«Jamais on n’a vu le Rhône comme cela. C’est la crue du siècle». Penchée au-dessus d’un muret surplombant le Rhône, une Valaisanne de Saint-Maurice, près de Martigny, scrute dimanche le fleuve tumultueux et boueux qui charrie troncs et branchages. Vingt-quatre heures de pluies torrentielles ont provoqué la montée de tous les cours d’eau et torrents du canton du Valais, qui viennent se jeter dans le Rhône. Dans l’ouest du Valais, le fleuve n’a qu’une vingtaine de mètres de large. Des arbres entiers dévalent furieusement sous les ponts, en direction du lac Léman. Près de Saint-Maurice, ils sont des dizaines et des dizaines de badauds à se pencher au-dessus du fleuve, comme fascinés par le spectacle. La scène se reproduit de village en village, le long de la route qui traverse le canton d’est en ouest. Pourtant les autorités ont mis en garde la population contre les risques d’effondrement des rives. «Il y a trop de monde qui stationne sur les ponts et les bords du Rhône. C’est trop dangereux», commente Bernard Geiger, chef de la cellule de crise en cas de catastrophe (Ceca) qui a été installée à Sion, à une vingtaine de kilomètres de là. «Compte tenu de la météo de plus en plus pessimiste, les risques de rupture des berges sont élevés et il y a un grand danger pour ces personnes. On doit les faire évacuer, sinon nous aurons des accidents dus à l’imprudence», s’exclame Albert Fournier, chef des cours d’eau du canton. Comme beaucoup de petites routes de montagne, menacées par des éboulements, l’autoroute dans la vallée centrale qui longe le fleuve en direction de l’Italie a été submergée par endroits et est interdite à la circulation. Un tunnel a été inondé à la hauteur de Saint-Maurice. Les prés de chaque côté de la route cantonale sont devenus de petits lacs. Du «Labyrinthe aventure», un parc d’attraction, on n’aperçoit plus que le haut des tentes blanches. À Evionnaz, des bidons flottent dans le parking de l’usine à gaz. La route est déjà en partie inondée et les voitures ont de l’eau à mi-roues, circulant pare-chocs contre pare-chocs. Plus tard, la voie sera à son tour coupée. De nombreux automobilistes y étaient bloqués dimanche en début de soirée, mais ils ne représentaient pas une priorité pour les secours. «On les avait prévenus de ne pas prendre leur voiture», dit-on à la cellule de crise. Toute l’attention des autorités se porte sur deux points critiques dans la région d’Entremont et dans celle de Saas, où l’on s’apprêtait à effectuer des lâchers d’eau au barrage de Mattmark, presque à saturation. Treize personnes sont toujours portées disparues à Gondo et deux à Neubruck dans le Haut Valais, désormais inaccessible par la route. «C’est aux personnes isolées dans des vallées latérales, parfois sans téléphone, qu’il faut penser. Il y a eu des éboulements, des glissements de terrain et des problèmes de communication», explique Wilhelm Schyder, vice-président du canton, évoquant le désarroi psychologique des personnes isolées. Sur leur nombre, aucun chiffre précis ne peut être fourni. Finalement, la Valaisanne de Saint-Maurice avait raison : on approche de la crue centénale, une crue théorique maximum, où le débit du Rhône atteindrait 910 m3 par seconde. À Sion, dimanche après-midi, le débit a atteint 900 m3/s et la pluie ne s’arrêtait pas.
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