Un an et demi après la fin de la guerre, les habitants du Kosovo sont appelés samedi à des élections municipales, organisées par l’Onu qui veut en faire le premier scrutin démocratique de l’histoire de la province yougoslave. Il s’agit aussi des premières élections préparées par l’Onu, qui administre le Kosovo depuis la fin des bombardements de l’Otan qui ont mis un terme à la guerre entre les forces yougoslaves et les séparatistes albanais en juin 1999. Mais les Serbes, minoritaires au Kosovo, ont décidé de boycotter ce scrutin. Ils entendent notamment protester contre les attaques dont ils sont victimes depuis l’arrivée de la communauté internationale. Ils représentent aujourd’hui environ 5% de la population du Kosovo, majoritairement albanaise. Samedi, on va donc se retrouver dans la situation inverse de celle du 24 septembre, où les Serbes s’étaient mobilisés pour les élections fédérales yougoslaves et les Albanais avaient boudé les urnes. À la fin de la semaine, tout se jouera donc entre Albanais, qui voient dans ce scrutin un premier pas vers l’indépendance du Kosovo. La province est placée sous tutelle de l’Onu mais elle fait toujours partie de la Yougoslavie. Les 39 formations politiques en lice affichent d’ailleurs le même objectif : l’indépendance du Kosovo. Le reste de leur projet est très peu étayé. En l’absence de programme, les partis se départagent en fonction de leur passé : ceux qui ont résisté pacifiquement à Belgrade et ceux qui ont combattu les forces yougoslaves dans la guérilla indépendantiste albanaise (UCK) pendant la guerre de 1998 à 1999. La Ligue démocratique du Kosovo (LDK) d’Ibrahim Rugova, donnée favorite, insiste sur la lutte pacifique qu’elle a menée pendant les dix ans qui ont suivi la suppression de l’autonomie du Kosovo par Belgrade, en 1989. Son principal adversaire, le Parti démocratique du Kosovo (PDK) dirigé par Hashim Thaci, le chef politique de l’ex-UCK, martèle que le Kosovo a été libéré par la guérilla. L’Alliance démocratique du Kosovo (AAK) de Ramush Haradinaj, donnée troisième par les observateurs internationaux, table aussi sur la popularité de son leader, un ancien commandant de l’UCK. L’Onu organise ces élections conformément à son mandat fixé dans la résolution 1244 et qui prévoit de doter le Kosovo d’une «autonomie substantielle» au sein de la Yougoslavie. Elle veut en faire «les premières élections libres et démocratiques» du Kosovo, à peine sorti d’un demi-siècle de régime communiste. Samedi, ce sont 19 partis, 2 coalitions, 3 initiatives de citoyens et 15 candidats indépendants qui se disputeront les 920 sièges à pourvoir dans les 30 municipalités du Kosovo. L’Onu a opté pour un scrutin proportionnel, avec listes ouvertes. Au moins 30 % de femmes figurent parmi les quinze premiers noms de chaque liste.
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