrale européenne relève rapidement ses taux d’intérêt.
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