Israël, qui a obtenu, selon lui, à peu près ce qu’il voulait, est sorti clairement vainqueur du sommet de Charm el-Cheikh face à des Palestiniens affaiblis, mais l’impact de cette conférence sur la révolte palestinienne à laquelle elle était censée mettre fin semblait douteux. La violence, qui avait repris lundi, jour de l’ouverture du sommet, après 48 heures d’accalmie, a d’ailleurs continué comme si rien ne s’était passé après l’annonce de la conclusion d’un accord. «Nous avons atteint nos objectifs», a lancé sur un ton triomphaliste le Premier ministre israélien, Ehud Barak. Le sentiment était bien différent du côté palestinien : le leader du Fateh de Yasser Arafat (principale composante de l’OLP), Marwan Barghouthi, a parlé d’«échec», affirmant que «la révolte (allait) continuer». La décision de M. Arafat de participer à ce sommet avait été perçue comme résultant de pressions énormes exercées sur lui par les Américains, les Européens et même les Égyptiens, et tous les Palestiniens s’attendaient donc au pire. Selon la député palestinienne Hanan Achraoui, les Palestiniens sont «furieux», parce qu’ils estiment que l’accord accepté par M. Arafat à Charm el-Cheikh l’a été «sous la contrainte» et est «injuste». Le chef spirituel du mouvement intégriste Hamas, cheikh Ahmed Yassine, a dénoncé hier l’accord conclu au sommet de Charm el-Cheikh et appelé à la poursuite de la révolte contre Israël. «Cet accord ne nous engage pas parce qu’il a été imposé par les États-Unis et Israël au peuple palestinien et ne répond pas à ses attentes», a déclaré cheikh Yassine à des journalistes à son domicile à Gaza. «Nous allons poursuivre notre lutte contre l’occupation et l’intifada d’al-Aqsa va continuer», a-t-il ajouté. Par ailleurs, deux groupes radicaux membres de l’OLP ont dénoncé hier l’accord de Charm el-Cheikh et appelé à la «poursuite de l’intifada jusqu’à la fin de l’occupation» des Territoires. Cette position a été annoncée par le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), dans des communiqués séparés publiés à Damas. Quant au Mouvement du jihad islamique en Palestine, il a annoncé hier qu’il n’était pas tenu de respecter l’accord israélo-palestinien de Charm el-Cheikh, et a appelé à la poursuite de l’intifada. Le Jihad islamique en Palestine, dirigé par Ramadan Abdallah Chalah, est l’une des deux organisations palestiniennes les plus radicales avec le Mouvement de résistance islamique Hamas. Ce groupe a revendiqué dans le passé des attaques meurtrières contre Israël. Tels qu’ils ont été présentés par le président américain Bill Clinton, les résultats sont effectivement favorables à la partie israélienne. M. Clinton a ainsi indiqué que qu’Israéliens et Palestiniens s’étaient engagés à «appeler publiquement et sans équivoque à la fin de la violence». Ce point répond à une exigence fondamentale de M. Barak, qui a accusé M. Arafat d’avoir orchestré l’actuelle flambée de violence et lui reprochait de ne pas avoir, à ce jour, lancé le moindre appel public au calme à ses partisans. M. Barak a aussi mis en exergue le fait que le sommet avait «empêché» la création d’une commission internationale d’enquête sur les causes des violences, qui constituait, a contrario, l’objectif prioritaire de M. Arafat. Les exigences des deux parties étaient ici totalement contradictoires, Israël refusant toute ingérence étrangère dans ses affaires, alors que les Palestiniens faisaient tout pour obtenir une implication de la communauté internationale afin de compenser un rapport de forces qui leur est très défavorable. Or, le sommet a opté pour une vague «mission d’information» qui correspond exactement à ce que voulait M. Barak, à savoir que l’organisme, qui comprendra les deux parties – israélienne et palestinienne – sera présidé par les États-Unis. On est loin de la commission sous les auspices de l’Onu, avec participation égyptienne et européenne, qu’exigeaient les Palestiniens. En guise de consolation pour les Palestiniens, il a été décidé que les États-Unis transmettraient les conclusions de cette mission à l’Onu. Mais personne n’est dupe. Le ministre palestinien de l’Information, Yasser Abed Rabbo, a reconnu que les résultats obtenus par les Palestiniens «constituent le minimum». Les deux seuls résultats concrets qu’il a mentionnés sont le retrait des forces israéliennes jusqu’à leurs positions d’avant le 28 septembre, date du début des émeutes, et la levée du blocus des territoires palestiniens. Mais ce second point ne semblait pas complètement acquis, à en croire les propos de M. Barak à Charm el-Cheikh. Le chef du gouvernement israélien a, en effet, simplement dit qu’il s’était engagé à «examiner» quand il serait «opportun» de lever le bouclage. Israël a justifié ce bouclage par la nécessité de se protéger contre des tentatives d’infiltration de Palestiniens désireux de commettre des actes de violence. Tout cela explique les réactions de dépit et de colère de la part des Palestiniens. Dans les rues de Cisjordanie et de Gaza, les manifestants palestiniens interrogés ont réagi comme M. Barghouthi, celui qu’Israël présente comme le chef d’orchestre du soulèvement sur le terrain. «Le sommet était voué à l’échec avant même sa tenue et il n’est pas parvenu à remédier aux causes de cette révolte», a-t-il déclaré à Ramallah (Cisjordanie). Même si M. Arafat appelle publiquement ses troupes à un arrêt des attaques anti-israéliennes, il était loin d’être certain que cela soit suivi d’effet.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Israël, qui a obtenu, selon lui, à peu près ce qu’il voulait, est sorti clairement vainqueur du sommet de Charm el-Cheikh face à des Palestiniens affaiblis, mais l’impact de cette conférence sur la révolte palestinienne à laquelle elle était censée mettre fin semblait douteux. La violence, qui avait repris lundi, jour de l’ouverture du sommet, après 48 heures d’accalmie, a d’ailleurs continué comme si rien ne s’était passé après l’annonce de la conclusion d’un accord. «Nous avons atteint nos objectifs», a lancé sur un ton triomphaliste le Premier ministre israélien, Ehud Barak. Le sentiment était bien différent du côté palestinien : le leader du Fateh de Yasser Arafat (principale composante de l’OLP), Marwan Barghouthi, a parlé d’«échec», affirmant que «la révolte (allait) continuer». La...