Israël vivait de nouveau hier dans la hantise d’une vague d’attentats, après la libération la veille par l’Autorité palestinienne de la plupart des détenus membres du Hamas et du Jihad islamique. Des dizaines de militants de ces deux mouvements intégristes, responsables de la plupart des attaques meurtrières contre Israël depuis les accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne, ont été relâchés jeudi. Leur libération par l’Autorité de Yasser Arafat est intervenue peu après les raids israéliens menés à Gaza et à Ramallah (Cisjordanie) en risposte au lynchage à mort d’au moins deux soldats israéliens par une foule palestinienne. «Nous sommes confrontés à une vague de terreur encouragée par l’Autorité palestinienne», a déclaré un haut responsable de la sécurité israélienne au quotidien Jerusalem Post. «C’est le prix que Yasser Arafat est prêt à payer pour réaliser l’unité palestinienne». Pour prévenir toute attaque, la police et l’armée israéliennes étaient vendredi sur le pied de guerre, interdisant l’entrée du territoire israélien aux Palestiniens des Territoires, soumis à un véritable blocus. Les mesures de sécurité ont également été renforcées à l’entrée des marchés, des centres commerciaux, des synagogues et d’autres lieux publics. Des consignes de vigilance ont été données à la population pour déjouer des attentats, notamment dans les autobus. Il est possible que des attentats soient perpétrés «dans les prochains jours, voire les prochaines heures», a déclaré un autre responsable anonyme de la sécurité cité par la radio israélienne. Selon les médias israéliens, parmi les islamistes relâchés figurent des artificiers, des chefs de cellules «terroristes» et des militants ayant reçu un entraînement spécial pour commettre des attentats-suicide. «Quand on ouvre la boîte de Pandore, il est difficile de la refermer», a ajouté le responsable cité par le Jerusalem Post. Les responsables israéliens ont surtout été alarmés par des informations, démenties par le Hamas, faisant état de la libération de deux chefs de l’aile militaire du mouvement, Ezzeddine el-Kassam. Il s’agit de Mohammed Deif, numéro un de l’aile militaire et homme le plus recherché par Israël, et de Mahmoud Abou Hannoud, cible d’une opération israélienne ratée, le 26 août, qui avait coûté la vie à trois soldats israéliens tués par leurs camarades. «Deif a été transféré hier de sa prison vers un autre lieu (de détention) non déterminé par mesure de sécurité», avait affirmé jeudi soir un des dirigeants du Hamas à Gaza, Ismaël Abou Shanab. Des sources du Hamas en Cisjordanie ont également démenti la libération d’Abou Hannoud, détenu à Naplouse, dans le nord du territoire, où il purge une peine de douze ans de prison. Les dirigeants palestiniens se refusaient de leur côté à confirmer ou à commenter cette vague de libérations, et à plus forte raison à dire qui avait été libéré. Le Hamas a menacé jeudi de «faire payer un prix fort» à Israël pour ses raids menés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. «Nous considérons les roquettes sionistes qui se sont abattues sur Ramallah et Gaza comme un coup de grâce asséné à un processus de paix sans vie et nous appelons l’Autorité palestinienne à annoncer officiellement sa fin», a affirmé le Hamas dans un communiqué. «Le jihad (guerre sainte) et la lutte armée sont l’unique option pour affronter l’arrogant ennemi», a ajouté le mouvement. Jusqu’à présent, les membres de la sécurité palestinienne coopéraient avec leurs collègues israéliens pour déjouer d’éventuelles attaques du Hamas et du Jihad islamiques, mais cette collaboration a stoppé avec la crise actuelle. Le Premier ministre israélien Ehud Barak a qualifié jeudi d’«événement très préoccupant» la libération de détenus islamistes et affirmé qu’il tiendrait l’Autorité palestinienne «responsable» de tout attentat commis contre Israël.
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