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Parlement - Berry réélu par 124 voix sur 126 votants Première réunion, premiers engagements

COMMUNIQUES ET DECLARATIONS
18/10/2000
M. Nabih Berry a été réélu par 124 voix sur 128 (deux députés étaient absents et deux autres ont glissé des bulletins blancs dans l’urne) à la tête du nouveau Parlement qui a hissé M. Élie Ferzli au poste de vice-président. Banalement, c’est là, en deux mots, le fait principal, mais non pas l’élément-clé, de la première réunion de la Chambre 2000 qui s’est déroulée sans surprise, car tout était joué d’avance. L’élément-clé, c’est la teneur des discours prononcés par M. Kabalan Issa el-Khoury, qui a présidé la séance en sa qualité de doyen d’âge du Parlement, puis par M. Berry. Tous deux se sont arrêtés, quoique en des termes bien choisis et très diplomatiques, aux divers sujets qui ont alimenté récemment la polémique politique dans le pays. Mais si le député de Bécharré s’est contenté de souhaiter que les questions litigieuses, telles que les relations avec la Syrie, l’abolition du confessionnalisme politique, les rapports entre les différents courants libanais ou le rééquilibrage politique, ainsi que l’élaboration d’une nouvelle loi électorale, soient résolus dans le calme et dans le cadre des institutions, le président de la Chambre a tenu à les inclure dans le programme du Parlement, en présentant leur règlement comme faisant partie des «responsabilités» de l’institution qu’il préside. La Chambre a donc pris de bonnes résolutions. Reste à voir dans quelle mesure elle pourra les appliquer et quelle échelle de priorités sera fixée avec l’avènement d’un nouveau gouvernement. Place de l’Étoile, c’était hier la journée des retrouvailles entre vieux collègues et des rencontres entre anciens et nouveaux députés. Pour d’autres, c’était aussi la journée des adieux. Battu aux législatives de Beyrouth, le chef du gouvernement Sélim Hoss a quand même tenu à assister à la réunion bien qu’il eut pu se faire représenter par le vice-président du Conseil Michel Murr. Il est resté juste le temps que l’élection de M. Berry soit annoncée et qu’il lui exprime ses vœux de succès. Il a quitté les lieux avec la même discrétion qui a caractérisé sa carrière politique. Alors que les députés se préparaient dans un tohu-bohu convivial à élire leur vice-président : M. Hoss se lève lentement et se dirige dans l’indifférence générale vers la porte. Seul M. Berry remarque son mouvement et s’empresse de le raccompagner jusqu’à la porte. Lorsque celle-ci se referme derrière lui, on a un peu l’impression qu’une page de la vie politique de cet homme vient d’être tournée. M. Hoss venait de faire ses adieux à sa vie de député et de chef de gouvernement. Deux places vacantes En l’absence de toute bataille au poste de président et de vice-président de la Chambre, il était tout à fait normal que la réunion se déroule dans une ambiance bon enfant, voire même récréative, sous les yeux du président Charles Hélou et des nombreux chefs de missions diplomatiques, consuls, présidents de municipalités et de syndicats invités pour l’occasion. L’arrivée de M. Berry passe presque inaperçue dans le brouhaha général. Il serre quelques mains et s’empresse de s’installer entre Mme Nayla Moawad et M. Omar Karamé qui vient de mettre fin à son boycottage de la Chambre et avec qui il engage une conversation animée. Entre-temps, les nouveaux députés, l’air un peu gauche, attendent patiemment que leurs collègues, parmi les anciens, s’installent pour se mettre à leurs côtés. Les parlementaires sont donc placés en fonction de leurs coalitions électorales régionales ou de leurs affinités politiques. M. Pierre Gemayel s’installe ainsi près de M. Antoine Ghanem, du parti Kataëb, avant de gagner, avec M. Émile Lahoud, la tribune présidentielle pour procéder avec le secrétaire général de la Chambre p.i. et le directeur des affaires de la présidence, MM. Adnane Daher et Charles Khoury, au dépouillement des voix. Les deux jeunes députés font fonction de secrétaires généraux en attendant l’élection des membres du bureau de la Chambre. Dans l’hémicycle, deux sièges seulement sont vacants : ceux de