Pour beaucoup, Wissam est un personnage venu d’une autre planète, une étrange créature sortie de l’imagination d’un artiste fou. Pourtant, Wissam n’est qu’un jeune homme de 27 ans qui fait un métier particulier. La nuit, il est «drag queen». La nuit, il devient «Sister Queen from Mars». «Une drag queen est plus qu’un travesti – sa traduction en français. C’est en fait une forme d’art qui a débuté dans le monde en 1990», précise Wissam, ce jeune homme apparemment très ordinaire, très calme et mesuré, mais qui cache dans ses yeux bleus comme une colère contenue. «J’ai toujours été un empêcheur de tourner en rond. En même temps, je me voyais beaucoup plus en médecin ou en avocat». Tout petit déjà, Wissam était l’intellectuel de la famille, celui de la classe, avec une préférence très claire pour la lecture et l’art, surtout lorsque ce dernier vehicule des messages qui remuent l’ordre apparent des choses. Il entreprend donc et en même temps – le choix est somme toute logique – des études en audiovisuel et en journalisme. La nuit, Wissam et ses copains organisent des soirées à thèmes, à l’occasion du mariage de l’un d’entre eux, ou encore de l’anniversaire d’un autre, «des déguisements qui se permettaient déjà d’être assez extravagants». Wissam et son ami Omar forment un duo remarquable, remarqué par des invités qui en redemandent. Deux diplômes en main et... les mains vides –, Wissam ne trouve pas de travail – presque naturellement, la nécessité créant l’emploi, il transforme son hobby nocturne en métier. «Nous étions les seuls Libanais à oser le faire d’une manière déclarée, officielle et professionnelle. Nous vivons dans une société encore très intolérante. Certaines personnes pourraient considérer que nous sommes subversifs, que nous menaçons un certain ordre, ce qui est très faux. Nous offrons un spectacle qui remonte en fait à une tradition très ancienne». Depuis deux ans, lorsque touts les chats deviennent gris, Wissam, lui, devient, à la demande de nombreux sponsors ou particuliers, une drag queen version Madonna, Boy George, ou Marylin. Sous le nom de «Sister Queen Of Mars», il se produit avec Omar et «quelquefois d’autres partenaires, hommes ou femmes, tout dépend du thème». Déguisements délirants et délirés, imitations folles et chorégraphies sont au menu de leurs animations. Aujourd’hui, Omar a quitté le Liban et Wissam continue de cultiver sa passion en solo. La Nuit des Clans, les Bacardi Night, la Brasilian Night illustrent bien la fête donnée et le soin porté à la préparation des shows. Une longue préparation, indispensable, mais qui comble Wissam : «Il faut créer les costumes, trouver les accessoires ou les faire exécuter à la bonne taille et pointure, composer le maquillage. Ce qui fait toute la différence et la qualité d’une drag queen, c’est surtout une attitude, un comportement, une façon de se mouvoir. Il n’est pas nécessaire d’être beau ou de savoir superbement danser, mais de posséder la bonne attitude et... un sens certain de l’humour». Tout en Wissam ou plutôt «Sister Queen of Mars est effectivement souligné, exagéré, délibérément kitsch, les faux cils, les talons, la tenue vestimentaire. Et son sourire, épanoui et contagieux. «C’est une caricature de femme, une créature de spectacle où l’excentrique et l’exagéré se côtoient pour créer un spectacle théâtral». Un spectacle où la scène peut être une boîte de nuit, une plage, un bord de mer, un restaurant ou un appartement, et sur laquelle Wissam se perd et «Sister Queen of Mars» se retrouve. «C’est certainement une façon de compenser... Je deviens quelqu’un d’autre. Je sens surtout que je peux enfin m’exprimer. Que les deux aspects de ma personne vivent et cohabitent en toute harmonie». Un peu comme Dr Jeckyll and Mr Hyde ? «Comme Dr Jeckyll and Mrs Hyde !», rectifie-t-il en riant. Wissam se produit là où il est demandé, il sera même présent à une soirée caritative organisée le 21 octobre à l’hôtel Riviera. Ce qu’il souhaite, «une société plus tolérante, avec un grand sens de l’humour», et puis «réussir à communiquer quelque chose, permettre aux gens de s’éclater, de sortir de leur carcan, donner du bonheur, au moins le temps d’un spectacle». Les yeux encore plus bleus de Wissam – «Sister Queen of Mars» s’illuminent alors, sans doute partis rejoindre une autre planète... Carla HENOUD
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