Ahmadou Kourouma, 73 ans, lauréat du prix Renaudot, une des plus importantes récompenses littéraires françaises, s’impose désormais comme un maître de la littérature du continent noir, traçant dans son œuvre une histoire sans complaisance de l’Afrique à travers ses pires errements. Dans «Allah n’est pas obligé», Kourouma raconte l’histoire d’un «enfant-soldat» en Afrique occidentale. «Allah n’est pas obligé» est le début d’une phrase qui se poursuit dans le livre : «... d’être juste avec toutes les choses qu’il a créées ici-bas». Kourouma raconte l’épopée hallucinée de ce petit garçon, armé d’une Kalachnikov, engagé dans une guerre tribale au Nigeria, l’histoire de massacres dont les enfants sont les «tristes héros». «M’appelle Birahima. J’aurais pu être un gosse comme les autres (...). Un sale gosse ni meilleur ni pire que tous les sales gosses du monde si j’étais né ailleurs que dans un foutu pays d’Afrique». Avec Yacouba le féticheur, le grigriman, Birahima se retrouvera au Sierra Leone, où «la situation générale était désastreuse (...), donc bonne pour nous», écrit-il. L’originalité du livre tient dans son style : Birahima, qui vit une situation horrible, ne maîtrise pas les mots des adultes. Pour raconter «sa vie de merde», il a sans cesse recours à quatre dictionnaires : le Larousse, le Robert, l’inventaire des particularités lexicales du français en Afrique Noire et le Harrap’s. «Ils me servent à chercher les gros mots, à vérifier les gros mots et surtout à les expliquer», dit l’enfant, désireux d’être lu par «toutes sortes de gens». Distance et humour Ainsi, Kourouma, nourri des traditions de la culture malinké dont il est issu, introduit dans ce récit, truffé aussi de jurons africains, une distance et un humour remarquables. Son ouvrage précédent, «En attendant le vote des bêtes sauvages» (prix du livre Inter en 99) était déjà une féroce satire des chefs de juntes militaires africaines, largement inspiré du parcours du chef de l’État togolais, le général Gnassingbe Eyadema. Le titre de cet ouvrage consacré à la critique du processus de démocratisation en Afrique, est inspiré d’une remarque que lui fit un cuisinier alors qu’il résidait au Togo : «Si les hommes refusaient de voter pour Eyadema, les bêtes sortiraient de la brousse pour voter pour lui». Venu tardivement à la littérature, ce mathématicien de formation a publié à 44 ans son premier roman, «Les soleils des indépendances», jugé alors trop provocateur pour être publié, ce qui ne fut fait que six ans plus tard (en 1970) par l’éditeur parisien Le Seuil. Né en 1927 dans l’extrême nord de la Côte d’Ivoire, il fait ses études à Bamako, au Mali, et sert dans l’armée française, de 1950 à 1954, pendant la guerre d’Indochine, avant d’étudier à Paris et Lyon. Il retourne dans son pays après l’indépendance, en 1960, avec une épouse française et de solides convictions communistes. Mis à l’index par le régime du président Félix Houphouët-Boigny, il a passé dans les années 60 cinq ans en exil en Algérie, regagnant la Côte d’Ivoire en 1969 pour travailler sur une pièce de théâtre «Le diseur de vérité» présentée en 1974. Houphouët-Boigny, qui préférait le tenir à distance, le nomme alors directeur de l’Institut international des assurances de Yaoundé, au Cameroun, où il demeure dix ans, avant d’occuper un poste équivalent au Togo pour une autre décennie. Une nouvelle critique des politiques post-coloniales en Afrique, «Monné, outrages et défis», connaît un succès d’estime mais pas en librairie. La semaine dernière, il avait déclaré, à propos de la situation dans son pays, que l’attitude des Ivoiriens qui «sont prêts à se sacrifier pour la démocratie, c’est une avancée extraordinaire pour cette valeur pas seulement en Côte d’Ivoire mais dans tous les pays africains».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ahmadou Kourouma, 73 ans, lauréat du prix Renaudot, une des plus importantes récompenses littéraires françaises, s’impose désormais comme un maître de la littérature du continent noir, traçant dans son œuvre une histoire sans complaisance de l’Afrique à travers ses pires errements. Dans «Allah n’est pas obligé», Kourouma raconte l’histoire d’un «enfant-soldat» en Afrique occidentale. «Allah n’est pas obligé» est le début d’une phrase qui se poursuit dans le livre : «... d’être juste avec toutes les choses qu’il a créées ici-bas». Kourouma raconte l’épopée hallucinée de ce petit garçon, armé d’une Kalachnikov, engagé dans une guerre tribale au Nigeria, l’histoire de massacres dont les enfants sont les «tristes héros». «M’appelle Birahima. J’aurais pu être un gosse comme...