Le visage baigné de larmes, Pircha Lottner ne comprend pas comment son pays, Israël, peut envisager une paix avec les Palestiniens après le lynchage de son voisin soldat, enterré dimanche lors d’obsèques militaires. «Ici la colère monte. Il y a beaucoup de rage également dans nos cœurs, mais nous ne mettons personne en pièces», dit-elle en avançant à petits pas derrière le cercueil de Joseph Avrahami, 38 ans, dont le lynchage à mort jeudi par une foule de Palestiniens à Ramallah en Cisjordanie a bouleversé l’État hébreu. Avrahami, qui était marié et père de trois enfants, a été tué avec un autre soldat à Ramallah, où ils se sont égarés, selon l’armée israélienne, qui a tiré en représailles le jour même des roquettes sur des cibles palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza. Un millier de personnes environ, présentes aux obsèques à Petah Tikva, près de Tel-Aviv, ont acquiescé quand le père du soldat a demandé vengeance à Dieu contre les auteurs du meurtre brutal de son fils, filmé par une équipe de télévision italienne. L’Autorité palestinienne de Yasser Arafat a «regretté» le lynchage des deux soldats, tout en rappelant que les Palestiniens étaient les premières victimes de la vague de violence qui a fait plus de 100 morts depuis le 28 septembre. C’est surtout la manière dont les deux soldats ont été tués, avant qu’au moins un des deux corps soit traîné dans les rues, qui a fait douter les Israéliens de la possibilité d’une paix avec les Palestiniens. «On ne peut pas discuter avec des animaux», estime Feder Hadassah, les cheveux recouverts d’une écharpe sombre, un avis partagé par de nombreuses personnes de l’assistance. Mais Chani, 10 ans, la fille du soldat tué, reste inconsolable. «Tu vas me manquer, papa», déclarait-elle après que le cercueil de son père, enveloppé du drapeau israélien, a été mis en terre. «Tout le monde en Israël est dans l’armée ou a des enfants dans l’armée. Ç’aurait pu être n’importe lequel d’entre nous», souligne Gerald Grunwald, un habitant de Petah Tikva, qui estime très faibles les chances d’une paix avec les Palestiniens. Une salve d’honneur de 21 fusils d’assaut M-16 a conclu la cérémonie de deux heures, qui s’est achevée au coucher du soleil, mais les participants exprimaient leur rancœur envers les Arabes. «Ils doivent arrêter la violence, et alors nous pourrons parler de politique», affirme Uzi Itzhari, 40 ans, un chauffeur de l’armée, tout comme les victimes, selon la version israélienne, qui compare les Palestiniens à des «hyènes». Mais de l’autre côté aussi, la méfiance et la haine se sont encore accentuées. Pour les Palestiniens, la révolte est le seul moyen de forcer l’État hébreu à conclure avec eux un accord honorable.
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