«Une maison, c’est surtout un écrin pour de beaux meubles et de beaux objets». Élie Gharzouzi décorateur, Élie Gharzouzi collectionneur . La définition est courte. Le personnage plein de nuances. e monde d’Élie Gharzouzi, celui dans lequel il évolue comme un poisson heureux dans une eau douce, celui dans lequel il reçoit clients et amis, et où il s’amuse, travaille, s’épanouit en bonheur, est également un grand écrin qui révèle, dès qu’on l’ouvre, tout le talent de cet artiste – c’est ainsi qu’il se définit. «En haut – les bureaux – c’est mon travail, en bas – la galerie – ma passion». Une boîte de Pandore qui laisse s’échapper des pièces d’un autre temps, tables, miroirs, tapisseries, tableaux et autres, choisis par et avec amour. Un drôle de bric-à-brac où s’alignent des coups de cœur heureux de partager l’espace et le rire permanent de M. Gharzouzi, un artiste à l’âme légère qui semble ne jamais prendre les choses au sérieux, mais avec tout le sérieux qu’elles méritent. «Je suis très heureux, confie-t-il en riant encore. Je considère que j’ai fait une belle carrière, entouré de plein d’amis que j’aime – je ne sais pas s’ils m’aiment, eux. Je voyage beaucoup, je me cultive, j’ai une espèce de paix avec moi-même». « Je suis né avec » Ses parents le vouaient à une carrière médicale. Est-ce un hasard ou un signe du destin qui semblaient approuver son choix – son premier projet public fut de concevoir les suites de l’hôpital Abou Jaoudé. Le départ est donné, le père sans doute consolé. Le choix était le bon. «Je crois que je suis né avec. C’est inexplicable». À quatre ans, le petit Élie modelait des statuettes, dessinait, coloriait. «Je ramassais des bouts de papier que je transformais en choses amusantes». À la fin de ses études scolaires, il «s’engage» à l’Alba pour trois années d’architecture d’intérieur avant de rejoindre Paris et l’Ensad . «Ma vie professionnelle a débuté durant mes études. Je venais passer des vacances au Liban et j’aidais les amis. J’étais devenu une “petite adresse”. Puis, petit à petit, j’ai commencé à décorer des chambres à coucher, des petites pièces ; je décorais aussi bien une soirée pour parents d’amis, ça amusait tout le monde». Plus sérieusement, il arrive à bout de ses études, cinq ans plus tard, et rentre au Liban démarrer une carrière. «J’ai tout de suite travaillé pour moi. J’ai ouvert à proximité de l’hôtel Normandy, à l’avenue des Français, une boutique sur rue… Et j’ai transformé le grenier en bureau». L’artiste est heureux, le collectionneur de même. «J’ai toujours été passionné par les meubles anciens, les objets artistiques, les vieilles colonnes, la peinture. J’avais besoin d’un espace pour déposer tout ce que j’avais acheté ou que j’eus envie d’acheter ou d’employer chez mes clients». Les projets pointent le bout de leur nez. «Mes premiers projets payants – j’espère que je n’oublie personne – étaient la villa de Mme Claude Robert Trad et l’hôpital Abou Jaoudé». M. Gharzouzi précise : «J’ai toujours eu un concept très différent de la décoration. Une chambre d’hôpital – qui est déjà triste – se doit de ressembler à une chambre d’amis. C’est ce que j’ai essayé de faire en y mettant un papier peint en couleur, de beaux rideaux, des gravures». À partir de là, «tout a roulé très vite». Le tour du monde «J’ai dû être servi par la chance – ce n’est pas seulement le talent –, j’ai fait – je croise les doigts – une belle carrière». Installé à Paris de 1975 à 1997, Élie Gharzouzi fait son tour du monde. «J’ai travaillé partout, du fond des USA au fond de l’Arabie, en passant par tous les pays entre les deux. J’ai collaboré avec de nombreuses familles régnantes dans les pays du Golfe, elles et leurs progénitures, avec des Anglais, des Italiens ou des Libanais installés en Europe. Je possède un style assez éclectique qui s’assortit avec le pays, le temps, l’humeur. Je ne décore pas dans un pays de soleil comme dans un pays de brouillard. Il y a bien sûr une empreinte indélébile, mais il faut essayer de la rendre le plus délébile possible». Rire – encore. «Il faut surtout une espèce de rigueur vis-à-vis de soi-même pour essayer de ne pas se ressembler». Toujours logé à la même enseigne à la rue Clemenceau «ouverte avant la guerre avec M. Élie Chammas qui, à côté de mon aspect décorateur, m’a appris ce que voulait dire une bonne gestion saine», Élie Gharzouzi a retrouvé le pays «pour l’amour du Liban. Il fallait bien que quelques-uns reviennent», et poursuit avec bonheur un métier qui le comble. «J’aime beaucoup ce que je fais, manier la couleur, la mettre à sa juste place, mettre en valeur l’objet, le meuble, un tableau ; et puis bien sûr connaître le client, bien parler avec lui, manger, boire ensemble, aller chez lui et construire quelque chose autour de ce qu’il pourrait aimer». L’aspect qu’il privilégie, «le rêve». «Quand je travaille une maison, je la rêve». À son palmarès fort chargé figurent le palais présidentiel, la résidence du président Hraoui, l’hôtel Intercontinental de Amman, de nombreux bateaux de luxe, «des palaces !» et actuellement la Société bancaire du Liban. «Là où le client a envie de s’éclater, ça réussit toujours». Et de conclure. «Rien ne m’a changé et rien n’a changé ma façon de vivre, le respect que je porte à mes parents, ma famille et mes amis ; ni l’argent ni le succès ne me sont montés à la tête». Un dernier rire et M. Gharzouzi part retrouver, presque impatient, sa caverne d’Ali Baba. Carla HENOUD
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