MM. Élie Aoun et Moustapha Saad, qui se sont excusés de ne pouvoir assister à la réunion. Le vote ne commence qu’après la procédure constitutionnelle : on donne lecture des résultats des élections ainsi que des articles constitutionnels – l’article 32, sur l’ouverture des sessions parlementaires et l’article 44 sur la procédure électorale. Puis M. Issa el-Khoury prononce son discours, non sans avoir demandé, au préalable, à l’assistance d’observer une minute de silence à la mémoire de l’ancien député Nazih Bizri et des «martyrs» libanais et palestiniens (voir ci-contre). En choisissant de donner à son allocution une note essentiellement politique alors qu’elle aurait pu être simplement protocolaire, M. Issa el-Khoury rappelle que la mission du Parlement n’est pas seulement de légiférer dans des domaines précis, mais de s’occuper de tous les aspects de la vie publique dès lors qu’un problème se pose. M. Berry prendra un peu plus tard le relais en soulignant l’engagement du Parlement à s’attaquer aux sujets qui se situent dans le cadre général de l’édification d’une nation. Le sens du bulletin blanc Les préparatifs de l’élection du président de la Chambre commencent sans que le nom du ou des candidats ne soient officiellement annoncés. Il est vrai qu’aucune surprise n’était attendue à ce niveau, mais les règles auraient quand même pu être respectées… C’est M. Hariri, un large sourire aux lèvres, qui se contente d’annoncer, assez haut pour que tout le monde l’entende : «Nous soutenons la candidature du président Berry», suivi par M. Omar Karamé qui s’adresse aux nouveaux députés pour leur demander de se contenter d’inscrire seulement le nom et le prénom du candidat sans les précéder d’un «président». Sûr de sa victoire, M. Berry accorde peu d’attention au dépouillement des voix et discute avec M. Hariri pendant que les parlementaires sortent fumer une cigarette ou échangent des politesses. Il est temps d’annoncer les résultats et le président de la séance, un sourire malicieux aux lèvres, somme M. Berry de regagner son siège : sur les 126 votants, 124 lui ont accordé leurs voix . Deux autres ont opté pour les bulletins blancs, non pas pour exprimer leur opposition à M. Berry mais pour contester le fait qu’il n’y ait qu’un seul candidat, selon un député de Kesrouan-Jbeil, qui pourrait être un des dépositaires des deux bulletins blancs. Selon lui, «dans les circonstances actuelles, c’est le bulletin blanc qui est le moyen d’expression démocratique». Avant d’entamer son discours, le président élu remercie ses collègues de «la confiance que vous m’avez accordée et qui est exprimée dans ce billet que Walid Joumblatt m’a fait parvenir et que je vais vous lire : «1,2,3, Nabih, ma vie à moi». La salle s’esclaffe, Walid Joumblatt le premier. C’est l’heure d’élire le vice-président de la Chambre : «Nous insistons pour poser la candidature d’Élie Ferzli», intervient Mohammed Abdel Hamid Beydoun. Les parlementaires s’empressent de déposer leurs bulletins dans l’urne et sortent. Les invités s’en vont. Les signes d’ennui se multiplient dans l’hémicycle. «Foncez» (Fezzo), lance le président de la Chambre à MM. Lahoud et Gemayel lorsqu’il reçoit l’urne. Des 125 votants, 117 accorderont leurs voix à M. Ferzli, trois autres respectivement à MM. Michel Murr, Issam Farès et… au Alaouite Ahmed Hbous et 5 déposeront des bulletins blancs. C’est M. Berry qui donne les résultats : «Au moment même où nous annonçons la victoire d’Élie Ferzli, “ils” annoncent l’échec du sommet de Charm el-Cheikh», tonne-t-il en s’esclaffant. L’élection des membres du bureau de la Chambre se déroule dans un brouhaha général. MM. Ayman Schoucair et Farid el-Khazen sont élus par 106 et 102 voix respectivement, sur un total de 117 votants. Seize bulletins blancs sont recensés. Au poste de rapporteurs, ce sont MM. Abdel Rahman Abdel Rahman (117 voix), Serge TerSarkissian (76 voix), Antoine Haddad (66 voix), qui ont été élus. Le rival de M. TerSarkissian, Georges Kassarji, n’obtient que 64 voix. En annonçant les résultats, M. Berry a du mal à prononcer le nom de TerSarkissian qui finit par se lever pour épeler son nom.

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