Quelque cent cinquante mille personnes s’étaient rassemblées hier en début de soirée à Tel-Aviv pour protester contre les concessions territoriales que le Premier ministre Ehud Barak envisage de faire sur le Golan occupé depuis 1967 en échange d’un accord de paix avec la Syrie. «Nous disons non à Assad», «Nous sommes unis pour le Golan», «Nous ne bougerons pas du Golan», «Pas de reddition sur le Golan», «Oui à la paix, non à l’éviction», indiquaient des slogans projetés en hébreu, en anglais et en russe sur des écrans accrochés tout autour de l’immense place de Tel-Aviv dédiée à Yitzhak Rabin. C’est ici-même, à l’issue d’un rassemblement pacifiste, que le Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin a été assassiné, en novembre 1995, par un extrémiste juif religieux qui lui reprochait ses concessions aux Palestiniens dans les territoires de Cisjordanie et Gaza. «Dans les prochaines heures, cette manifestation ralliera un demi-million de personnes, car même les électeurs de M. Barak s’opposent à ses projets dans le Golan», a assuré Mme Debby Stellman, porte-parole du comité des colons du Golan, organisateur de l’événement. En début de soirée, les manifestants étaient au nombre de quelque 150 000 personnes, selon la police. Rassemblés sous la pluie et sous les accents de l’hymne national, la «Hatikva» (l’Espoir), ils ont été transportés par des centaines d’autobus et sont venus de tous les horizons géographiques et politiques du pays. Le comité des colons du Golan s’est assuré les services d’une société de gardiennage chargée d’«empêcher des extrémistes de se livrer à des provocations». Il a indiqué avoir invité M. Ariel Sharon, chef de l’opposition Likoud (droite), à venir sans toutefois prendre la parole, l’intransigeance sur le Golan dépassant les clivages strictement politiques d’Israël. «C’est notre pays et nous voulons le garder, car si nous le cédons à la Syrie, c’est notre sécurité qui sera en péril. Aujourd’hui, les Syriens veulent le Golan et demain ils demanderont Jérusalem», explique avec véhémence Nati Zakri, un lycéen de Kyriat Ata, près de Haïfa (nord). Même ton courroucé chez Ofir Yarchi, un étudiant qui habite dans la colonie de Ramat Magshimim sur le Golan : «Le gouvernement négocie ma maison sans me demander mon avis. Tout le monde en Israël veut conserver le Golan». Sur une estrade ont pris place des personnalités de tout l’échiquier politique, dont deux ministres, MM. Yitzhak Lévy (Infrastructures – du Parti national religieux) et Nathan Chtcharansky (Intérieur – du parti russophone Israël B’Alya). Ils sont assis devant une carte illuminée du Golan de 15 mètres sur 10 où figurent les trois cours d’eau et les 32 implantations de la région abritant 17 000 colons juifs. «Nous voulions organiser la plus grande manifestation de l’histoire d’Israël. Eh bien, elle a réussi», s’est exclamé Eli Malka, chef du comité des colons du Golan, qui a ensuite mis en doute la volonté de paix de la Syrie. «Les Syriens nous ont attaqués à deux reprises (en juin 1967 et en octobre 1973), et ils n’ont pas beaucoup changé. Dans une négociation, on donne et on reçoit, mais ils veulent uniquement prendre», renchérit un vieil homme qui agite un drapeau aux couleurs bleu et blanc d’Israël.
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