PARIS - De Mirèse AKAR Découverte en 1994 dans le sud de l’Ardèche, la grotte Chauvet où l’on a recensé plus de 300 représentations d’animaux peintes par les aurignaciens, il y a au moins 32 000 ans, est la plus ancienne grotte paléolithique ornée du monde. Et sans doute aussi la plus étonnante, bien plus riche et plus belle que celle de Lascaux, à en croire les critiques d’art appelés en renfort par les scientifiques pour tenter d’en décrire les merveilles. Une protection draconienne Prodigieuse machine à remonter le temps, ce site, quand il ne les laisse pas sans voix, leur arrache à tous des superlatifs : mieux qu’épatés, ils s’affirment bouleversés d’y avoir vu ce qu’ils qualifient d’indicible. Seulement voilà : il ne nous est pas possible d’aller vérifier leurs dires par nous-mêmes. La grotte Chauvet fait l’objet d’une protection draconienne, matérialisée par un sas inviolable dont seuls détiennent le sésame le préhistorien Jean Clottes et la petite équipe dont il s’est entouré. C’est la raison pour laquelle une récente et passionnante émission de télévision où l’on recueillait à ciel ouvert leurs témoignages avait été intitulée Devant la porte ! Perspective et symétrie À l’intérieur, la progression des différents spécialistes – spéléologues, topographes, paléontologues ... – est si précautionneuse que trois ans ne leur seront pas de trop pour mener l’exploration à son terme. «J’ai l’impression de vider un tonneau avec une petite cuiller», confie l’un d’eux. Il faut lancer ici une passerelle, monter ailleurs un échafaudage, et c’est un appareil numérique fixé au bout d’un manche à balai qui prend les photos, interprétées ensuite par un ordinateur. Mais il faut en permanence réajuster in situ les hypothèses formulées en laboratoire. Les commentaires des critiques d’art et des plasticiens offrent le contrepoint qu’on attend aux considérations parfois ardues des spécialistes. Pour eux, les peintures pariétales de Lascaux, qui remontent déjà à 17 000 ans, ne soutiennent pas la comparaison avec celles de Chauvet. Artistes animaliers de génie, les aurignaciens, arrivés sur le site quelque 40 000 ans avant notre ère, maîtrisaient aussi bien les techniques de l’estompe et du détourage que la perspective et la symétrie. Tout en se révélant, dans leurs compositions à multiples lectures, des maîtres de l’illusion. De quoi conduire bien des historiens à réviser leur conception évolutionniste de l’art. On a relevé sur le sol de cette même grotte la première empreinte d’homo sapiens connue, vieille d’environ 26 000 ans. Même s’il en a vu quantité d’autres, le paléontologue qui en parle avoue avoir éprouvé devant elle un trouble semblable à celui de Robinson Crusoë face à des traces de pas détectées sur son île. Pour lui, cette empreinte est l’image même du vivant, d’un être qui avance. La bonne nouvelle que vient d’annoncer le ministère français de la Culture, c’est l’ouverture, prévue pour le printemps 2003, d’un «espace de restitution», situé lui aussi en Ardèche, de ce lieu proprement magique qu’est la grotte Chauvet. Un projet chiffré à 250 millions de francs et qui sera financé conjointement par l’État, la région et l’Europe.
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